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Sexe vicieux six xxii

Henry Crawford est un des personnages de Mansfield Park , le roman de Jane Austen considéré comme le plus abouti, écrit en et publié en Sans être un personnage principal, car seule Fanny Price peut être qualifiée ainsi, il tient une place éminente dans l'intrigue: Léger et vaniteux, il a constamment besoin de se faire aimer et admirer.

Il en tombe finalement amoureux et la demande en mariage, ce qui satisfait tout le monde à Mansfield Park. Acteur consommé, toujours en représentation même quand il est parfaitement sérieux, il se croit sincèrement épris, ébauche mille projets pour la rendre heureuse, lui fait une cour pressante, dont Jane Austen détaille les diverses étapes.

Mais Fanny ne se laisse pas séduire, et il cède à la tentation de reprendre ses habitudes galantes auprès de Maria, qui, insatisfaite par son mariage et toujours amoureuse de lui, crée le scandale en s'enfuyant avec lui. Il n'a cependant nulle intention de l'épouser après son divorce, regrettant amèrement d'avoir perdu Fanny.

Dans la galerie d'aimables vauriens plus ou moins débauchés créés par Jane Austen, à côté de Willoughby et de Wickham , Crawford est celui qui se rapproche le plus d'un véritable gentleman [ N 1 ]. Il en a les manières et le patrimoine foncier. Pour Roger Sales [ 3 ] , Jane Austen se serait inspirée, pour créer ce personnage de dandy libertin , de Childe Harold , personnage éponyme du poème de Byron édité chez John Murray en , et peut-être du célèbre Brummell. Elle a aussi pu se souvenir du Dom Juan de Molière , personnage à la cruauté condamnable mais au charme irrésistible, dont elle écrit à Cassandra le 15 septembre , après avoir assisté à une représentation de la pièce: Don Juan est d'ailleurs le prototype du Rake , personnage type du libertin cynique, séduisant et plein d'esprit dans la comédie de la Restauration anglaise.

D'autres critiques évoquent aussi, à propos de Henry et Mary Crawford, les deux roués des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos , le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil [ 5 ] , en particulier Warren Roberts, s'appuyant sur le fait que Jane Austen avait pu connaître le roman paru en par sa cousine Eliza de Feuillide qui vécut en France de à [ 6 ] et dont nombre de commentateurs s'accordent à supposer qu'elle est le modèle probable de Mary Crawford [ 7 ].

Si Jane Austen ne lisait pas couramment le français, une première traduction en anglais du roman de Laclos était disponible dès [ 8 ] et il en existe une par Thomas Moore , parue avant [ 9 ]. Henry et Mary Crawford arrivent dans le Northamptonshire en juillet [ N 2 ] , alors que Sir Thomas, le sévère et rigide propriétaire de Mansfield Park , est absent depuis presque deux ans, que sa fille aînée, la belle et altière Maria Bertram, vient de se fiancer au benêt mais très riche James Rushworth et que Fanny Price entre dans sa dix-huitième année [ 10 ].

Après les avoir présentés, elle explique rapidement ce qui amène ces jeunes Londoniens, tous deux riches et célibataires, dans ce calme comté rural [ 10 ]: Or les jeunes Bertram, auxquels l'absence prolongée de leur père donne un sentiment de liberté, sont ravis de faire la connaissance de ces élégants nouveaux venus et d'ouvrir leur porte aux Crawford.

Jane Austen ne donne jamais beaucoup de détails sur l'aspect physique de ses personnages, et ne précise pas l'âge des Crawford.

Les demoiselles Bertram ont une première impression défavorable lorsqu'il leur est présenté parce qu'il n'est vraiment pas bel homme: Mais il a le don de susciter la confiance par ses manières gaies et charmeuses [ 13 ] , son air agréable et ses belles dents, aussi révisent-elles rapidement leur jugement [ 19 ].

Incapable de supporter le calme, il manifeste un goût immodéré pour le divertissement. Il est aussi un chaud partisan de l' improvement [ N 6 ] des propriétés de ses connaissances [ 21 ]. Profondément égoïste, il n'a pas l'habitude de questionner ses motivations Fanny Price sera la première à le faire réfléchir. Il ne s'intéresse aux gens que dans la mesure où ils peuvent divertir son esprit blasé [ 11 ].

Superficiel, inconséquent, il est moralement corrompu [ 22 ] , et a les moyens financiers de faire de son bon plaisir sa seule loi [ 23 ].

Habitué à jouer sur la grande scène de la vie londonienne [ 24 ] , il lui est facile de se montrer parfait acteur dans le monde plutôt innocent et ingénu de Mansfield Park.

Toujours en représentation, il est incapable d'être parfaitement sincère, car, se demande Tony Tanner [ 24 ] , comment savoir ce que l'on ressent vraiment lorsqu'on est capable de simuler toutes sortes d'humeurs et de sentiments? As far as [Fanny] could judge, Mr Crawford was considerably the best actor of all: Seule la politesse empêche les conflits d'éclater au grand jour [ 25 ]. Mais Julia est une proie trop facile pour Henry Crawford.

Lady Bertram est trop indolente, Mrs Norris a trop peu de discernement moral, et les jeunes Bertram, qui ignorent à peu près tout des petits jeux pratiqués dans les salons londoniens, sont fascinés par l'élégance et la vitalité de Henry comme de Mary [ 29 ]. Maria, de tempérament passionné et habituée à passer la première en tout, supporte difficilement de voir Julia courtisée et admirée davantage qu'elle.

S'estimant protégée par son statut de fiancée [ N 7 ] , elle ne résiste pas aux sollicitations de Henry: Il l'aide alors à franchir la grille, sans attendre Rushworth parti en chercher la clé, mais elle n'a pas compris qu'il n'a pas l'intention d'entendre sa demande informulée [ 30 ]. Au retour de Sir Thomas, à l'automne, l'intermède théâtral tourne court, mettant brutalement fin au marivaudage de Henry.

Les Rushworth, mariés en novembre, sont partis, emmenant Julia avec eux, aussi Fanny Price , désormais seule demoiselle de la maison, a-t-elle pris une place plus importante dans le groupe familial. Il arrive au presbytère le jour où elle y est invitée pour la première fois. Qu'elle semble insensible à son charme résonne pour lui comme un défi. Habitué aux victoires faciles, il est surpris par la nouveauté de la situation et, par vanité, se prend au jeu [ 27 ].

Il l'observe, l'admire, en tombe finalement amoureux, sans qu'on sache vraiment ce qui domine chez lui, l'admiration qu'il éprouve pour sa personnalité ou son désir de triompher de sa résistance [ 41 ].

Il pense la gagner définitivement en jouant de son affection pour son frère [ 42 ] , pour lequel il obtient de son oncle amiral cette promotion au grade de lieutenant que William se désespérait de jamais obtenir.

Au contraire, désireux d'assouvir cette nouvelle passion, il ne tient pas compte de ses réticences, ou plutôt cherche à les combattre, et se montre même particulièrement insistant [ 28 ]. Il sait qu'elle a mauvaise opinion de lui, à cause de son comportement passé avec ses cousines, et veut croire qu'il est capable, par amour pour elle, de se réformer, comme il le lui dit, dans un discours vibrant de sincérité [ 43 ] , avant de quitter Mansfield Park: They shall prove, that as far as you can be deserved by any body, I do deserve you.

Sir Thomas souhaite cette union, si profitable financièrement pour sa nièce, pour les mêmes considérations mercenaires qui l'ont incité à laisser Maria épouser le riche et sot Rushworth [ 11 ] , mais Henry lui paraît un parti plus qu'honorable, puisqu'il lui aurait volontiers donné Julia. Il se montre là dans son meilleur rôle: Bouleversé par l'altération de sa santé et la pauvreté de son environnement familial, il se dit prêt à la ramener à Mansfield Park dès qu'elle en manifestera le désir.

Ayant épousé par orgueil et dépit, devant la dérobade de Henry, un sot qu'elle méprise, ulcérée en outre qu'il lui ait préféré Fanny, Maria lui bat froid.

Sa vanité de séducteur mondain en est humiliée: Mais à elle, cela ne suffit plus. Mais si, à la fin du récit, tous les deux sont déchus, victimes en quelque sorte de l'éducation moralement défectueuse qu'ils ont reçue [ 58 ] , elle seule subira la lourde condamnation sociale réservée par le double standard aux femmes adultères: Dans tous ses romans, Jane Austen met des personnalités négatives mais brillantes en rivalité avec ses personnages principaux [ 58 ].

Henry Crawford, créé dans ses années de maturité [ N 13 ] , est le plus abouti de ces personnages de mauvais garçons, et celui qui tient le plus de place dans la diégèse: Si elle en fait un personnage dangereux et moralement condamnable, elle est loin d'en faire un parfait scélérat.

Il est intelligent, capable de réflexion, de générosité et de sens moral [ 62 ]. Il séduit par son enthousiasme, sa vivacité, son adresse à se mettre au diapason de ses interlocuteurs, sa facilité à nouer des contacts. En déjà, elle écrivait, avec une ironie qui ne masque pas sa méfiance, au cours d'un de ses séjours londoniens: Pour bien montrer leur dangerosité, Jane Austen file une métaphore médicale: Jane Austen laisse le rôle de l' Ève pécheresse chassée du Paradis à Maria Bertram, l'épouse infidèle et, dans une moindre mesure à Mary Crawford, à la moralité trop flexible [ 68 ] et dont la réaction indulgente et cynique à la conduite scandaleuse de son frère va finalement dessiller les yeux d'Edmund.

Les aventures de la femme séduite n'intéressent pas la narratrice: La narration , d'ailleurs, privilégie la vision de Fanny, dont les réflexions se confondent souvent avec les remarques de la narratrice [ 70 ] , et qui voit bien que Crawford, en acteur consommé, se joue à lui-même la comédie du soupirant sincère et loyal [ 22 ]. Jane Austen en fait un être à l'énergie conquérante: Son nom lui-même évoque l'appétit d'un rapace: Dès qu'il revoit Fanny, à son retour de Bath, il commence une entreprise de séduction extrêmement subtile dont Jane Austen détaille les étapes, bien plus que pour n'importe quel autre de ses personnages masculins [ 72 ].

Il s'installe au presbytère de Mansfield et fait venir ses chevaux de chasse. L'expression the hunting season saison de la chasse , qu'il utilise lui-même plus tard [ 73 ] , est à prendre aussi au sens figuré: Quand il en tombe vraiment amoureux, piqué par ses dérobades, il la pourchasse avidement, comme une proie [ 75 ]. De son point de vue, un Wickham , un Willoughby , un Crawford, voire un Frank Churchill , avec la grâce trompeuse de leurs manières et cette amabilité engageante que Lord Chesterfield conseille, dans ses Lettres à son fils , de cultiver pour réussir dans la bonne société [ 77 ] , peuvent, pendant un temps, offrir l'image d'une séduction irrésistible, mais pas pendant une vie entière [ 78 ].

Henry cependant n'est pas juste un séducteur, un simple émule de Don Juan ou de Lovelace [ 79 ]. Ils n'aiment rien tant que la nouveauté, prônent allègrement la transgression des valeurs traditionnelles et bousculent hardiment l' establisment [ 81 ]. Sous son influence, Maria Bertram voit s'altérer ses principes, comme en témoignent ses remarques d'ordre esthétique sur le village qu'il faut traverser pour rejoindre Sotherton [ 66 ]: Henry tente même, avec perversité, d'imprimer sa marque sur les lieux et les objets [ 75 ].

Henry Crawford est présenté comme un acteur accompli, qui joue même quand il est parfaitement sérieux [ 92 ]. La vie londonienne sous la Régence est extrêmement brillante: C'est son implication dans la pièce de théâtre Lovers' Vows qui permet à Henry de développer son premier rôle, celui d'amoureux de Maria [ 93 ]. Il y joue le rôle d'un soldat, Frederick, le fils illégitime d'Agatha Friburg dont il a insisté pour que le rôle soit confié à Maria , qui retrouve sa mère en revenant de guerre.

Il est honnête, sincère, pondéré, sérieux, franc, loyal [ 76 ] , mais il est faillible. Cet homme, en créant ses duchesses, engendrait des femmes comme il faut, le produit médiat de sa législation. Sa pensée, prise comme un marteau par l'enfant qui sort du collège ainsi que par le journaliste obscur, a démoli les magnificences de l'état social.

Aujourd'hui, tout drôle qui peut convenablement soutenir sa tête sur un col, couvrir sa puissante poitrine d'homme d'une demi-aune de -al in en forme de cuirasse, montrer un front où reluise un génie apocryphe sous des che- veux bouclés, se dandiner sur deux escarpins vernis ornés de chaussettes en soie qui coûtent six francs, tient lorgnon dans une de ses arcades sourcilières en plissant le haut de sa joue, et, fût-il clerc d'avoué, fils d'entrepreneur ou bâtard de banquier, il toise impertinemment la plus jolie duchesse, l'évalue quand elle descend l'escalier d'un théâtre, et dit à son ami pantalonné par Blain, habillé par Buisson, gileté, ganté, cravaté par Bodier ou par Perry, monté sur vernis comme le premier duc venu: Un duc quelconque il s'en rencontrait sous Louis M III et sous Charles X qui possédaient deux cent mille livres de rente, un magnifique hôtel, un domestique somptueux pouvait encore ôtre un grand seigneur.

Le der- nierdeces grands seigneurs français, le prince de Talleyrand, vient de mourir. Ce duc a laissé quatre enfants, dont deux filles. En supposant beaucoup de bonheur dans la manière dont il les a mariés tous, chacun doses hoirs n'a plus que cent mille livres de rente aujourd'hui; chacun d'eux est père ou mère de plusieurs enfants, conséquemment obligé de vivre dans un appartement, au rcz-dc-chaus-re ou au premier étage d'une maison, avec la plus grande économie. Qui sait même s'ils ne quêtent pas une fortune?

Dès lors, la femme du fils aîné n'est duchesse que de nom: Les femmes les plus nobles sont ainsi devenues d'. Notre époque n'a plus ces belles fleurs féminines qui ont orne les grands siècles. L'éventail de la grande daim' est brisé.

La femme n'a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se montrer, l'éventail ne sert plus qu'à B'éventer; et, quand une chose n'est, plus que ce qu'elle est, elle est trop utile pour appartenir au luxe.

Tout en France a été complice de la femme comme il faut. L'aristocratie y a consenti par sa retraite au fond de ses terres où elle a été se cacher pour mourir, émigrant a l'intérieur devant les idées, comme à l'étranger.

Aussi, là où les bourgeois veulent voir des princesses, n'aperçoit-on que des jeunes personnes comme il faut. Aujourd'hui, les princes ne trouvent plus de grandes dames à compromettre, ils ne peuvent même plus illustrer une femme prise au hasard.

Le duc de Bourbon est le dernier prince qui ait usé de ce privilège, et Dieu sait seul ce qu"il lui en coûte! Aujour- d'hui, les princes ont des femmes comme il faut, obligées de payer en commun leur loge avec des amies, et que la faveur royale ne grandirait pas d'une ligne, qui filent sans éclat entre les eaux de la bourgeoisie et celles de la noblesse, ni tout à fait nobles, ni tout à fait bourgeoises.

La presse a hérité de la femme. La femme n'a plus le mérite du feuilleton parlé, des délicieuses médisances ornées du beau langage; il y a des feuilletons écrits dans un patois qui change tous les trois ans, des petits journaux plaisants comme des croque-morts et légers comme le plomb de leurs caractères. Les conversations françaises se font en iroquois révolutionnaire d'un bout à l'autre de la France par de longues colonnes imprimées dans des hôtels où grince une presse à la place des cercles élégants qui brillaient jadis.

Le glas de la haute société sonne, entendez- vous! Cette femme, sortie des rangs de la noblesse, ou poussée de la bourgeoisie, venue de tout terrain, même de la province, est l'expression du temps actuel, une dernière image du bon goût, de l'esprit, de la grâce, de la distinction réunies, mais amoindries. Nous ne verrons plus de grandes dames en France, mais il y aura longtemps des femmes comme il faut, envoyées par l'opinion publique dans une haute chambre féminine, et qui seront pour le beau sexe ce qu'est le gentleman en Angleterre.

Félix Davin en ; elle était destinée à paraître avant celle du même auteur écrite pour les Éludes philosophiques voir plus loin ; mais un retard survint qui ne permit de la publier qu'après et obligea d'en modifier le début, où la. Cette introduction ouvrait la publi- cation, comme nous l'avons indiqué au commencement de ce travail.

Chacune de ces divisions exprime évidemment une face du monde social, et. Le jeune homme est pur; les infor- tunes naissent de l'antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur ir; là, le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs.

Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement pos- Bible. Les Scènes de tu Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la vie humaine où les passions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, dos mouvements irréfié-. La vie devient sérieuse; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves.

Les désillusion nements commencent: La femme raisonne au lieu de sentir; elle calcule sa chute là où elle se livrait. Aux Scènes de la Vie parisienne, finissent les peintures de la vie individuelle. Les Scènes de la Vie politique exprimeront des pensées plus vastes. Les gens mis en scène y représenteront les intérêts dos masses, ils se placeront au- dessus des lois auxquelles étaient asservis les personnages des trois séries précé- 1 -ntes qui les combattaient avec plus ou moins de succès.

Cette fois, ce ne sera plus le jeu d'un intérêt privé que l'auteur nous peindra; mais l'effroyable mouve- ment de la machine sociale, et les contrastes produits par les intérêts particuliers qui se mêlent à l'intérêt général. Jusque-là, l'auteur a montré les sentiments et la pensée en opposition constante avec la société, mais dans les Scènes de lu Vie poli- tique, il montrera la pensée devant une force organisatrice, et le sentiment com- plètement aboli.

Là donc, les situations offriront un comique et un tragique gran- dioses. Les Scènes de la vie militaire sont la conséquence des Scènes de la Vie politique. Les nations ont des intérêts, ces intérêts se for- mulent chez quelques hommes privilégiés, destinés à conduire les masses, et ces hommes qui stipulent pour elles, les mettent en mouvement.

Les Scènes de la Vie militaire sont donc destinées à peindre dans ses principaux traits la vie des masses on marche pour se combattre. Enfin ce sera la nation tantôt triomphante et tantôt vaincue. Iprès les étourdissants tableaux de cette série, viendront les peintures pleines de calme de la Vie de campagne.

On retrouvera, dans les Scènes dont elles se composeront, les hommes froissés par le monde, par les révolutions, à moitié brisés par les fatigues de la guerre, dégoûtés de la politique. Là donc le repos après le mouvement, les paysages après les intérieurs, les douces et uniformes occupations de la vie des champs après le tracas de Paris, les cicatrices après les blessures; mais aussi les.

Les idées religieuses, la vraie philanthropie, la vertu sans emphase, les résignations s'y montrent dans toute leur puissance accompagnées de leurs poésies, comme une prière avant le coucher do la famille. Partout les cheveux blaurs de la vieillesse expérimentée s'j mêlent aux blondes touffes de l'enfance. Aussi les doutes ne manquent-ils point.

Quant aux trois autres, nous pou- vons, sans nuire à aucun intérêt, montrer combien elles sont avancées. Les Conver- sations entre onze heures et minuit, dont un fragment a paru dans les Contes bruns, et qui ouvrent les Scènes de la Vie politique, sont achevées.

Les Chouans, dont la seconde édition est presque épuisée, appartiennent, aussi bien que les Ven- déens, aux Scènes de la Vie militaire. Les sympathies du public ont déjà, malgré les journaux, rendu justice au Médecin de campagne, la première des Scènes de la Vie de campagne.

Aussi la critique nous a-t-clle semblé par trop en venant reprocher à l'écrivain ses premières ébauches. N'y aurait-il pas quelque chose de ridicule à opposer aux créations actuelles de Léopold Robert, de Schnetz, de Gudin et de Delacroix, les yeux et les oreilles qu'ils ont dessinés dans l'école sur leur premier vélin.

Dans ce système, un grand écrivain serait comp- ilas thèmes et des versions qu'il aurait manques au collège, et la critique viendrait, jusque par-dessus son épaule, voir les bâtons qu'il a tracés autrefois sous les regards de son premier magister. L'injustice de la critique a rendu ces misé- rables détails d'autant plus nécessaires, que M. A peine a-t-il le temps de créer, comment aurait-il celui de discuter?

Le critique, empressé de lui reprocher des jactances dans lesquelles un esprit moins partial aurait reconnu les plaisanteries faites entre les quatre murs de la vie privée, craignait que l'incessante attention avec laquelle M. Comment concilier le reproche fait à l'amour-propre de l'homme, avec la bonne foi d'un auteur si jaloux do se perfec- tionner? Il nous la disait à nous-inème, en nous donnant des conseils sur le sens général qu'un écrivain serait tenu de faire exprimera ses travaux pour subsister dans la langue.

Quoique grand, le barde écossais n'a fait qu'exposer un certain nombre de pierres habilement sculp- tées, où se voient d'admirables figures, où revit le génie de chaque époque, et dont presque toutes sont sublimes; mais où est le monument? Le génie n'est complet i in' quand il joint, à la faculté de créer, la puissance de coordonner ses créations.

Il ne suffit pas d'observer et de peindre, il faut encore peindre et observer dans un but quelconque. Mais, sachez-le bien, aujourd'hui vivre en littérature, constitue moins une question de talent qu'une question de temps.

Avant que vous soyez en communi- cation avec la partie saine du public qui pourra juger votre courageuse entreprise, il faudra boire à la coupe des angoisses pendant dix ans, dévorer des railleries,. Mais combien de peines attendraient l'historien d'aujourd'hui, s'il voulait faire ressortir les imperceptibles différences de nos habitations et de nos intérieurs, auxqu sis la mode, l'égalité des fortunes, le ton de l'époque, tendent à donner la même physionomie, pour aller saisir en quoi les figures et les actions de ces hommes que la société jette tous dans le môme moule sont plus ou moins originales.

Mais qu'on nous permette cette redite: Certes on peut dire de lui qu'il a fait marcher les maximes de la Bochefoucauld, qu'il a donné la vie aux observa- tions de Lavater en les appliquant. Mais quand a-t-il habité la petite ville où s'est passée la lutte qu'il a. Rcgnault de la Grande Bretèche, ce cousin du petit notaire de Sterne, comme le maître Pierquin de Douai, dans la Recherche de l'absolu? Comment a-t-il pu être habitant de Saumur et de Douai, chouan à Fougères et vieille fille à Issoudun?

Il a non-seulement pénétré les mystères de la vie humble et douce que l'on mène en province, mais il a jeté dans cette peinture monotone assez d'intérêt pour faire accepter les figures qu'il y place. Enfin, il a le secret de toutes les industries, il est homme de science avec le savant, avare avec Grandet, escompteur avec Gobseck, il semble qu'il ait toujours vécu avec les vieux émigrés rentrés, avec le militaire sans pension, avec le négociant de la rue Saint-Denis.

Mais ne serait-ce pas une fausse idée que de croire à tant d'expérience chez un aussi jeune homme. Le temps lui aurait manqué. S'il a pu rencontrer M. Cependant ne faut-il pas avoir souffert aussi, pour si bien peindre la souffrance? Ce dont il faut lui savoir surtout gré, c'est de donner de l'éclat à la vertu, d'atténuer les couleurs du vice de se faire comprendre de l'homme politique aussi bien que du philosophe en se mettant, à la portée des intelligences médiocres, et d'intéresser tout le monde en restant fidèle au vrai.

Mais quelle tâche d'être vrai chez la Fosseuse, et vrai chez madame de Langeais; vrai dans la maison Vanquer, et chez Sophie Gamard: Mais vrai dans l'in- térieur comme dans la physionomie, dans le discours comme dans le costume.

La petite maîtresse la plus exigeante, la duchesse la plus moqueuse, la bourgeoise la. Pour faire accepter à notre époque sa figure dans un vaste miroir, il fallait, lui donner des ances. Mais aussi comme M. Quels trésors d'amour, de dévouement, de mélancolie il a puisés dans ces existences solitaires et dédaignées! La surprise fut bien grande à l'apparition des Scènes de la Vie privée, quand on vit ces premières études de femme si profondes, si délicates, si exquises, telles enfin qu'elles semblèrent ce qu'elles étaient, une découverte, et commen- cèrent la réputation de l'auteur.

Déjà pourtant il avait publié les Chouans, dont un personnage, Marie de Verneuil, avait prouvé sous quel point de vue nouveau il savait envisager la femme; mais l'heure de la justice n'était pas venue pour lui, et, quoique lents à se faire jour, les succès légitimes sont inévitables. Pour compléter sa révélation de la femme, M. La base était trouvée, la conséquence se produisit naturellement.

L'auteur pénétra donc intimement dans les mystères de l'amour, dans tout ce qu'ils ont de voluptés choisies, de délica- tesses spiritualistes. Là encore, il s'ouvrit un nouveau monde. Chez lui, le drame, comme la resplen- dissante lueur du soleil, domine tout; il éclaire, échauffe, anime les êtres, les objets, tous les recoins du site; ses ardents rayons percent les plus épaisses feuillées, y font tout éclore, frissonner, étinceler.

Et quelle harmonie suave dans ses fonds de tableau! Comme leurs teintes s'assortissent avec le clair-obscur des intérieurs, avec les tons de chair, et le caractère des physionomies qu'il y fait mouvoir! Ses plus grands contrastes mêmes n'ont rien de heurté, parce qu'ils se rattachent à l'ensemble, en vertu de cette lumineuse logique qui, dans les spectacles de la nature, marie si doucement le bleu du ciel au vert des feuillages, à l'ocre des champs, aux lignes grises ou blanches de l'horizon.

Aussi tous les genres de littérature et toutes les formes se sont-elles pressées sous sa plume, dont la fertilité confond parce qu'elle n'exclut ni l'exactitude, ni l'observation, ni les travaux nocturnes d'un style plein de grâces raciniennes. L'esprit s'étonne de la concentration de tant de qualités, car M. Aussi est-il grand paysagiste. Il possède également au plus haut degré le style épistolaire. En quel auteur rencontrera-t-on des lettres compa- rables à celles de Louis Lambert, de la Femme abandonnée, de madame Jules, à.

Aussi nul mot n'avait-il encore reçu une extension plus vaste que celui de romans ou celui de nouvelles, sous lequel on a mêlé, rapetisse ses nombreuses compositions. Mais qu'on ne s'y trompe pas! A travers toutes les fon- dations qui se croisent ça et là dans un désordre apparent, les yeux intelligents sauront comme nous reconnaître cette grande histoire de l'homme et de la société que nous prépare M.

Un grand pas a été fait dernièrement. En voyant reparaître dans le Père Goriot quelques-uns des personnages déjà créés, le public a compris l'une des plus hardies intentions de l'auteur, celle de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être encore, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés. Dans les trois séries dont se compose la publication actuelle, l'auteur n'a-t-il pas déjà bien accompli les conditions du vaste programme que nous venons d'expli- quer?

Étudions un peu les parties de l'édifice qui sont debout; pénétrons sous ces galeries ébauchées, sous ces voûtes demi-couvertes qui plus tard rendront des sons graves; examinons ces ciselures qu'un patient burin a empreintes de jeunesse, ces figures pleines de vie et qui laissent deviner tant de choses sous leurs visages frêles en apparence.

Dans le Bal de Sceaux, nous voyons poindre le premier mécompte, la première erreur, le premier deuil secret de cet âge qui succède à l'adolescence. Cette scène offre une physionomie franchement accusée et qui exprime une des individualités les plus caractéristiques de l'époque. M- de Fontaine, ce Vendéen sévère et loyal que Louis XVIII s'amuse à séduire, représente admirablement cette portion du parti royaliste qui se résignait à être de son époque en s'étalant au budget.

Cette scène apprend toute la Restauration, dont l'auteur donne un croquis à la fois plein de bonhomie, de sens et de malice. Dans ces deux scènes, l'enseignement est également moral et sévère. Mademoiselle Emilie de Fontaine et mademoiselle Guillaume sont toutes deux malheureuses pour avoir méconnu l'expérience paternelle, l'une en fuyant une mésalliance aristocratique, l'autre en ignorant les convenances do l'esprit.

Ainsi que l'orgueil, la poésie a sa victime aussi. Le refroidissement suc- cessif de l'àmc du poète, son étonnement, son dépit en reconnaissant qu'il s'est.

Ce drame se voit chaque jour dans notre société, si maladroitement organisée où l'éducation des femmes est si puérile, où le sentiment de l'art est une chose tout exceptionnelle. Dans la Vendetta, l'auteur poursuit son large enseignement, tout en continuant la jolie fresque des Scènes de la Vie privée.

Rien de plus gracieux que la peinture de l'atelier de M. Servin; mais aussi rien de plus terrible que la lutte de Ginevra et de son père. Cette étude est une des plus magnifiques et des plus poignantes.

Quelle richesse dans ce contraste de deux volontés également puissantes, acharnées à rendre leur malheur complet! Le père est comptable à Dieu de ce malheur. Ne l'a-t-il pas causé par la funeste éducation donnée à sa fille, dont il a trop développé la force? La fille est coupable de désobéissance, quoique la loi soit pour elle. Ici, l'auteur a montré qu'un enfant avait tort de se marier en faisant les actes respectueux prescrits par le Code.

En vérité, quand on parcourt ces premières compositions de M. La critique, sous peine d'être stupide, peut-elle oublier la première loi de la littérature, ignorer la nécessité des contrastes? Si l'auteur est tenu de peindre le vice, et il le peint poétiquement pour le faire accepter, s'il le met au ton général de ses tableaux, doit-on en tirer les conséquences injustes que certaines feuilles répètent aujourd'hui à l'unisson?

Est-il loyal d'isoler quelques parties de l'ensemble, et de porter ensuite sur l'auteur un de ces jugements spécieux qui n'abuseront jamais les gens de bonne foi? Il doit, sous peine d'inexactitude et de mensonge, dire tout ce qui est, montrer tout ce qu'il voit.

Si tout est vrai, ce n'est pas l'ouvrage qui peut être immoral. La Fleur-des-pois, que l'auteur doit publier incessamment, est encore une histoire vraie, jumelle d'Eugénie Grandet. Là, le cadre est la province. Mademoiselle Cor- mon, cette fille qui se marie à quarante ans avec un fat, ses malheurs, l'avenir de ses enfants, composent un drame aussi terrible par ce que l'auteur dit, que par ce qu'il tait.

Ce sera le second chant d'un poëme commencé dans Eugénie Grandet, et. Mais à cette fleur odorante et fine nous devons laisser et l'exquise fraîcheur de son arôme, et son velouté. La Pair du Ménage est un joli croquis, une vue de l'Empire, un conseil donné aux femmes d'être indul- gentes pour les erreurs de leur mari. Cette scène est la plus faible de toutes et se ressent de la petitesse du cadre primitivement adopte. Si l'auteur l'a laissée, peut- être a-t-il cru nécessaire de plaire à tous les esprits, à ceux qui aiment les tableaux de chevalet, comme à ceux qui se passionnent pour île grandes toiles.

Une des créations les plus profondément étudiées de M. Quelques-uns ont cru, d'autres ont répété que les travaux de Balthàzar Claes aboutissaient à la recherche de la pierre philosophale: Certes, si les critiques avaient lu avec quelque attention ce livre, qui en mérite beaucoup, ils auraient vu que le sublime Flamand est aussi supérieur aux anciens ou nouveaux alchimistes que les naturalistes de notre époque le sont à ceux du moyen âge.

Si l'on disait à un romancier, à un poète et le poëte, pour être complet, doit être le centre intelligent de toute chose, il doit résumer en lui les lumineuses synthèses de toutes les connaissances humaines , si l'on disait à un homme d'ima- gination, au moment où il aborde un sujet qui touche à ce que les sciences phj si- ques ont de plus élevé: Cette conquête difficile, M.

Si l 'ana- lyse est aux savants, l'intuition est auxpoëtes. On a quelquefois reproché de l'exa- gération à M. Les critiques ont trouvé quelque chose de trop idéal dans les quatre individualités de ce roman: Existe-t-il ensuite des âmes aussi loyales, aussi candides que celle de l'amant de Marguerite, des bossues aussi séduisantes, aussi.

La mission de l'artiste est aussi de créer de grands types, et d'élever le beau jusqu'à l'idéal. Non moins que les études dont nous venons de parler, la Recherche de l'absolu est une protestation éloquente contre le reproche d'immoralité adressé à l'auteur, et sur lequel nous insistons obstinément parce que, depuis quelque temps, les critiques s'entendent pour res- sasser cette banalité convenue.

Quelques personnes ont regretté que les scènes réunies tout récemment sous le titre commun de Même histoire, n'aient entre elles d'autre lien qu'une pensée philosophique. Quoique l'auteur ait suffisamment expli- qué ses intentions dans la préface, nous partageons ce regret à quelques égards. Le Rendez-vous est un de ces sujets impossibles dont lui seul pouvait se charger, et dans lequel il a été poëte au plus haut degré.

Si l'influence de la pensée et des sentiments a été démontrée, n'est-ce pas dans la peinture de ce ravissant paysage de Touraine, vu par Julie d'Aiglemont, à deux reprises différentes? Jamais aucun auteur n'avait osé plonger son scalpel dans le sentiment de la maternité. La Femme de trente ans n'a plus rien de commun avec la mère que la soif du bonheur, que l'égoïsme et ce je ne sais quel arrêt porté sur le monde ont tuée à Saint-Lange.

Quelle adresse d'avoir entouré ce désespoir des lignes sombres et jaunes d'un paysage du Gàtinais! Cette transition est un poëme empreint d'une horrible mélancolie. Ceux qui deman- dent de la morale à l'auteur peuvent relire ce nouveau quatrième volume des Scènes de la Vie privée, ils se tairont.

A la tête des Scènes de la Vie de province se place Eugénie Grandet. Il ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu oppor-. Eugénie Grandet a imprime le cachet à la révolution que M. Là s'est accomplie la conquête de la vérité absolue dans l'art; là est le drame appliqué aux choses les plus simples de la vie privée. Cette lutte sourde, tortueuse des petits intérêts de deux prêtres, intéresse tout autant que les conflits les plus pathétiques de passions ou d'empires.

C'est là le grand secret de M. Le critique dont nous avons déjà parlé faisait allusion sans doute à cette face de son talent en disant: Il a une multitude de remarques rapides sur les vieilles filles, les vieilles femmes étiolées et malades, les amantes sacrifiées et dévouées, les célibataires, les avares.

On se demande où il a pu. Les Allemands et les Anglais, déjà si excellents dans ce genre, ont été complètement surpassés par M. Ces trois individualités qui font un type unique, réalisent, non pas l'idéal de la vertu, M. L'Illustre Gaudissart est un portrait un peu chargé du commis voyageur, physionomie si essentiellement de notre époque, et qui, comme le dit l'auteur, relie à tout moment la province et Paris. Ces figures accessoires, qui touchent à la caricature, prouvent avec quel soin M.

Ne nous doit-il pas la caricature comme le type, l'individualité comme l'idéal? La Grande Bretèche est une des plus fines esquisses de la vie de province. Le personnage de madame de Mère tient au système qui nous a valu madame de Beauséant et madame de Langeais. Ce drame est le plus terrible de tous ceux qu'a inventés l'auteur; il doit troubler le sommeil des femmes. Les Scènes de la Vie de province sont terminées par le Cabinet des antiques, fragment d'histoire générale, et Illusions perdues.

Cette livraison étant entièrement inédite, nous respecterons les intérêts du libraire, en laissant appré- cier au lecteur comment M. Aujourd'hui, malheu- reusement pour l'art, il est impossible de dégager la plus consciencieuse entreprise littéraire de la question pécuniaire qui étrangle la librairie et gêne ses rapports avec la jeune littérature.

Les capitaux exigent des ouvrages tout faits, comme cet am- bassadeur anglais voulait acheter l'amour. La Femme vertueuse ouvre les Scènes de la Vie parisienne. Sa pré- tendue Femme vertueuse n'est qu'une prude revèche, intolérante et glaciale. Changez le titre, cette étude sera parfaite. Il n'y a pas moins do vérité dans le por- trait de la femme illégitime que dans celui de l'épouse fanatiquement orthodoxe.

La veuve Crochard, mère de Caroline de Bellefeuille, est une des créations les plus extraordinaires de l'auteur. Madame Crochard vend presque sa fille, tandis que Goriot est purement heureux du bonheur de la sienne. Pourquoi donc a-t-on admis la veuve Crochard, et blâmé Goriot? Paris respire tout entier dans cette scène où abondent les personnages et les intérieurs, celui de la maison rue du Tourniquet, celui du magistrat au Marais, et celui de la rue Teinture à Bayeux.

La mort de la veuve Crochard est un. La Bourse est une de ces compositions attendrissantes et pures auxquelles excelle M. Le vieil émigré suivi de son ombre, Adélaïde de Bouville et sa mère, sont des figures où le talent de M. Ce tableau fait un contraste prodigieux entre la Femme vertueuse et le Papa Gobseck. En lisant Gobseck on est frappé de cette profondeur qui permet à M. Là paraissent, pour la pre- mière fois, ces trois personnages,. Là commence égale- ment le personnage de Derville, l'avoué du comte Chabert.

L'Histoire de madame Diard est un de ces morceaux qui doivent faire rêver aussi bien les hommes que les femmes. Cette seconde par- tie des Marana, l'Histoire de madame Diard, esl bien supérieure comme idées à la première, qui se recommande par le mouvement et les image-; il semble que M. Le dénoûment, si bien préparé, est un des plus beaux de l'auteur, qui en compte tant de parfaits, qu'il a conquis le droit de finir ses drames à la façon de Molière.

Toutes les qualités de M. La mystérieuse union des Treize et le pouvoir gigantesque qu'elle leur assure au milieu d'une société sans liens, sans principes, sans homogénéité, réalise tout ce qu'il est permis à notre époque de comprendre et d'accepter de fantastique. Bien isissant comme le contraste des chastes amours de monsieur et de madame Jules et de la ténébreuse et effrayante physionomie de Ferragus.

Le terrible ne joue pas un moindre Pôle dans le deuxième épisode qui a pour titre: Madame de Langeais acceptant le cloître comme le seul iment possible de sa passion trompée, est un ressouvenir de mademoiselle de Montpensier, de la duchesse de la Vallière et des grandes figures féminines d'au- trefois.

Dans la Fille an. Il y a, dans la Fille aux ijeuxd'or, un boudoir vraiment féerique, mais décrit avec une telle exactitude, que, pour le peindre ainsi, l'auteur a dû l'avoir sous les yeux. Quoique vrai au fond, le carac- tère de Henry de Marsayesi exalté au delà du réel.

Aussi comprenons-nous la boutade légèrement impertinente que cette pudique levée de boucliers a suscitée tout récemment en lui, et qui nous a valu la spirituelle préface du Père Goriot. Le Lys dans la vallée, où M. La manière dont ce drame est conduit prouve avec quel éclat M. Il ne peut apporter un jour à la scène que le surplus des forces exorbitantes qui font de lui le plus rude athlète de notre littérature, mais aussi le plus inoffensif des écrivains. Au lieu de crier sur les toits: Chez beaucoup, en effet, une nature de convention succédait au faux convenu des classiques.

Complètement étranger à tout ce qui était coterie, convention, système, M. En la recomposant par ce chaud galvanisme, par ces injections enchantées qui rendent la vie aux corps, il nous l'a montrée frémissant d'une animation nouvelle qui nous étonne et nous charme. Cette science n'excluait pas l'imagination.

Aussi, loin qu'elle ait manqué à cette patiente élaboration, y a-t-elle déployé sa plus grande puissance: Ses premières conquêtes nous répondent de celles de l'avenir. Imprimé pour la première fois, avec sa date, dans le Messager du 25 août au 23 sep- tembre , ce roman parut ensuite, avec sa dédicace datée de Paris,. Béchet et chez Werdet, Les Célibataires le curé de Tours.

Les Trois Vengeances la Grande Bretèche. Illusions perdues première partie, les Deux Poètes. Les Célibataires le Curé de Toursi. La Grande Bretèche ouïes Trois Vengeances. Il faut y ajouter Eugénie Grandet, un volume in, chez le même éditeur, Le Curé de Tours. Un Ménage de garçon en province les Deux Frères. Les Parisiens en province, 1.

La Muse du département Dinah Piédefer. Le Lys dans la vallée. Le testament du docteur. Les terribles malices de la. Eugénie Grandet, daté de Paris, septembre Ce roman parut inédit, sauf le début, avec préface datée de septembre is: Il était alors divisé en sept chapitres dont voici les titres, et dont le premier avait paru dans l'Europe littéraire du 1!

L'auteur ayant gagné son procès contre la Revue de Paris, ne lui livra pas la fin de l'ouvrage qui parut inédite, dans ces volumes. Il était alors divisé comme suit:. Les divisions ont aussi disparu aujourd'hui, sauf l'envoi et la réponse. La Revue de Paris avait publié seulement la première préface, l'envoi, le premier cha- pitre et la moitié environ du second, partie qui se termine avec la ligne 35 de la page de l'édition définitive. En , Balzac écrivit une autre préface datée des Jardies, juin , pour l'édition in de cet ouvrage parue chez Charpentier voir tome XXII, page , et enleva celles qu'il avait écrites d'abord.

Nous allons donner ici le curieux article que publia la Revue de Paris en juin lorsque le Lys dans la vallée eut paru complet en volume; on se rappelle que la Revue avait perdu le procès qu'elle avait intenté à M.

Elle compose à peu près un petit volume assez mal imprimé, et qui ne vous coûtera que quinze francs; mais vous êtesentêtéeel volontaire comme un joli enfant de viimt a ns.

Quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Mais la Revue j pense-t-elle, monsieur! Vous aurez bon gré, mal gré, la fin du Lys dans la vallée, non pas écrite par M. Fuyez les jeunes femmes. La femme de cinquante ans fera tout pour vous; la femme de vingt ans rien: Raillez les jeunes femmes. Elles vous dévoreront, Bans scrupule, votre temps Je m arrête, je ne vous en dis pas plus long, je craindrais trop votre désespoir de jeune femme. Félix s'en va donc à Paris, où il arrive, à pou près dans le même temps qui; Louis M III quittait sa capitale d'un jour; lé 20 mars était proche.

Quand Félix fut couché, il fut travaillé par des idées folles produites par une tourbillonnante agitation des sens. Le lendemain, il fallut partir; madame de Mortsauf appuya sa tête alanguie sur l'épaule de Félix, et Félix retourna à Paris. Remarquez la galanterie de M. Il ne donne qu'une voix d'argent au roi lui-même, pendant qu'il gratifie madame de Mortsauf d'une voix d'or!

Six mois après, le roi donne un congé à Félix, et ce jour-là il lui dit de sa voix d'argent: Félix vola comme une hirondelle en Touraine. Il paraît que les hirondelles volent plus vite en Touraine qu'à Paris. Cette fois, il était très-heureux, non-seule- ment d'être un peu moins niais, mais encore dans l'appareil d'un jeune homme élégant. Bien plus, les hui- liers l'avaient si mal arrangé, que M. Boutons blancs rougis, diable! Félix est obligé d'emprunter une chemise à M.

Voilà donc l'appareil, par excellence, d'un jeune homme élégant! Félix de Vandenesse fut reçu à merveille par madame de Mortsauf, qui ne reconnut pas la chemise de son mari. Les façons de la fortune M. D'ailleurs, n'est-il pas l'espoir inavoué de cette femme adorable? Après le dernier bonjour, Félix de Vandenesse. Tout à coup, en apprenant que le roi appelait Félix mademoiselle de Vandenesse, madame de Mortsauf, cette femme réservée, qui ne lui donnait que le revers de sa main et non la paume, saisit la main de Félix et lu baisa en y laissant tomber une larme de joie.

Félix fut bien étonné de cette subite transposition des rôles, et j'imagine que vous êtes bien éton- née, vous aussi. Vous vous rappelez que déjà, dans la première partie de cette histoire, M. Félix est devenu l'homme élégant que vous savez. Voici le nouveau portrait de M. Colore- doncun nez ensanglanté! Mais je serai plus humain que M. Voilà en effet toute l'énigme, madame, et tout" l'histoire du Lys dans la vallée.

Félix n'en juge pas comme moi. Félix va chercher à Tours M. Origet arrive sans lancette; Félix retourne à Azay, par un temps affreux, chercher la lancette de M. Vandenesse trouva donc le monde parfait pour lui.

Ce fut, parmi les plus belles femmes de cette époque, à qui se ferait, aimer de ce jeune homme, avec ou sans public. Félix plut surtout à une de ces illustres ladies, qui sont à demi souveraines souveraines de qui? Et voilà pourtant à quelles fins la Revue a plaidé avec lui! Félix succomba; il ne fut plus mademoiselle Félix de Vandenesse. Où êtes-vous, Cathoset Madelon? Aucun cheval ne r siste à son poignet nerveux. Ce qui veut dire, je crois, que cette dame de feu prenait souvent des bains à domicile.

Avez-vous jamais rencontré quelque part plus de mots creux et plus horriblement accouplés? Et tout cela pour vous dire que, dans la maison de cette dame, M. Félix de Vandenesse avait trouvé les meubles les mieux faits, les tapis les plus doux, et le thé le plus excellent qu'il eût pris de sa vie; en un mot, qu'il était tombé en même temps dans le confort anglais et dans les bras de cette Anglaise! Il n'était pas besoin de tant se tortiller l'imagination pour nous vanter les délices de cette opulente maison.

Vous vous souvenez d'ailleurs, madame, que déjà, dans sa pre- mière jeunesse, M. Félix de Vandenesse célébrait avec la plus vive émotion les célèbres rillettes et rillons de Tours, et, comme l'eau lui venait à la bouche quand il voyait ses camarades se pourlécher en vantant les rillons, ces résidus de porc sautés dans sa graisse, pendant que, lui, il n'avait dans son panier que des fromages d'Olivet ou des fruits secs.

Vous vous rappelez encore, plus tard, quand le jeune homme fut au collège, quelles luttes furibondes M. Félix eut à soutenir contre les blandices de la buvette. Déjeuner avec une tasse de café au lait était un goût aris- tocratique. Eh bien, les juges de M. Soyons-lui plus favorables, madame, et en faveur des célèbres rillons et rillettes qu'il n'a pas mangés, et du café aristocratique qu'il a bu à crédit chez le concierge de sa pension, pardonnons- lui ses transports incroyables pour le thé savamment déplié et versé à l'heure dite, de sa lady Arabelle.

Je poursuis notre récit. Félix ne put pas résister bien longtemps à une femme qui bonifiait 'ainsi les moindres parcelles de la matérialité, qui brossait ainsi le mur des caves, et qui faisait de si bon thé. De là cette lutte que nous éprouvons tous entre une destinée future, que nous pressentons, et les souvenirs de nos instincts antérieurs, dont nous ne sommes pas entièrement détachés les célèbres rillons et rillettes!

Félix fut arrêté net par madame de Mortsauf. Vous rappelez-vous, madame, le retour de J. Balzac fait toujours la même phrase sous le même noyer.

Ce qui fait faire à notre héros la réflexion suivante: Balzac est très-conséquent avee lui-même. Rappelez-vous en effet que madame de Mortsauf attire à elle les moindres parcelles humides; et voilà pourquoi M. Balzac la compare à une inondation. En vérité, madame de Mortsauf se venge cruellement des infidélités corporelles de M. Le domestique de M. Elle aurait dû se rappeler le proverbe aussi célèbre que les célèbres rillons et rillettes: Qui trop embrasse, mal étreint.

Mais quand elle tint son amant, que de sarcasmes lady Arabelle lança contre sa rivale! Ainsi cette Anglaise brosse sa cave et brosse les squelettes! Vpivs celte nuit si volcaniquement foudroyante et musicale, M.

Félix quitte la maitresse de son corps pour aller déjeuner chez la maîtresse de son âme. Or, voici quelques-uns des ré- sultats de son observation:. Les Anglaises sont ainsi. De ce jour, le thé ne parut plus aussi bi.

Voilà pourtant où conduisent les mariages morganatiques et le laisser-voir de imites les heures et de tous les jours! Et il repartit pour Clochegourde. On peut dire que tout ce roman se passe par monts et par val: Ses tempes creuses, ses joues rentrées, montraient les formes intérieures du visage, et le sourire que formaient ses lèvres blanches ressemblait vaguement au ricanement de la mort.

Cette scène déplorable ne finit pas. Ils me parlent de paradis! A la fin, son délire s'apaise; elle meurt. Ne vous ai-je pas dit que j'étais jalouse, mais jalouse à mourir. Quand je me suis levée si fière, j'ignorais une sensation pour laquelle je ne sais de mol dan- aucune langue, car les enfants n'ont pas encore trouvé des paroles pour exprimer le mariage de la lumière et de leurs yeux, ni le baiser de la vie sur leurs lèvres.

Que doivent être les plaisirs? Quant à Madeleine, elle se mariera. Puissiez-vous un jour lui plaire; elle est toute moi-même, et de plus elle est forte. Or, madame, après la lecture de cette lettre, qui est tendre, bien que bour- souflée; après cette mort de madame de Mortsauf, qui est une mort douloureuse, malgré 'es ridicules exagérations sentimentales!

D'abord, il a voulu se faire trappiste. A peine a-t-il lu cette dernière lettre île madame de Mortsauf, que M. Et, en effet, le voilà qui dit à ine, Madeleine toute couverte du deuil de sa mère!

Cette fois pourtant, après cet affront cruel, après avoir perdu cette seconde femme et Clochegourde, c'était bien le cas de se faire trappiste. Il va vous le dire lui-même, car, pour moi, je n'oserais. Oui, madame, après avoir enlevé la mère, après avoir été chassé par la fille, M. Félix de Vandenesse retourne machinalement chez lady Dudley, la femme qui a fait mourir à petit feu ce pauvre Lys! Mais voilà bien une autre aventure!

Entré dans cette maison où il croyait retrouver tout simplement ses habitudes conjugales, M. Félix perdait deux femmes à Clochegourde, il en perdait une autre à Paris, et quelle autre? Vous vous rappelez que le Lys dans la vallée est une histoire manuscrite adressée par M.

Félix de Vandenesse à une belle dame, madame la comtesse Katalie de Manerville. Félix de Vandc- uesse, qui aime madame de Manerville en quatrième et dernier ressort, espère se faire aimer d'elle, en lui racontant toutes les traversées do ses amours.

A quoi madame la comtesse de Manerville. Vous avez manqué de tact envers moi pourquoi pas de flair? J'avoue mes imper- fections. Félix de Vandenesse reste donc veuf de quatre femmes plus belles les unes que les autres. Où est la moralité de l'histoire, le savez-vous?

Mais, moi, je ne me suis chargé que de vous raconter la fin des pâtiments de M. Pierre lie, daté de aovembre Dédié à mademoiselle Anna de Hanska aujourd'hui la comtesse Georges Mnizeck , dédicace datée d'abord desJardies, novembre Le Curé de Tours, daté de Saint-Firmin, avril Dédié à David, statuaire.

En daté , il reparut sous le même titre dans le tome It de la première édition des Scènes de la Vie de province. Il entra en , augmenté de sa dédicace et de sa date, dans le tome II de la troisième édition des mêmes Scènes première édition de la Comédie humaine, tome VI , sous le titre de: La Rabouilleuse, daté de Paris, novembre 18Zi2.

Dédié à Charles Nodier. Ces deux versions étaient divisées comme suit:. Horrible et vulgaire histoire. Dédié à la duchesse de Castries. Ce récit parut pour la première fois, inédit et daté, dans le tome il de la première édition des Scènes de I" Vie de province, daté L83û.

Il a pris pour la première fois, avec la Muse du département le titre collectif de: La dédicace y parut aussi pour la première fois. Les Parisiens en province. Dédié au comte Ferdinand de Gramont. Les deux pre- miers volumes portaient le titre actuel, et les deux derniers celui de Rosalie. Dans le Messager, cet ouvrage était divisé en chapitres dont voici les titres, enlevés depuis:.

Cel ouvrage, dont la première idée se trouve, comme non- l'avons déjà dit, dans l'une des versions de la Grande BreU che, contient plu- sieurs fragments déjà publiés ailleurs; celui qui a pour sujet: Fragments d'un roman publié sous l'Empire par un auteur inconnu, dans les Causeries du monde, recueil dirigé par madame So- phie Gay, mère de madame Emile de Girardin; nous donnerons pins loin les fragments non recueillis de cet article.

La Femme de province, publiée pour la première fois dans le tome i de la Province desFran-. Enfin, le Grand d'Espagne, et Y Histoire du chevalier de Beauvoir extraite d 1 'une Conversation, entre onze heures et minuit , qui avaient reparu déjà dans laGraude Bretèche, ou les Trois Vengeances, éditions de et de , en ont été retirés pour reparaître ici voir plus haut, Autre Étude de femme.

Dans la Muse du département, tous les titres de ces différents emprunts sont enlevés, et, lors de sa première publication dans le Messager, la note suivante du directeur, relative à une partie d'entre eux et se rapportant à la ligne 35, p. En toujours, la Muse du département entra, non datée, comme seconde partie des Parisiens en province, dans le tome II de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie de province première édition de la Comédie humaine, tome VI. Dans la première édition de la Comédie humaine, Balzac avait placé cette note à propos du prénom deTobie donné alors à Silas Piédefer, ligne 27, page Au lieu de Tobie Piédefer, lisez Silas Piédefer.

On peut pardonner à l'auteur de s'être rappelé trop tard que les calvinistes n'admettent pas le livre de Tobie dans les Saintes Écritures. C'était une méditation sans substance et sans but, espèce de voyage fait dans un labyrinthe ténébreux où l'esprit ne pouvait rien apercevoir, où l'imagination marchait en aveugle qui n'a plus de bâton.

Alors, l'âme est comme un orgue dont le musicien jouerait à vide parce que le souffleur s'est endormi; les cordes touchées ae résonnent point 1. Au milieu de ce néant, j'étais physiquement récréé par le lointain murmure de Paris, et par le frissonnement des bûches humides qui criaient dans mon foyer solitaire.

Quand je suis heureux je ne les retrouve plus. Le bonheur est une chimère jalouse, elle tue toutes les autres-. Alors, j'aurais donné volontiers au diable dix heures à prendre sur mon éternité bien heureuse pour pouvoir lire quelque livre gai, le Poëtne ilu bonheur, par feu Marchangy, ou quelques mauvais articles faits par un camarade; lorsque, soudain, sur la ligne droite, tracée par la tranche du paquet, j'aperçois le titre cou- rant d'un livre, jadis jeté dans les gémonies littéraires, livre battu, pulvérisé par le pilon, réduit en bouillie, devenu carton, et qui peut-être a servi au bonheur de quelque joueur sous forme d'as de pique, ou à celui de quelque, lady snus figure de boite a pains à cacheter.

Je lus avidement ces mots imprimés en petites capi- tal'-: Malheureusement, cet incident n'est pas nouveau. Sterne a trouvé l'histoire du petit notaire sur le papier dans lequel sa fruitière lui avait envoyé du beurre. Avant- hier, un de mes amis a rencontré le conte le plus bouffon sur une vieille feuille d'un vieux livre latin dans laquelle un quincaillier lui avait envoyé des clous.

Certes, amis et, ennemis, si je parle de cette maculature me jetteront au nez la bio- graphie du chat Muit entremêlée des feuilles où l'incompréhensible Hoffmann a. Juron de mon maître d'écriture! Depuis que je me suis avancé dans la vie, j'ai iron dans la bouche de tous les maîtres d'écriture.

Frappé do cette similitude, en ma qualité d'observateur, j'en ai cherché la raison. Je ne sais si vous parcourerez, avec autant de bonheur que je l'ai fait, les cam- pagnes pittoresques de la nature littéraire, et si vous composerez avant la lecture des fragments que je transcris ici, la préface dont je me suis donné le divertisset ment.

Olympia, ou les Vengeances romaines! A quelle époque vivait cette Olympia? Était-ce sous les Tarquins, sous la République, sous les Césars? Est-ce du temps des papes? Puis est-ce une femme? Sera-ce une nuit de sang ou de plaisir? Il y a peut-être des coups de poignard et de l'amour tout ensemble!

Mais c'est un roman de l'Empire! Peut-être n'y aura-t-il rien du tout. Après une demi-heure de rêveries, j'avais fait mon Olympia. C'était une ravis- sante courtisane qui chaussait souvent la tiare, vendait toujours des barrettes, cotait les péchés, entretenait sa table avec les dispenses de mariages, et nourrissait ses chevaux avec les parties casuelles.

C'était du xvi e siècle tout pur, et, j'ou- bliais que, sous l'Empire, les bibliophiles étaient au lycée occupés à fonder leur moyen âge. Alors, par une dernière réflexion, je fis d'Olympia la cause innocente de l'assassinat du citoyen Duphot.

Olympia était une duchesse romaine, duchesse comme Torlonia, le marchand de rubans, est duc; duchesse par la grâce du pape, comme le roi était roi par la grâce de Dieu!.. Voici l'ordre dans lequel je lus les macula- turcs:.

Ici se place le fragment inséré dans la Muse du département; cette réflexion seulement a été enlevée:. Aristide était le précurseur de Socrate, Socrate celui de Jésus-Christ, Jésus-Christ l'éternel symbole des anges terrestres persécutés. Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doil parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière.

Ce n'esl pas Ici le lieu de von- amuser par la description de ces charmantes distinctions avec les- quelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plume- au veut et de regards perdus, de joie indiscrète el de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts i I de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelle- anciennes sur déjeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijou- teries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d'autres irm res d'art.

La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s'abat sur -"H château pour habiter sa terre pendant sept mois, n'esl pas une femme de pro- vince. Est-elle une femme de province, l'épousedecel omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept an-, depuis que les ministères constitutionnels onl inventé le Longchamps de- préfectures?

La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre puni- tracer ce caractère. Ici, l'encre devrait devenir blême; ici, le bec affilé des plumes ironiques devrail s'émousser. Pour parler de cet objet de pitié, l'auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de s,i plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes el languissantes, de rafraîchir les vieux fends de magasin' que cette femme impose a sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles leurs i artificieuses qu'artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires ,]ont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des.

Presque toujours le masque est contracté. La femme de province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter. La femme de province est dans un état constant de flagrante infériorité. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province. Il en est une autre plus corrosive encore: Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses nulle douleurs légales dans mille félicités illégales.

Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres avant de passer par la fenêtre. Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu.

Madame Goquelin, que vous avez nommé. Ceci n'est pas de l'innocence, mais de l'ignorance. Vous la dédaignez, elle vus aime; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime; elle ne comprend rien à ce que l'on a si ingénieusement nommé le français, l'art de l'aire comprendre ce qui ne doit pas se dire. On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toute- ces petites choses, quelle force d'inertie elles ont, et combien tout est d'accord: Dans la toilette d'une femme de province, l'utile a toujours le pas sur l'agréable.

Chacun connaîtla fortune du voi- sin, l'extérieur ne signifie plus rien. Puis, comme le disent les sages, on s'est habitué les uns aux autres, et la toi- lette d. La mode s'j assied au lieu de passer. On tient à une eh. On garde pour la saison suivante une futilité qui ne doit durer qu'un jour. Elle ne sait pas! Elle s'observe elle-même, elle n'a pas le moindre laisser aller. Si elle est jeun. Ainsi la femme de proi ince ne songe point à se dissimuler, elle est essentielle- ment naïve.

Si une Parisienne n'a pas les hanches assez bien dessinées, son esprit inventif et l'envie de plaire lui font trouver quelque remède héroïque; si elle a quelque vice, quelque grain de laideur, une tare quelconque, la Parisienne est capable d'en faire un agrément, cela s.

Si sa taille est trop courte, si son embonpoinl se place mal, eh bien, elle ,. De là ces tournures groti jques, ci b maigreurs effrontées, es am-.

A quelque sphère qu'elle appartienne, la femme de province montre de petites idées. C'est elle qui, à, Paris, trouve de bon goût d'enlever à sa meilleure amie l'affection de son mari. Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent; elles tombent lourdement quand elles tombent; elles sont moins femmes que les Parisiennes. Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont le bonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout.

On en voit qui mettent quelquefois un talent infini à éviter la grâce. Sa révolte consiste à quitter la province et s'établir à Paris. Elle s'y établit légi- timement par un mariage et tâche de devenir Parisienne; elle y triomphe rare- ment de ses habitudes.

Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et à insulter Paris; la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Parisienne manquée. Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée. Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme com- binée avec la vie de province. Un Parisien passe par la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à ce phénix, et le Parisien aperçoit une laideron parfaitement conditionnée.

Un jeune homme a quelques jours d'exil â passer dans une petite ville de pro- vince, il y retrouve l'éternel ami do collège, cet ami de collège le présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemment spirituelle, une âme aimante et une belle femme.

Le Parisien voit un grand corps sec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui n'a pas les yeux ensemble, qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, habillé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement. Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonheur, il le mystifie en prenant cet air convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer. La veille de son départ, le Parisien, questionné par son ami sur l'opinion qu'il emporte de la petite ville, répond quelque chose comme:.

Le lendemain matin, l'ami le réveille; armé d'une paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle, en lui posant ce théorème:. On vous présente à la femme la plus spirituelle, et vous trouvez une créature qui tourne dans le même genre d'esprit depuis vingt ans, qui vous lance des lieux communs accompagnés de sourires désagréables, et vous découvrez que la femme la plus spirituelle de la ville en est simplement la plus bavarde.

Deux femmes également supérieures et toutes deux en province, où l'auteur de ces observations a eu la douleur de les trouver, expliquent admirablement le sort des fe îes de province. La première avait su résister à cette, vie tiède et relâchante qui dissout la plus forte volonté, détrempe le caractère, abolit toute ambition, qui enfin éteint le sens du beau.

Bile passait pour une femme originale; elle était haïe, calomniée; elle n'allait nulle part, mi ne voulait plus la recevoir, elle était l'ennemi public. Pour entretenir son Intelligence au niveau du mouvement parisien, elle lisait tous les ouvrages qui paraissaient et les journaux: Elle demeurait donc toujours élégante, et sou intérieur était un intérieur presque parisien. Hommes el femmes, en venant chez elle, s'y trouvaient constamment blessés de cette constante nouveauté, de ce bon goût persistant.

One haine profonde s'émut, causée par ces choses. Elle fut atteinte et convaincue de pédantisme, chacun finit par se moquer effrontément de ses nobles et grandes qualités, d'une supériorité qui blessait toutes les prétentions, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait pas. Quand tout le monde est bossu, la belle taille devienl la monstruosité.

Cette femme fut donc regardée comme monstrueuse et dangereuse, et le désert se lit autour d'elle, l'as une de ses démarches, même la plus indifférente, ne passait sans être criti- quée, dénaturée. Il résultait de ceci qu'elle était impie, immorale, dévergondée, dangereuse, d'une conduite légère et répréhensible. Je me souvins alors qu'au mois d'avril ou de mai, les jolies femmes d'une ville de province sont les premières à décamper.

Quoique l'homme le plus spirituel de la ville, un homme d'avenir, disait-on, et qui fit, un épouvantable fiasco à la Chambre, lui rendît des soins, cette femme mourut jeune et dévorée comme un ver. La supériorité comporte une action in- vincible qui, au besoin, réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal. Les Rivalités; la Vieille Fille, daté de Paris, octobre Midy de la Greneraye- Surville beau-frère de l'auteur'.

Imprimé pour la première fois dans la Presse du 23 octobre au lx no- vembre , ce roman parut pour lapremière fois en volume, daté, en , dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie de province, C'est en 18liU, augmenté de sa dédicace actuelle, qu'il prit place avec le Cabinet des antiques, sous le titre collectif de: Lapremière version était divisée en trois chapitres, supprimés aujour- d'hui:.

Les Provinciaux à Paris; le Cabinet des antiques, daté des Jardies, juillet Dédié au baron de Hammer-Purgstall. Les deux parties de ce récit, annoncé avec le sous-titre de Fragments d'histoire générale, parurent pour la première fois, l'une, sans date, sous le titre: Cette version de la seconde partie y était divisée ainsi:. Il y ajouta une préface voir tome XXII, page et supprima le fragment que voici qui terminait la partie publiée dans la Chro- nique de Paris, et se plaçait après le premier paragraphe de la page 13 de cette édition:.

Ici commencent les événements de cette histoire dont ceci n'est que le préambule; il sera certes pardonné à l'auteur de l'avoir écrit.

Sexe hindi sexe entre copains

Qui sait même s'ils ne quêtent pas une fortune? Dès lors, la femme du fils aîné n'est duchesse que de nom: Les femmes les plus nobles sont ainsi devenues d'. Notre époque n'a plus ces belles fleurs féminines qui ont orne les grands siècles. L'éventail de la grande daim' est brisé. La femme n'a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se montrer, l'éventail ne sert plus qu'à B'éventer; et, quand une chose n'est, plus que ce qu'elle est, elle est trop utile pour appartenir au luxe.

Tout en France a été complice de la femme comme il faut. L'aristocratie y a consenti par sa retraite au fond de ses terres où elle a été se cacher pour mourir, émigrant a l'intérieur devant les idées, comme à l'étranger.

Aussi, là où les bourgeois veulent voir des princesses, n'aperçoit-on que des jeunes personnes comme il faut. Aujourd'hui, les princes ne trouvent plus de grandes dames à compromettre, ils ne peuvent même plus illustrer une femme prise au hasard. Le duc de Bourbon est le dernier prince qui ait usé de ce privilège, et Dieu sait seul ce qu"il lui en coûte!

Aujour- d'hui, les princes ont des femmes comme il faut, obligées de payer en commun leur loge avec des amies, et que la faveur royale ne grandirait pas d'une ligne, qui filent sans éclat entre les eaux de la bourgeoisie et celles de la noblesse, ni tout à fait nobles, ni tout à fait bourgeoises.

La presse a hérité de la femme. La femme n'a plus le mérite du feuilleton parlé, des délicieuses médisances ornées du beau langage; il y a des feuilletons écrits dans un patois qui change tous les trois ans, des petits journaux plaisants comme des croque-morts et légers comme le plomb de leurs caractères. Les conversations françaises se font en iroquois révolutionnaire d'un bout à l'autre de la France par de longues colonnes imprimées dans des hôtels où grince une presse à la place des cercles élégants qui brillaient jadis.

Le glas de la haute société sonne, entendez- vous! Cette femme, sortie des rangs de la noblesse, ou poussée de la bourgeoisie, venue de tout terrain, même de la province, est l'expression du temps actuel, une dernière image du bon goût, de l'esprit, de la grâce, de la distinction réunies, mais amoindries.

Nous ne verrons plus de grandes dames en France, mais il y aura longtemps des femmes comme il faut, envoyées par l'opinion publique dans une haute chambre féminine, et qui seront pour le beau sexe ce qu'est le gentleman en Angleterre.

Félix Davin en ; elle était destinée à paraître avant celle du même auteur écrite pour les Éludes philosophiques voir plus loin ; mais un retard survint qui ne permit de la publier qu'après et obligea d'en modifier le début, où la. Cette introduction ouvrait la publi- cation, comme nous l'avons indiqué au commencement de ce travail. Chacune de ces divisions exprime évidemment une face du monde social, et.

Le jeune homme est pur; les infor- tunes naissent de l'antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur ir; là, le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs. Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement pos- Bible. Les Scènes de tu Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la vie humaine où les passions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, dos mouvements irréfié-.

La vie devient sérieuse; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves. Les désillusion nements commencent: La femme raisonne au lieu de sentir; elle calcule sa chute là où elle se livrait. Aux Scènes de la Vie parisienne, finissent les peintures de la vie individuelle. Les Scènes de la Vie politique exprimeront des pensées plus vastes. Les gens mis en scène y représenteront les intérêts dos masses, ils se placeront au- dessus des lois auxquelles étaient asservis les personnages des trois séries précé- 1 -ntes qui les combattaient avec plus ou moins de succès.

Cette fois, ce ne sera plus le jeu d'un intérêt privé que l'auteur nous peindra; mais l'effroyable mouve- ment de la machine sociale, et les contrastes produits par les intérêts particuliers qui se mêlent à l'intérêt général.

Jusque-là, l'auteur a montré les sentiments et la pensée en opposition constante avec la société, mais dans les Scènes de lu Vie poli- tique, il montrera la pensée devant une force organisatrice, et le sentiment com- plètement aboli. Là donc, les situations offriront un comique et un tragique gran- dioses. Les Scènes de la vie militaire sont la conséquence des Scènes de la Vie politique.

Les nations ont des intérêts, ces intérêts se for- mulent chez quelques hommes privilégiés, destinés à conduire les masses, et ces hommes qui stipulent pour elles, les mettent en mouvement. Les Scènes de la Vie militaire sont donc destinées à peindre dans ses principaux traits la vie des masses on marche pour se combattre. Enfin ce sera la nation tantôt triomphante et tantôt vaincue.

Iprès les étourdissants tableaux de cette série, viendront les peintures pleines de calme de la Vie de campagne. On retrouvera, dans les Scènes dont elles se composeront, les hommes froissés par le monde, par les révolutions, à moitié brisés par les fatigues de la guerre, dégoûtés de la politique.

Là donc le repos après le mouvement, les paysages après les intérieurs, les douces et uniformes occupations de la vie des champs après le tracas de Paris, les cicatrices après les blessures; mais aussi les. Les idées religieuses, la vraie philanthropie, la vertu sans emphase, les résignations s'y montrent dans toute leur puissance accompagnées de leurs poésies, comme une prière avant le coucher do la famille.

Partout les cheveux blaurs de la vieillesse expérimentée s'j mêlent aux blondes touffes de l'enfance. Aussi les doutes ne manquent-ils point. Quant aux trois autres, nous pou- vons, sans nuire à aucun intérêt, montrer combien elles sont avancées. Les Conver- sations entre onze heures et minuit, dont un fragment a paru dans les Contes bruns, et qui ouvrent les Scènes de la Vie politique, sont achevées. Les Chouans, dont la seconde édition est presque épuisée, appartiennent, aussi bien que les Ven- déens, aux Scènes de la Vie militaire.

Les sympathies du public ont déjà, malgré les journaux, rendu justice au Médecin de campagne, la première des Scènes de la Vie de campagne. Aussi la critique nous a-t-clle semblé par trop en venant reprocher à l'écrivain ses premières ébauches. N'y aurait-il pas quelque chose de ridicule à opposer aux créations actuelles de Léopold Robert, de Schnetz, de Gudin et de Delacroix, les yeux et les oreilles qu'ils ont dessinés dans l'école sur leur premier vélin.

Dans ce système, un grand écrivain serait comp- ilas thèmes et des versions qu'il aurait manques au collège, et la critique viendrait, jusque par-dessus son épaule, voir les bâtons qu'il a tracés autrefois sous les regards de son premier magister. L'injustice de la critique a rendu ces misé- rables détails d'autant plus nécessaires, que M. A peine a-t-il le temps de créer, comment aurait-il celui de discuter?

Le critique, empressé de lui reprocher des jactances dans lesquelles un esprit moins partial aurait reconnu les plaisanteries faites entre les quatre murs de la vie privée, craignait que l'incessante attention avec laquelle M.

Comment concilier le reproche fait à l'amour-propre de l'homme, avec la bonne foi d'un auteur si jaloux do se perfec- tionner? Il nous la disait à nous-inème, en nous donnant des conseils sur le sens général qu'un écrivain serait tenu de faire exprimera ses travaux pour subsister dans la langue.

Quoique grand, le barde écossais n'a fait qu'exposer un certain nombre de pierres habilement sculp- tées, où se voient d'admirables figures, où revit le génie de chaque époque, et dont presque toutes sont sublimes; mais où est le monument?

Le génie n'est complet i in' quand il joint, à la faculté de créer, la puissance de coordonner ses créations.

Il ne suffit pas d'observer et de peindre, il faut encore peindre et observer dans un but quelconque. Mais, sachez-le bien, aujourd'hui vivre en littérature, constitue moins une question de talent qu'une question de temps. Avant que vous soyez en communi- cation avec la partie saine du public qui pourra juger votre courageuse entreprise, il faudra boire à la coupe des angoisses pendant dix ans, dévorer des railleries,.

Mais combien de peines attendraient l'historien d'aujourd'hui, s'il voulait faire ressortir les imperceptibles différences de nos habitations et de nos intérieurs, auxqu sis la mode, l'égalité des fortunes, le ton de l'époque, tendent à donner la même physionomie, pour aller saisir en quoi les figures et les actions de ces hommes que la société jette tous dans le môme moule sont plus ou moins originales.

Mais qu'on nous permette cette redite: Certes on peut dire de lui qu'il a fait marcher les maximes de la Bochefoucauld, qu'il a donné la vie aux observa- tions de Lavater en les appliquant. Mais quand a-t-il habité la petite ville où s'est passée la lutte qu'il a. Rcgnault de la Grande Bretèche, ce cousin du petit notaire de Sterne, comme le maître Pierquin de Douai, dans la Recherche de l'absolu?

Comment a-t-il pu être habitant de Saumur et de Douai, chouan à Fougères et vieille fille à Issoudun? Il a non-seulement pénétré les mystères de la vie humble et douce que l'on mène en province, mais il a jeté dans cette peinture monotone assez d'intérêt pour faire accepter les figures qu'il y place. Enfin, il a le secret de toutes les industries, il est homme de science avec le savant, avare avec Grandet, escompteur avec Gobseck, il semble qu'il ait toujours vécu avec les vieux émigrés rentrés, avec le militaire sans pension, avec le négociant de la rue Saint-Denis.

Mais ne serait-ce pas une fausse idée que de croire à tant d'expérience chez un aussi jeune homme. Le temps lui aurait manqué. S'il a pu rencontrer M. Cependant ne faut-il pas avoir souffert aussi, pour si bien peindre la souffrance? Ce dont il faut lui savoir surtout gré, c'est de donner de l'éclat à la vertu, d'atténuer les couleurs du vice de se faire comprendre de l'homme politique aussi bien que du philosophe en se mettant, à la portée des intelligences médiocres, et d'intéresser tout le monde en restant fidèle au vrai.

Mais quelle tâche d'être vrai chez la Fosseuse, et vrai chez madame de Langeais; vrai dans la maison Vanquer, et chez Sophie Gamard: Mais vrai dans l'in- térieur comme dans la physionomie, dans le discours comme dans le costume. La petite maîtresse la plus exigeante, la duchesse la plus moqueuse, la bourgeoise la. Pour faire accepter à notre époque sa figure dans un vaste miroir, il fallait, lui donner des ances.

Mais aussi comme M. Quels trésors d'amour, de dévouement, de mélancolie il a puisés dans ces existences solitaires et dédaignées! La surprise fut bien grande à l'apparition des Scènes de la Vie privée, quand on vit ces premières études de femme si profondes, si délicates, si exquises, telles enfin qu'elles semblèrent ce qu'elles étaient, une découverte, et commen- cèrent la réputation de l'auteur.

Déjà pourtant il avait publié les Chouans, dont un personnage, Marie de Verneuil, avait prouvé sous quel point de vue nouveau il savait envisager la femme; mais l'heure de la justice n'était pas venue pour lui, et, quoique lents à se faire jour, les succès légitimes sont inévitables. Pour compléter sa révélation de la femme, M.

La base était trouvée, la conséquence se produisit naturellement. L'auteur pénétra donc intimement dans les mystères de l'amour, dans tout ce qu'ils ont de voluptés choisies, de délica- tesses spiritualistes. Là encore, il s'ouvrit un nouveau monde. Chez lui, le drame, comme la resplen- dissante lueur du soleil, domine tout; il éclaire, échauffe, anime les êtres, les objets, tous les recoins du site; ses ardents rayons percent les plus épaisses feuillées, y font tout éclore, frissonner, étinceler.

Et quelle harmonie suave dans ses fonds de tableau! Comme leurs teintes s'assortissent avec le clair-obscur des intérieurs, avec les tons de chair, et le caractère des physionomies qu'il y fait mouvoir!

Ses plus grands contrastes mêmes n'ont rien de heurté, parce qu'ils se rattachent à l'ensemble, en vertu de cette lumineuse logique qui, dans les spectacles de la nature, marie si doucement le bleu du ciel au vert des feuillages, à l'ocre des champs, aux lignes grises ou blanches de l'horizon.

Aussi tous les genres de littérature et toutes les formes se sont-elles pressées sous sa plume, dont la fertilité confond parce qu'elle n'exclut ni l'exactitude, ni l'observation, ni les travaux nocturnes d'un style plein de grâces raciniennes. L'esprit s'étonne de la concentration de tant de qualités, car M.

Aussi est-il grand paysagiste. Il possède également au plus haut degré le style épistolaire. En quel auteur rencontrera-t-on des lettres compa- rables à celles de Louis Lambert, de la Femme abandonnée, de madame Jules, à.

Aussi nul mot n'avait-il encore reçu une extension plus vaste que celui de romans ou celui de nouvelles, sous lequel on a mêlé, rapetisse ses nombreuses compositions. Mais qu'on ne s'y trompe pas! A travers toutes les fon- dations qui se croisent ça et là dans un désordre apparent, les yeux intelligents sauront comme nous reconnaître cette grande histoire de l'homme et de la société que nous prépare M.

Un grand pas a été fait dernièrement. En voyant reparaître dans le Père Goriot quelques-uns des personnages déjà créés, le public a compris l'une des plus hardies intentions de l'auteur, celle de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être encore, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés. Dans les trois séries dont se compose la publication actuelle, l'auteur n'a-t-il pas déjà bien accompli les conditions du vaste programme que nous venons d'expli- quer?

Étudions un peu les parties de l'édifice qui sont debout; pénétrons sous ces galeries ébauchées, sous ces voûtes demi-couvertes qui plus tard rendront des sons graves; examinons ces ciselures qu'un patient burin a empreintes de jeunesse, ces figures pleines de vie et qui laissent deviner tant de choses sous leurs visages frêles en apparence.

Dans le Bal de Sceaux, nous voyons poindre le premier mécompte, la première erreur, le premier deuil secret de cet âge qui succède à l'adolescence. Cette scène offre une physionomie franchement accusée et qui exprime une des individualités les plus caractéristiques de l'époque. M- de Fontaine, ce Vendéen sévère et loyal que Louis XVIII s'amuse à séduire, représente admirablement cette portion du parti royaliste qui se résignait à être de son époque en s'étalant au budget.

Cette scène apprend toute la Restauration, dont l'auteur donne un croquis à la fois plein de bonhomie, de sens et de malice. Dans ces deux scènes, l'enseignement est également moral et sévère.

Mademoiselle Emilie de Fontaine et mademoiselle Guillaume sont toutes deux malheureuses pour avoir méconnu l'expérience paternelle, l'une en fuyant une mésalliance aristocratique, l'autre en ignorant les convenances do l'esprit. Ainsi que l'orgueil, la poésie a sa victime aussi. Le refroidissement suc- cessif de l'àmc du poète, son étonnement, son dépit en reconnaissant qu'il s'est. Ce drame se voit chaque jour dans notre société, si maladroitement organisée où l'éducation des femmes est si puérile, où le sentiment de l'art est une chose tout exceptionnelle.

Dans la Vendetta, l'auteur poursuit son large enseignement, tout en continuant la jolie fresque des Scènes de la Vie privée. Rien de plus gracieux que la peinture de l'atelier de M.

Servin; mais aussi rien de plus terrible que la lutte de Ginevra et de son père. Cette étude est une des plus magnifiques et des plus poignantes. Quelle richesse dans ce contraste de deux volontés également puissantes, acharnées à rendre leur malheur complet!

Le père est comptable à Dieu de ce malheur. Ne l'a-t-il pas causé par la funeste éducation donnée à sa fille, dont il a trop développé la force? La fille est coupable de désobéissance, quoique la loi soit pour elle. Ici, l'auteur a montré qu'un enfant avait tort de se marier en faisant les actes respectueux prescrits par le Code. En vérité, quand on parcourt ces premières compositions de M. La critique, sous peine d'être stupide, peut-elle oublier la première loi de la littérature, ignorer la nécessité des contrastes?

Si l'auteur est tenu de peindre le vice, et il le peint poétiquement pour le faire accepter, s'il le met au ton général de ses tableaux, doit-on en tirer les conséquences injustes que certaines feuilles répètent aujourd'hui à l'unisson?

Est-il loyal d'isoler quelques parties de l'ensemble, et de porter ensuite sur l'auteur un de ces jugements spécieux qui n'abuseront jamais les gens de bonne foi? Il doit, sous peine d'inexactitude et de mensonge, dire tout ce qui est, montrer tout ce qu'il voit.

Si tout est vrai, ce n'est pas l'ouvrage qui peut être immoral. La Fleur-des-pois, que l'auteur doit publier incessamment, est encore une histoire vraie, jumelle d'Eugénie Grandet. Là, le cadre est la province. Mademoiselle Cor- mon, cette fille qui se marie à quarante ans avec un fat, ses malheurs, l'avenir de ses enfants, composent un drame aussi terrible par ce que l'auteur dit, que par ce qu'il tait. Ce sera le second chant d'un poëme commencé dans Eugénie Grandet, et.

Mais à cette fleur odorante et fine nous devons laisser et l'exquise fraîcheur de son arôme, et son velouté. La Pair du Ménage est un joli croquis, une vue de l'Empire, un conseil donné aux femmes d'être indul- gentes pour les erreurs de leur mari. Cette scène est la plus faible de toutes et se ressent de la petitesse du cadre primitivement adopte. Si l'auteur l'a laissée, peut- être a-t-il cru nécessaire de plaire à tous les esprits, à ceux qui aiment les tableaux de chevalet, comme à ceux qui se passionnent pour île grandes toiles.

Une des créations les plus profondément étudiées de M. Quelques-uns ont cru, d'autres ont répété que les travaux de Balthàzar Claes aboutissaient à la recherche de la pierre philosophale: Certes, si les critiques avaient lu avec quelque attention ce livre, qui en mérite beaucoup, ils auraient vu que le sublime Flamand est aussi supérieur aux anciens ou nouveaux alchimistes que les naturalistes de notre époque le sont à ceux du moyen âge.

Si l'on disait à un romancier, à un poète et le poëte, pour être complet, doit être le centre intelligent de toute chose, il doit résumer en lui les lumineuses synthèses de toutes les connaissances humaines , si l'on disait à un homme d'ima- gination, au moment où il aborde un sujet qui touche à ce que les sciences phj si- ques ont de plus élevé: Cette conquête difficile, M.

Si l 'ana- lyse est aux savants, l'intuition est auxpoëtes. On a quelquefois reproché de l'exa- gération à M. Les critiques ont trouvé quelque chose de trop idéal dans les quatre individualités de ce roman: Existe-t-il ensuite des âmes aussi loyales, aussi candides que celle de l'amant de Marguerite, des bossues aussi séduisantes, aussi.

La mission de l'artiste est aussi de créer de grands types, et d'élever le beau jusqu'à l'idéal. Non moins que les études dont nous venons de parler, la Recherche de l'absolu est une protestation éloquente contre le reproche d'immoralité adressé à l'auteur, et sur lequel nous insistons obstinément parce que, depuis quelque temps, les critiques s'entendent pour res- sasser cette banalité convenue.

Quelques personnes ont regretté que les scènes réunies tout récemment sous le titre commun de Même histoire, n'aient entre elles d'autre lien qu'une pensée philosophique. Quoique l'auteur ait suffisamment expli- qué ses intentions dans la préface, nous partageons ce regret à quelques égards.

Le Rendez-vous est un de ces sujets impossibles dont lui seul pouvait se charger, et dans lequel il a été poëte au plus haut degré. Si l'influence de la pensée et des sentiments a été démontrée, n'est-ce pas dans la peinture de ce ravissant paysage de Touraine, vu par Julie d'Aiglemont, à deux reprises différentes? Jamais aucun auteur n'avait osé plonger son scalpel dans le sentiment de la maternité.

La Femme de trente ans n'a plus rien de commun avec la mère que la soif du bonheur, que l'égoïsme et ce je ne sais quel arrêt porté sur le monde ont tuée à Saint-Lange.

Quelle adresse d'avoir entouré ce désespoir des lignes sombres et jaunes d'un paysage du Gàtinais! Cette transition est un poëme empreint d'une horrible mélancolie. Ceux qui deman- dent de la morale à l'auteur peuvent relire ce nouveau quatrième volume des Scènes de la Vie privée, ils se tairont. A la tête des Scènes de la Vie de province se place Eugénie Grandet.

Il ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu oppor-. Eugénie Grandet a imprime le cachet à la révolution que M. Là s'est accomplie la conquête de la vérité absolue dans l'art; là est le drame appliqué aux choses les plus simples de la vie privée. Cette lutte sourde, tortueuse des petits intérêts de deux prêtres, intéresse tout autant que les conflits les plus pathétiques de passions ou d'empires.

C'est là le grand secret de M. Le critique dont nous avons déjà parlé faisait allusion sans doute à cette face de son talent en disant: Il a une multitude de remarques rapides sur les vieilles filles, les vieilles femmes étiolées et malades, les amantes sacrifiées et dévouées, les célibataires, les avares.

On se demande où il a pu. Les Allemands et les Anglais, déjà si excellents dans ce genre, ont été complètement surpassés par M. Ces trois individualités qui font un type unique, réalisent, non pas l'idéal de la vertu, M. L'Illustre Gaudissart est un portrait un peu chargé du commis voyageur, physionomie si essentiellement de notre époque, et qui, comme le dit l'auteur, relie à tout moment la province et Paris.

Ces figures accessoires, qui touchent à la caricature, prouvent avec quel soin M. Ne nous doit-il pas la caricature comme le type, l'individualité comme l'idéal?

La Grande Bretèche est une des plus fines esquisses de la vie de province. Le personnage de madame de Mère tient au système qui nous a valu madame de Beauséant et madame de Langeais. Ce drame est le plus terrible de tous ceux qu'a inventés l'auteur; il doit troubler le sommeil des femmes.

Les Scènes de la Vie de province sont terminées par le Cabinet des antiques, fragment d'histoire générale, et Illusions perdues. Cette livraison étant entièrement inédite, nous respecterons les intérêts du libraire, en laissant appré- cier au lecteur comment M. Aujourd'hui, malheu- reusement pour l'art, il est impossible de dégager la plus consciencieuse entreprise littéraire de la question pécuniaire qui étrangle la librairie et gêne ses rapports avec la jeune littérature.

Les capitaux exigent des ouvrages tout faits, comme cet am- bassadeur anglais voulait acheter l'amour. La Femme vertueuse ouvre les Scènes de la Vie parisienne. Sa pré- tendue Femme vertueuse n'est qu'une prude revèche, intolérante et glaciale. Changez le titre, cette étude sera parfaite. Il n'y a pas moins do vérité dans le por- trait de la femme illégitime que dans celui de l'épouse fanatiquement orthodoxe. La veuve Crochard, mère de Caroline de Bellefeuille, est une des créations les plus extraordinaires de l'auteur.

Madame Crochard vend presque sa fille, tandis que Goriot est purement heureux du bonheur de la sienne. Pourquoi donc a-t-on admis la veuve Crochard, et blâmé Goriot? Paris respire tout entier dans cette scène où abondent les personnages et les intérieurs, celui de la maison rue du Tourniquet, celui du magistrat au Marais, et celui de la rue Teinture à Bayeux.

La mort de la veuve Crochard est un. La Bourse est une de ces compositions attendrissantes et pures auxquelles excelle M. Le vieil émigré suivi de son ombre, Adélaïde de Bouville et sa mère, sont des figures où le talent de M. Ce tableau fait un contraste prodigieux entre la Femme vertueuse et le Papa Gobseck.

En lisant Gobseck on est frappé de cette profondeur qui permet à M. Là paraissent, pour la pre- mière fois, ces trois personnages,. Là commence égale- ment le personnage de Derville, l'avoué du comte Chabert. L'Histoire de madame Diard est un de ces morceaux qui doivent faire rêver aussi bien les hommes que les femmes. Cette seconde par- tie des Marana, l'Histoire de madame Diard, esl bien supérieure comme idées à la première, qui se recommande par le mouvement et les image-; il semble que M.

Le dénoûment, si bien préparé, est un des plus beaux de l'auteur, qui en compte tant de parfaits, qu'il a conquis le droit de finir ses drames à la façon de Molière. Toutes les qualités de M. La mystérieuse union des Treize et le pouvoir gigantesque qu'elle leur assure au milieu d'une société sans liens, sans principes, sans homogénéité, réalise tout ce qu'il est permis à notre époque de comprendre et d'accepter de fantastique.

Bien isissant comme le contraste des chastes amours de monsieur et de madame Jules et de la ténébreuse et effrayante physionomie de Ferragus. Le terrible ne joue pas un moindre Pôle dans le deuxième épisode qui a pour titre: Madame de Langeais acceptant le cloître comme le seul iment possible de sa passion trompée, est un ressouvenir de mademoiselle de Montpensier, de la duchesse de la Vallière et des grandes figures féminines d'au- trefois.

Dans la Fille an. Il y a, dans la Fille aux ijeuxd'or, un boudoir vraiment féerique, mais décrit avec une telle exactitude, que, pour le peindre ainsi, l'auteur a dû l'avoir sous les yeux.

Quoique vrai au fond, le carac- tère de Henry de Marsayesi exalté au delà du réel. Aussi comprenons-nous la boutade légèrement impertinente que cette pudique levée de boucliers a suscitée tout récemment en lui, et qui nous a valu la spirituelle préface du Père Goriot.

Le Lys dans la vallée, où M. La manière dont ce drame est conduit prouve avec quel éclat M. Il ne peut apporter un jour à la scène que le surplus des forces exorbitantes qui font de lui le plus rude athlète de notre littérature, mais aussi le plus inoffensif des écrivains.

Au lieu de crier sur les toits: Chez beaucoup, en effet, une nature de convention succédait au faux convenu des classiques. Complètement étranger à tout ce qui était coterie, convention, système, M. En la recomposant par ce chaud galvanisme, par ces injections enchantées qui rendent la vie aux corps, il nous l'a montrée frémissant d'une animation nouvelle qui nous étonne et nous charme.

Cette science n'excluait pas l'imagination. Aussi, loin qu'elle ait manqué à cette patiente élaboration, y a-t-elle déployé sa plus grande puissance: Ses premières conquêtes nous répondent de celles de l'avenir. Imprimé pour la première fois, avec sa date, dans le Messager du 25 août au 23 sep- tembre , ce roman parut ensuite, avec sa dédicace datée de Paris,. Béchet et chez Werdet, Les Célibataires le curé de Tours. Les Trois Vengeances la Grande Bretèche.

Illusions perdues première partie, les Deux Poètes. Les Célibataires le Curé de Toursi. La Grande Bretèche ouïes Trois Vengeances.

Il faut y ajouter Eugénie Grandet, un volume in, chez le même éditeur, Le Curé de Tours. Un Ménage de garçon en province les Deux Frères. Les Parisiens en province, 1.

La Muse du département Dinah Piédefer. Le Lys dans la vallée. Le testament du docteur. Les terribles malices de la. Eugénie Grandet, daté de Paris, septembre Ce roman parut inédit, sauf le début, avec préface datée de septembre is: Il était alors divisé en sept chapitres dont voici les titres, et dont le premier avait paru dans l'Europe littéraire du 1! L'auteur ayant gagné son procès contre la Revue de Paris, ne lui livra pas la fin de l'ouvrage qui parut inédite, dans ces volumes.

Il était alors divisé comme suit:. Les divisions ont aussi disparu aujourd'hui, sauf l'envoi et la réponse. La Revue de Paris avait publié seulement la première préface, l'envoi, le premier cha- pitre et la moitié environ du second, partie qui se termine avec la ligne 35 de la page de l'édition définitive. En , Balzac écrivit une autre préface datée des Jardies, juin , pour l'édition in de cet ouvrage parue chez Charpentier voir tome XXII, page , et enleva celles qu'il avait écrites d'abord.

Nous allons donner ici le curieux article que publia la Revue de Paris en juin lorsque le Lys dans la vallée eut paru complet en volume; on se rappelle que la Revue avait perdu le procès qu'elle avait intenté à M. Elle compose à peu près un petit volume assez mal imprimé, et qui ne vous coûtera que quinze francs; mais vous êtesentêtéeel volontaire comme un joli enfant de viimt a ns.

Quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Mais la Revue j pense-t-elle, monsieur! Vous aurez bon gré, mal gré, la fin du Lys dans la vallée, non pas écrite par M. Fuyez les jeunes femmes. La femme de cinquante ans fera tout pour vous; la femme de vingt ans rien: Raillez les jeunes femmes. Elles vous dévoreront, Bans scrupule, votre temps Je m arrête, je ne vous en dis pas plus long, je craindrais trop votre désespoir de jeune femme. Félix s'en va donc à Paris, où il arrive, à pou près dans le même temps qui; Louis M III quittait sa capitale d'un jour; lé 20 mars était proche.

Quand Félix fut couché, il fut travaillé par des idées folles produites par une tourbillonnante agitation des sens. Le lendemain, il fallut partir; madame de Mortsauf appuya sa tête alanguie sur l'épaule de Félix, et Félix retourna à Paris.

Remarquez la galanterie de M. Il ne donne qu'une voix d'argent au roi lui-même, pendant qu'il gratifie madame de Mortsauf d'une voix d'or! Six mois après, le roi donne un congé à Félix, et ce jour-là il lui dit de sa voix d'argent: Félix vola comme une hirondelle en Touraine. Il paraît que les hirondelles volent plus vite en Touraine qu'à Paris. Cette fois, il était très-heureux, non-seule- ment d'être un peu moins niais, mais encore dans l'appareil d'un jeune homme élégant.

Bien plus, les hui- liers l'avaient si mal arrangé, que M. Boutons blancs rougis, diable! Félix est obligé d'emprunter une chemise à M. Voilà donc l'appareil, par excellence, d'un jeune homme élégant! Félix de Vandenesse fut reçu à merveille par madame de Mortsauf, qui ne reconnut pas la chemise de son mari. Les façons de la fortune M. D'ailleurs, n'est-il pas l'espoir inavoué de cette femme adorable? Après le dernier bonjour, Félix de Vandenesse.

Tout à coup, en apprenant que le roi appelait Félix mademoiselle de Vandenesse, madame de Mortsauf, cette femme réservée, qui ne lui donnait que le revers de sa main et non la paume, saisit la main de Félix et lu baisa en y laissant tomber une larme de joie. Félix fut bien étonné de cette subite transposition des rôles, et j'imagine que vous êtes bien éton- née, vous aussi.

Vous vous rappelez que déjà, dans la première partie de cette histoire, M. Félix est devenu l'homme élégant que vous savez. Voici le nouveau portrait de M. Colore- doncun nez ensanglanté! Mais je serai plus humain que M. Voilà en effet toute l'énigme, madame, et tout" l'histoire du Lys dans la vallée. Félix n'en juge pas comme moi. Félix va chercher à Tours M. Origet arrive sans lancette; Félix retourne à Azay, par un temps affreux, chercher la lancette de M. Vandenesse trouva donc le monde parfait pour lui.

Ce fut, parmi les plus belles femmes de cette époque, à qui se ferait, aimer de ce jeune homme, avec ou sans public. Félix plut surtout à une de ces illustres ladies, qui sont à demi souveraines souveraines de qui? Et voilà pourtant à quelles fins la Revue a plaidé avec lui! Félix succomba; il ne fut plus mademoiselle Félix de Vandenesse.

Où êtes-vous, Cathoset Madelon? Aucun cheval ne r siste à son poignet nerveux. Ce qui veut dire, je crois, que cette dame de feu prenait souvent des bains à domicile. Avez-vous jamais rencontré quelque part plus de mots creux et plus horriblement accouplés? Et tout cela pour vous dire que, dans la maison de cette dame, M.

Félix de Vandenesse avait trouvé les meubles les mieux faits, les tapis les plus doux, et le thé le plus excellent qu'il eût pris de sa vie; en un mot, qu'il était tombé en même temps dans le confort anglais et dans les bras de cette Anglaise! Il n'était pas besoin de tant se tortiller l'imagination pour nous vanter les délices de cette opulente maison. Vous vous souvenez d'ailleurs, madame, que déjà, dans sa pre- mière jeunesse, M. Félix de Vandenesse célébrait avec la plus vive émotion les célèbres rillettes et rillons de Tours, et, comme l'eau lui venait à la bouche quand il voyait ses camarades se pourlécher en vantant les rillons, ces résidus de porc sautés dans sa graisse, pendant que, lui, il n'avait dans son panier que des fromages d'Olivet ou des fruits secs.

Vous vous rappelez encore, plus tard, quand le jeune homme fut au collège, quelles luttes furibondes M. Félix eut à soutenir contre les blandices de la buvette. Déjeuner avec une tasse de café au lait était un goût aris- tocratique. Eh bien, les juges de M.

Soyons-lui plus favorables, madame, et en faveur des célèbres rillons et rillettes qu'il n'a pas mangés, et du café aristocratique qu'il a bu à crédit chez le concierge de sa pension, pardonnons- lui ses transports incroyables pour le thé savamment déplié et versé à l'heure dite, de sa lady Arabelle.

Je poursuis notre récit. Félix ne put pas résister bien longtemps à une femme qui bonifiait 'ainsi les moindres parcelles de la matérialité, qui brossait ainsi le mur des caves, et qui faisait de si bon thé. De là cette lutte que nous éprouvons tous entre une destinée future, que nous pressentons, et les souvenirs de nos instincts antérieurs, dont nous ne sommes pas entièrement détachés les célèbres rillons et rillettes!

Félix fut arrêté net par madame de Mortsauf. Vous rappelez-vous, madame, le retour de J. Balzac fait toujours la même phrase sous le même noyer. Ce qui fait faire à notre héros la réflexion suivante: Balzac est très-conséquent avee lui-même. Rappelez-vous en effet que madame de Mortsauf attire à elle les moindres parcelles humides; et voilà pourquoi M. Balzac la compare à une inondation. En vérité, madame de Mortsauf se venge cruellement des infidélités corporelles de M.

Le domestique de M. Elle aurait dû se rappeler le proverbe aussi célèbre que les célèbres rillons et rillettes: Qui trop embrasse, mal étreint. Mais quand elle tint son amant, que de sarcasmes lady Arabelle lança contre sa rivale!

Ainsi cette Anglaise brosse sa cave et brosse les squelettes! Vpivs celte nuit si volcaniquement foudroyante et musicale, M. Félix quitte la maitresse de son corps pour aller déjeuner chez la maîtresse de son âme. Or, voici quelques-uns des ré- sultats de son observation:. Les Anglaises sont ainsi. De ce jour, le thé ne parut plus aussi bi. Voilà pourtant où conduisent les mariages morganatiques et le laisser-voir de imites les heures et de tous les jours!

Et il repartit pour Clochegourde. On peut dire que tout ce roman se passe par monts et par val: Ses tempes creuses, ses joues rentrées, montraient les formes intérieures du visage, et le sourire que formaient ses lèvres blanches ressemblait vaguement au ricanement de la mort. Cette scène déplorable ne finit pas. Ils me parlent de paradis! A la fin, son délire s'apaise; elle meurt. Ne vous ai-je pas dit que j'étais jalouse, mais jalouse à mourir.

Quand je me suis levée si fière, j'ignorais une sensation pour laquelle je ne sais de mol dan- aucune langue, car les enfants n'ont pas encore trouvé des paroles pour exprimer le mariage de la lumière et de leurs yeux, ni le baiser de la vie sur leurs lèvres. Que doivent être les plaisirs? Quant à Madeleine, elle se mariera. Puissiez-vous un jour lui plaire; elle est toute moi-même, et de plus elle est forte. Or, madame, après la lecture de cette lettre, qui est tendre, bien que bour- souflée; après cette mort de madame de Mortsauf, qui est une mort douloureuse, malgré 'es ridicules exagérations sentimentales!

D'abord, il a voulu se faire trappiste. A peine a-t-il lu cette dernière lettre île madame de Mortsauf, que M. Et, en effet, le voilà qui dit à ine, Madeleine toute couverte du deuil de sa mère! Cette fois pourtant, après cet affront cruel, après avoir perdu cette seconde femme et Clochegourde, c'était bien le cas de se faire trappiste.

Il va vous le dire lui-même, car, pour moi, je n'oserais. Oui, madame, après avoir enlevé la mère, après avoir été chassé par la fille, M. Félix de Vandenesse retourne machinalement chez lady Dudley, la femme qui a fait mourir à petit feu ce pauvre Lys!

Mais voilà bien une autre aventure! Entré dans cette maison où il croyait retrouver tout simplement ses habitudes conjugales, M. Félix perdait deux femmes à Clochegourde, il en perdait une autre à Paris, et quelle autre? Vous vous rappelez que le Lys dans la vallée est une histoire manuscrite adressée par M. Félix de Vandenesse à une belle dame, madame la comtesse Katalie de Manerville.

Félix de Vandc- uesse, qui aime madame de Manerville en quatrième et dernier ressort, espère se faire aimer d'elle, en lui racontant toutes les traversées do ses amours. A quoi madame la comtesse de Manerville. Vous avez manqué de tact envers moi pourquoi pas de flair? J'avoue mes imper- fections.

Félix de Vandenesse reste donc veuf de quatre femmes plus belles les unes que les autres. Où est la moralité de l'histoire, le savez-vous? Mais, moi, je ne me suis chargé que de vous raconter la fin des pâtiments de M. Pierre lie, daté de aovembre Dédié à mademoiselle Anna de Hanska aujourd'hui la comtesse Georges Mnizeck , dédicace datée d'abord desJardies, novembre Le Curé de Tours, daté de Saint-Firmin, avril Dédié à David, statuaire.

En daté , il reparut sous le même titre dans le tome It de la première édition des Scènes de la Vie de province. Il entra en , augmenté de sa dédicace et de sa date, dans le tome II de la troisième édition des mêmes Scènes première édition de la Comédie humaine, tome VI , sous le titre de: La Rabouilleuse, daté de Paris, novembre 18Zi2. Dédié à Charles Nodier. Ces deux versions étaient divisées comme suit:.

Horrible et vulgaire histoire. Dédié à la duchesse de Castries. Ce récit parut pour la première fois, inédit et daté, dans le tome il de la première édition des Scènes de I" Vie de province, daté L83û. Il a pris pour la première fois, avec la Muse du département le titre collectif de: La dédicace y parut aussi pour la première fois.

Les Parisiens en province. Dédié au comte Ferdinand de Gramont. Les deux pre- miers volumes portaient le titre actuel, et les deux derniers celui de Rosalie. Dans le Messager, cet ouvrage était divisé en chapitres dont voici les titres, enlevés depuis:. Cel ouvrage, dont la première idée se trouve, comme non- l'avons déjà dit, dans l'une des versions de la Grande BreU che, contient plu- sieurs fragments déjà publiés ailleurs; celui qui a pour sujet: Fragments d'un roman publié sous l'Empire par un auteur inconnu, dans les Causeries du monde, recueil dirigé par madame So- phie Gay, mère de madame Emile de Girardin; nous donnerons pins loin les fragments non recueillis de cet article.

La Femme de province, publiée pour la première fois dans le tome i de la Province desFran-. Enfin, le Grand d'Espagne, et Y Histoire du chevalier de Beauvoir extraite d 1 'une Conversation, entre onze heures et minuit , qui avaient reparu déjà dans laGraude Bretèche, ou les Trois Vengeances, éditions de et de , en ont été retirés pour reparaître ici voir plus haut, Autre Étude de femme. Dans la Muse du département, tous les titres de ces différents emprunts sont enlevés, et, lors de sa première publication dans le Messager, la note suivante du directeur, relative à une partie d'entre eux et se rapportant à la ligne 35, p.

En toujours, la Muse du département entra, non datée, comme seconde partie des Parisiens en province, dans le tome II de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie de province première édition de la Comédie humaine, tome VI. Dans la première édition de la Comédie humaine, Balzac avait placé cette note à propos du prénom deTobie donné alors à Silas Piédefer, ligne 27, page Au lieu de Tobie Piédefer, lisez Silas Piédefer.

On peut pardonner à l'auteur de s'être rappelé trop tard que les calvinistes n'admettent pas le livre de Tobie dans les Saintes Écritures. C'était une méditation sans substance et sans but, espèce de voyage fait dans un labyrinthe ténébreux où l'esprit ne pouvait rien apercevoir, où l'imagination marchait en aveugle qui n'a plus de bâton. Alors, l'âme est comme un orgue dont le musicien jouerait à vide parce que le souffleur s'est endormi; les cordes touchées ae résonnent point 1.

Au milieu de ce néant, j'étais physiquement récréé par le lointain murmure de Paris, et par le frissonnement des bûches humides qui criaient dans mon foyer solitaire.

Quand je suis heureux je ne les retrouve plus. Le bonheur est une chimère jalouse, elle tue toutes les autres-. Alors, j'aurais donné volontiers au diable dix heures à prendre sur mon éternité bien heureuse pour pouvoir lire quelque livre gai, le Poëtne ilu bonheur, par feu Marchangy, ou quelques mauvais articles faits par un camarade; lorsque, soudain, sur la ligne droite, tracée par la tranche du paquet, j'aperçois le titre cou- rant d'un livre, jadis jeté dans les gémonies littéraires, livre battu, pulvérisé par le pilon, réduit en bouillie, devenu carton, et qui peut-être a servi au bonheur de quelque joueur sous forme d'as de pique, ou à celui de quelque, lady snus figure de boite a pains à cacheter.

Je lus avidement ces mots imprimés en petites capi- tal'-: Malheureusement, cet incident n'est pas nouveau. Sterne a trouvé l'histoire du petit notaire sur le papier dans lequel sa fruitière lui avait envoyé du beurre. Avant- hier, un de mes amis a rencontré le conte le plus bouffon sur une vieille feuille d'un vieux livre latin dans laquelle un quincaillier lui avait envoyé des clous.

Certes, amis et, ennemis, si je parle de cette maculature me jetteront au nez la bio- graphie du chat Muit entremêlée des feuilles où l'incompréhensible Hoffmann a. Juron de mon maître d'écriture! Depuis que je me suis avancé dans la vie, j'ai iron dans la bouche de tous les maîtres d'écriture.

Frappé do cette similitude, en ma qualité d'observateur, j'en ai cherché la raison. Je ne sais si vous parcourerez, avec autant de bonheur que je l'ai fait, les cam- pagnes pittoresques de la nature littéraire, et si vous composerez avant la lecture des fragments que je transcris ici, la préface dont je me suis donné le divertisset ment. Olympia, ou les Vengeances romaines! A quelle époque vivait cette Olympia? Était-ce sous les Tarquins, sous la République, sous les Césars?

Est-ce du temps des papes? Puis est-ce une femme? Sera-ce une nuit de sang ou de plaisir? Il y a peut-être des coups de poignard et de l'amour tout ensemble!

Mais c'est un roman de l'Empire! Peut-être n'y aura-t-il rien du tout. Après une demi-heure de rêveries, j'avais fait mon Olympia. C'était une ravis- sante courtisane qui chaussait souvent la tiare, vendait toujours des barrettes, cotait les péchés, entretenait sa table avec les dispenses de mariages, et nourrissait ses chevaux avec les parties casuelles.

C'était du xvi e siècle tout pur, et, j'ou- bliais que, sous l'Empire, les bibliophiles étaient au lycée occupés à fonder leur moyen âge. Alors, par une dernière réflexion, je fis d'Olympia la cause innocente de l'assassinat du citoyen Duphot.

Olympia était une duchesse romaine, duchesse comme Torlonia, le marchand de rubans, est duc; duchesse par la grâce du pape, comme le roi était roi par la grâce de Dieu!.. Voici l'ordre dans lequel je lus les macula- turcs:.

Ici se place le fragment inséré dans la Muse du département; cette réflexion seulement a été enlevée:. Aristide était le précurseur de Socrate, Socrate celui de Jésus-Christ, Jésus-Christ l'éternel symbole des anges terrestres persécutés. Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doil parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière.

Ce n'esl pas Ici le lieu de von- amuser par la description de ces charmantes distinctions avec les- quelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plume- au veut et de regards perdus, de joie indiscrète el de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts i I de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelle- anciennes sur déjeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijou- teries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d'autres irm res d'art.

La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s'abat sur -"H château pour habiter sa terre pendant sept mois, n'esl pas une femme de pro- vince.

Est-elle une femme de province, l'épousedecel omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept an-, depuis que les ministères constitutionnels onl inventé le Longchamps de- préfectures? La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre puni- tracer ce caractère. Ici, l'encre devrait devenir blême; ici, le bec affilé des plumes ironiques devrail s'émousser. Pour parler de cet objet de pitié, l'auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de s,i plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes el languissantes, de rafraîchir les vieux fends de magasin' que cette femme impose a sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles leurs i artificieuses qu'artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires ,]ont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des.

Presque toujours le masque est contracté. La femme de province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.

La femme de province est dans un état constant de flagrante infériorité. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province. Il en est une autre plus corrosive encore: Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses nulle douleurs légales dans mille félicités illégales. Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres avant de passer par la fenêtre.

Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu. Madame Goquelin, que vous avez nommé. Ceci n'est pas de l'innocence, mais de l'ignorance. Vous la dédaignez, elle vus aime; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime; elle ne comprend rien à ce que l'on a si ingénieusement nommé le français, l'art de l'aire comprendre ce qui ne doit pas se dire.

On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toute- ces petites choses, quelle force d'inertie elles ont, et combien tout est d'accord: Dans la toilette d'une femme de province, l'utile a toujours le pas sur l'agréable.

Chacun connaîtla fortune du voi- sin, l'extérieur ne signifie plus rien. Puis, comme le disent les sages, on s'est habitué les uns aux autres, et la toi- lette d. La mode s'j assied au lieu de passer. On tient à une eh. On garde pour la saison suivante une futilité qui ne doit durer qu'un jour.

Elle ne sait pas! Elle s'observe elle-même, elle n'a pas le moindre laisser aller. Si elle est jeun. Ainsi la femme de proi ince ne songe point à se dissimuler, elle est essentielle- ment naïve. Si une Parisienne n'a pas les hanches assez bien dessinées, son esprit inventif et l'envie de plaire lui font trouver quelque remède héroïque; si elle a quelque vice, quelque grain de laideur, une tare quelconque, la Parisienne est capable d'en faire un agrément, cela s.

Si sa taille est trop courte, si son embonpoinl se place mal, eh bien, elle ,. De là ces tournures groti jques, ci b maigreurs effrontées, es am-. A quelque sphère qu'elle appartienne, la femme de province montre de petites idées. C'est elle qui, à, Paris, trouve de bon goût d'enlever à sa meilleure amie l'affection de son mari. Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent; elles tombent lourdement quand elles tombent; elles sont moins femmes que les Parisiennes.

Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont le bonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout. On en voit qui mettent quelquefois un talent infini à éviter la grâce. Sa révolte consiste à quitter la province et s'établir à Paris. Elle s'y établit légi- timement par un mariage et tâche de devenir Parisienne; elle y triomphe rare- ment de ses habitudes.

Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et à insulter Paris; la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Parisienne manquée.

Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée. Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme com- binée avec la vie de province. Un Parisien passe par la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à ce phénix, et le Parisien aperçoit une laideron parfaitement conditionnée.

Un jeune homme a quelques jours d'exil â passer dans une petite ville de pro- vince, il y retrouve l'éternel ami do collège, cet ami de collège le présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemment spirituelle, une âme aimante et une belle femme. Le Parisien voit un grand corps sec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui n'a pas les yeux ensemble, qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, habillé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement.

Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonheur, il le mystifie en prenant cet air convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer. La veille de son départ, le Parisien, questionné par son ami sur l'opinion qu'il emporte de la petite ville, répond quelque chose comme:. Le lendemain matin, l'ami le réveille; armé d'une paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle, en lui posant ce théorème:.

On vous présente à la femme la plus spirituelle, et vous trouvez une créature qui tourne dans le même genre d'esprit depuis vingt ans, qui vous lance des lieux communs accompagnés de sourires désagréables, et vous découvrez que la femme la plus spirituelle de la ville en est simplement la plus bavarde.

Deux femmes également supérieures et toutes deux en province, où l'auteur de ces observations a eu la douleur de les trouver, expliquent admirablement le sort des fe îes de province.

La première avait su résister à cette, vie tiède et relâchante qui dissout la plus forte volonté, détrempe le caractère, abolit toute ambition, qui enfin éteint le sens du beau. Bile passait pour une femme originale; elle était haïe, calomniée; elle n'allait nulle part, mi ne voulait plus la recevoir, elle était l'ennemi public.

Pour entretenir son Intelligence au niveau du mouvement parisien, elle lisait tous les ouvrages qui paraissaient et les journaux: Elle demeurait donc toujours élégante, et sou intérieur était un intérieur presque parisien. Hommes el femmes, en venant chez elle, s'y trouvaient constamment blessés de cette constante nouveauté, de ce bon goût persistant. One haine profonde s'émut, causée par ces choses.

Elle fut atteinte et convaincue de pédantisme, chacun finit par se moquer effrontément de ses nobles et grandes qualités, d'une supériorité qui blessait toutes les prétentions, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait pas.

Quand tout le monde est bossu, la belle taille devienl la monstruosité. Cette femme fut donc regardée comme monstrueuse et dangereuse, et le désert se lit autour d'elle, l'as une de ses démarches, même la plus indifférente, ne passait sans être criti- quée, dénaturée. Il résultait de ceci qu'elle était impie, immorale, dévergondée, dangereuse, d'une conduite légère et répréhensible. Je me souvins alors qu'au mois d'avril ou de mai, les jolies femmes d'une ville de province sont les premières à décamper.

Quoique l'homme le plus spirituel de la ville, un homme d'avenir, disait-on, et qui fit, un épouvantable fiasco à la Chambre, lui rendît des soins, cette femme mourut jeune et dévorée comme un ver. La supériorité comporte une action in- vincible qui, au besoin, réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal. Les Rivalités; la Vieille Fille, daté de Paris, octobre Midy de la Greneraye- Surville beau-frère de l'auteur'.

Imprimé pour la première fois dans la Presse du 23 octobre au lx no- vembre , ce roman parut pour lapremière fois en volume, daté, en , dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie de province, C'est en 18liU, augmenté de sa dédicace actuelle, qu'il prit place avec le Cabinet des antiques, sous le titre collectif de: Lapremière version était divisée en trois chapitres, supprimés aujour- d'hui:.

Les Provinciaux à Paris; le Cabinet des antiques, daté des Jardies, juillet Dédié au baron de Hammer-Purgstall. Les deux parties de ce récit, annoncé avec le sous-titre de Fragments d'histoire générale, parurent pour la première fois, l'une, sans date, sous le titre: Cette version de la seconde partie y était divisée ainsi:. Il y ajouta une préface voir tome XXII, page et supprima le fragment que voici qui terminait la partie publiée dans la Chro- nique de Paris, et se plaçait après le premier paragraphe de la page 13 de cette édition:.

Ici commencent les événements de cette histoire dont ceci n'est que le préambule; il sera certes pardonné à l'auteur de l'avoir écrit. El -i non- échouons, j'ai du poison pour le soustraire à lion. De - pi heures du matin àdix heures, pendanl que l'abbé Couturier prêchait madame du Croisier, avant l'heure du Palais, Chesnel avait démontré au jugé d'instruction combien l'accusation portée contre M.

Chesnel, à madame du Croisier, en l'absence de son mari. Madame du Croisier, ignorante onces sortes d'affaires, avait serré la somme sans en rien dire à son mari. Cette erreur avait fait tout le mal. L'instruction, conduite dans ce sens, amenait la mise en liberté sous caution du jeune comte. Le juge d'instruction ne pouvait rien; cette affaire regardait le tribunal et non lui; M. Le pape Alexandre VI avait acheté publiquement la tiare, et ses cinq bâtards en partageaient les avantages.

Son fils, le cardinal duc de Borgia, fit périr, de concert avec le pape son père, les Vitelli, les Urbino, les Gravina, les Oliveretto, et cent autres seigneurs, pour ravir leurs domaines. Jules II, animé du même esprit, excommunia Louis XII, donna son royaume au premier occupant; et lui-même, le casque en tête et la cuirasse sur le dos, mit à feu et à sang une partie de l'Italie. Léon X, pour payer ses plaisirs, trafiqua des indulgences comme on vend des denrées dans un marché public.

Ceux qui s'élevèrent contre tant de brigandages n'avaient du moins aucun tort dans la morale. Voyons s'ils en avaient contre nous dans la politique. Ils disaient que Jésus-Christ n'ayant jamais exigé d'annates ni de réserves, ni vendu des dispenses pour ce monde et des indulgences pour l'autre, on pouvait se dispenser de payer à un prince étranger le prix de toutes ces choses. Quand les annates, les procès en cour de Rome, et les dispenses qui subsistent encore aujourd'hui, ne nous coûteraient que cinq cent mille francs par an, il est clair que nous avons payé depuis François Ier, en deux cent cinquante années, cent vingt-cinq millions; et en évaluant les différents prix du marc d'argent, cette somme en compose une d'environ deux cent cinquante millions d'aujourd'hui.

On peut donc convenir sans blasphème que les hérétiques, en proposant l'abolition de ces impôts singuliers dont la postérité s'étonnera, ne faisaient pas en cela un grand mal au royaume, et qu'ils étaient plutôt bons calculateurs que mauvais sujets. Ajoutons qu'ils étaient les seuls qui sussent la langue grecque, et qui connussent l'Antiquité. Ne dissimulons point que, malgré leurs erreurs, nous leur devons le développement de l'esprit humain, longtemps enseveli dans la plus épaisse barbarie.

Mais comme ils niaient le purgatoire, dont on ne doit pas douter, et qui d'ailleurs rapportait beaucoup aux moines; comme ils ne révéraient pas des reliques qu'on doit révérer, mais qui rapportaient encore davantage; enfin comme ils attaquaient des dogmes très respectés Note 7 , on ne leur répondit d'abord qu'en les faisant brûler. Le roi, qui les protégeait et les soudoyait en Allemagne, marcha dans Paris à la tête d'une procession après laquelle on exécuta plusieurs de ces malheureux; et voici quelle fut cette exécution.

On les suspendait au bout d'une longue poutre qui jouait en bascule sur un arbre debout; un grand feu était allumé sous eux, on les y plongeait, et on les relevait alternativement: Peu de temps avant la mort de François Ier, quelques membres du parlement de Provence, animés par des ecclésiastiques contre les habitants de Mérindol et de Cabrières, demandèrent au roi des troupes pour appuyer l'exécution de dix-neuf personnes de ce pays condamnées par eux; ils en firent égorger six mille, sans pardonner ni au sexe, ni à la vieillesse, ni à l'enfance; ils réduisirent trente bourgs en cendres.

Ces peuples, jusqu'alors inconnus, avaient tort, sans doute, d'être nés Vaudois; c'était leur seule iniquité. Ils étaient établis depuis trois cents ans dans des déserts et sur des montagnes qu'ils avaient rendus fertiles par un travail incroyable. Leur vie pastorale et tranquille retraçait l'innocence attribuée aux premiers âges du monde.

Les villes voisines n'étaient connues d'eux que par le trafic des fruits qu'ils allaient vendre, ils ignoraient les procès et la guerre; ils ne se défendirent pas: Après la mort de François Ier, prince plus connu cependant par ses galanteries et par ses malheurs que par ses cruautés, le supplice de mille hérétiques, surtout celui du conseiller au parlement Dubourg, et enfin le massacre de Vassy, armèrent les persécutés, dont la secte s'était multipliée à la lueur des bûchers et sous le fer des bourreaux; la rage succéda à la patience; ils imitèrent les cruautés de leurs ennemis: Il y a des gens qui prétendent que l'humanité, l'indulgence, et la liberté de conscience, sont des choses horribles; mais, en bonne foi, auraient-elles produit des calamités comparables?

Quelques-uns ont dit que si l'on usait d'une indulgence paternelle envers nos frères errants qui prient Dieu en mauvais français, ce serait leur mettre les armes à la main; qu'on verrait de nouvelles batailles de Jarnac, de Moncontour, de Coutras, de Dreux, de Saint-Denis, etc.: Les huguenots, sans doute, ont été enivrés de fanatisme et souillés de sang comme nous; mais la génération présente est-elle aussi barbare que leurs pères?

Le temps, la raison qui fait tant de progrès, les bons livres, la douceur de la société, n'ont-ils point pénétré chez ceux qui conduisent l'esprit de ces peuples? Le gouvernement s'est fortifié partout, tandis que les moeurs se sont adoucies.

La police générale, soutenue d'armées nombreuses toujours existantes, ne permet pas d'ailleurs de craindre le retour de ces temps anarchiques, où des paysans calvinistes combattaient des paysans catholiques enrégimentés à la hâte entre les semailles et les moissons.

D'autres temps, d'autres soins. Il serait absurde de décimer aujourd'hui la Sorbonne parce qu'elle présenta requête autrefois pour faire brûler la Pucelle d'Orléans; parce qu'elle déclara Henri III déchu du droit de régner, qu'elle l'excommunia, qu'elle proscrivit le grand Henri IV. On ne recherchera pas sans doute les autres corps du royaume, qui commirent les mêmes excès dans ces temps de frénésie: Irons-nous saccager Rome, comme firent les troupes de Charles Quint, parce que Sixte Quint, en , accorda neuf ans d'indulgence à tous les Français qui prendraient les armes contre leur souverain?

Et n'est-ce pas assez d'empêcher Rome de se porter jamais à des excès semblables? La fureur qu'inspirent l'esprit dogmatique et l'abus de la religion chrétienne mal entendue a répandu autant de sang, a produit autant de désastres, en Allemagne, en Angleterre, et même en Hollande, qu'en France: On ne craint plus en Hollande que les disputes d'un Gomar Note 9 sur la prédestination fassent trancher la tête au grand pensionnaire.

On ne craint plus à Londres que les querelles des presbytériens et des épiscopaux, pour une liturgie et pour un surplis, répandent le sang d'un roi sur un échafaud Note L'Irlande peuplée et enrichie ne verra plus ses citoyens catholiques sacrifier à Dieu pendant deux mois ses citoyens protestants, les enterrer vivants, suspendre les mères à des gibets, attacher les filles au cou de leurs mères, et les voir expirer ensemble; ouvrir le ventre des femmes enceintes, en tirer les enfants à demi formés, et les donner à manger aux porcs et aux chiens; mettre un poignard dans la main de leurs prisonniers garrottés, et conduire leurs bras dans le sein de leurs femmes, de leurs pères, de leurs mères, de leurs filles, s'imaginant en faire mutuellement des parricides, et les damner tous en les exterminant tous.

C'est ce que rapporte Rapin-Thoiras, officier en Irlande, presque contemporain; c'est ce que rapportent toutes les annales, toutes les histoires d'Angleterre, et ce qui sans doute ne sera jamais imité. La philosophie, la seule philosophie, cette soeur de la religion, a désarmé des mains que la superstition avait si longtemps ensanglantées; et l'esprit humain, au réveil de son ivresse, s'est étonné des excès où l'avait emporté le fanatisme.

Nous-mêmes, nous avons en France une province opulente où le luthéranisme l'emporte sur le catholicisme. L'université d'Alsace est entre les mains des luthériens; ils occupent une partie des charges municipales: C'est qu'on n'y a persécuté personne. Ne cherchez point à gêner les coeurs, et tous les coeurs seront à vous.

Je ne dis pas que tous ceux qui ne sont point de la religion du prince doivent partager les places et les honneurs de ceux qui sont de la religion dominante. En Angleterre, les catholiques, regardés comme attachés au parti du prétendant, ne peuvent parvenir aux emplois: On a soupçonné quelques évêques français de penser qu'il n'est ni de leur honneur ni de leur intérêt d'avoir dans leur diocèse des calvinistes, et que c'est là le plus grand obstacle à la tolérance; je ne le puis croire.

Le corps des évêques, en France, est composé de gens de qualité qui pensent et qui agissent avec une noblesse digne de leur naissance; ils sont charitables et généreux, c'est une justice qu'on doit leur rendre; ils doivent penser que certainement leurs diocésains fugitifs ne se convertiront pas dans les pays étrangers, et que, retournés auprès de leurs pasteurs, ils pourraient être éclairés par leurs instructions et touchés par leurs exemples: Un évêque de Varmie, en Pologne, avait un anabaptiste pour fermier, et un socinien pour receveur; on lui proposa de chasser et de poursuivre l'un, parce qu'il ne croyait pas la consubstantialité, et l'autre, parce qu'il ne baptisait son fils qu'à quinze ans: Sortons de notre petite sphère, et examinons le reste de notre globe.

Le Grand Seigneur gouverne en paix vingt peuples de différentes religions; deux cent mille Grecs vivent avec sécurité dans Constantinople; le muphti même nomme et présente à l'empereur le patriarche grec; on y souffre un patriarche latin. Le sultan nomme des évêques latins pour quelques îles de la Grèce Note 11 , et voici la formule dont il se sert: Les annales turques ne font mention d'aucune révolte excitée par aucune de ces religions.

Allez dans l'Inde, dans la Perse, dans la Tartarie, vous y verrez la même tolérance et la même tranquillité. Pierre le Grand a favorisé tous les cultes dans son vaste empire; le commerce et l'agriculture y ont gagné, et le corps politique n'en a jamais souffert.

Le gouvernement de la Chine n'a jamais adopté, depuis plus de quatre mille ans qu'il est connu, que le culte des noachides, l'adoration simple d'un seul Dieu: Il est vrai que le grand empereur Young-tching, le plus sage et le plus magnanime peut-être qu'ait eu la Chine, a chassé les jésuites; mais ce n'était pas parce qu'il était intolérant, c'était, au contraire, parce que les jésuites l'étaient. Ils rapportent eux-mêmes, dans leurs Lettres curieuses , les paroles que leur dit ce bon prince: Pouvait-il, en effet, retenir des physiciens d'Europe qui, sous le prétexte de montrer des thermomètres et des éolipyles à la cour, avaient soulevé déjà un prince du sang?

Et qu'aurait dit cet empereur, s'il avait lu nos histoires, s'il avait connu nos temps de la Ligue et de la conspiration des poudres? C'en était assez pour lui d'être informé des querelles indécentes des jésuites, des dominicains, des capucins, des prêtres séculiers, envoyés du bout du monde dans ses Etats: L'empereur ne fit donc que renvoyer des perturbateurs étrangers; mais avec quelle bonté les renvoya-t-il! Leur bannissement même fut un exemple de tolérance et d'humanité. Les Japonais Note 12 étaient les plus tolérants de tous les hommes: La religion chrétienne fut noyée enfin dans des flots de sang; les Japonais fermèrent leur empire au reste du monde, et ne nous regardèrent que comme des bêtes farouches, semblables à celles dont les Anglais ont purgé leur île.

C'est en vain que le ministre Colbert, sentant le besoin que nous avions des Japonais, qui n'ont nul besoin de nous, tenta d'établir un commerce avec leur empire: Ainsi donc notre continent entier nous prouve qu'il ne faut ni annoncer ni exercer l'intolérance. Jetez les yeux sur l'autre hémisphère; voyez la Caroline, dont le sage Locke fut le législateur: Dieu nous préserve de citer cet exemple pour engager la France à l'imiter!

Que dirons-nous des primitifs, que l'on a nommés quakers par dérision, et qui, avec des usages peut-être ridicules, ont été si vertueux et ont enseigné inutilement la paix au reste des hommes? Ils sont en Pennsylvanie au nombre de cent mille; la discorde. Enfin cette tolérance n'a jamais excité de guerre civile; l'intolérance a couvert la terre de carnage.

Qu'on juge maintenant entre ces deux rivales, entre la mère qui veut qu'on égorge son fils, et la mère qui le cède pourvu qu'il vive! Je ne parle ici que de l'intérêt des nations; et en respectant, comme je le dois, la théologie, je n'envisage dans cet article que le bien physique et moral de la société. Je supplie tout lecteur impartial de peser ces vérités, de les rectifier, et de les étendre.

Des lecteurs attentifs, qui se communiquent leurs pensées, vont toujours plus loin que l'auteur Note J'ose supposer qu'un ministre éclairé et magnanime, un prélat humain et sage, un prince qui sait que son intérêt consiste dans le grand nombre de ses sujets, et sa gloire dans leur bonheur, daigne jeter les yeux sur cet écrit informe et défectueux: Que risquerai-je à voir la terre cultivée et ornée par plus de mains laborieuses, les tributs augmentés, l'Etat plus florissant? L'Allemagne serait un désert couvert des ossements des catholiques, évangéliques, réformés, anabaptistes, égorgés les uns par les autres, si la paix de Westphalie n'avait pas procuré enfin la liberté de conscience.

Nous avons des juifs à Bordeaux, à Metz, en Alsace; nous avons des luthériens, des molinistes, des jansénistes: Plus il y a de sectes, moins chacune est dangereuse; la multiplicité les affaiblit; toutes sont réprimées par de justes lois qui défendent les assemblées tumultueuses, les injures, les séditions, et qui sont toujours en vigueur par la force coactive.

Nous savons que plusieurs chefs de famille, qui ont élevé de grandes fortunes dans les pays étrangers, sont prêts à retourner dans leur patrie; ils ne demandent que la protection de la loi naturelle, la validité de leurs mariages, la certitude de l'état de leurs enfants, le droit d'hériter de leurs pères, la franchise de leurs personnes; point de temples publics, point de droit aux charges municipales, aux dignités: Il ne s'agit plus de donner des privilèges immenses, des places de sûreté à une faction, mais de laisser vivre un peuple paisible, d'adoucir des édits autrefois peut-être nécessaires, et qui ne le sont plus.

Ce n'est pas à nous d'indiquer au ministère ce qu'il peut faire; il suffit de l'implorer pour des infortunés. Que de moyens de les rendre utiles, et d'empêcher qu'ils ne soient jamais dangereux! La prudence du ministère et du conseil, appuyée de la force, trouvera bien aisément ces moyens, que tant d'autres nations emploient si heureusement. Il y a des fanatiques encore dans la populace calviniste; mais il est constant qu'il y en a davantage dans la populace convulsionnaire. La lie des insensés de Saint-Médard est comptée pour rien dans la nation, celle des prophètes calvinistes est anéantie.

Le grand moyen de diminuer le nombre des maniaques, s'il en reste, est d'abandonner cette maladie de l'esprit au régime de la raison, qui éclaire lentement, mais infailliblement, les hommes. Cette raison est douce, elle est humaine, elle inspire l'indulgence, elle étouffe la discorde, elle affermit la vertu, elle rend aimable l'obéissance aux lois, plus encore que la force ne les maintient.

Et comptera-t-on pour rien le ridicule attaché aujourd'hui à l'enthousiasme par tous les honnêtes gens? Ce ridicule est une puissante barrière contre les extravagances de tous les sectaires. Les temps passés sont comme s'ils n'avaient jamais été. Il faut toujours partir du point où l'on est, et de celui où les nations sont parvenues.

Il a été un temps où l'on se crut obligé de rendre des arrêts contre ceux qui enseignaient une doctrine contraire aux catégories d'Aristote, à l'horreur du vide, aux quiddités, et à l'universel de la part de la chose. Nous avons en Europe plus de cent volumes de jurisprudence sur la sorcellerie, et sur la manière de distinguer les faux sorciers des véritables.

L'excommunication des sauterelles et des insectes nuisibles aux moissons a été très en usage, et subsiste encore dans plusieurs rituels. L'usage est passé; on laisse en paix Aristote, les sorciers et les sauterelles. Les exemples de ces graves démences, autrefois si importantes, sont innombrables: Si quelqu'un s'avisait aujourd'hui d'être carpocratien, ou eutychéen, ou monothélite, monophysite, nestorien, manichéen, etc.

On en rirait, comme d'un homme habillé à l'antique, avec une fraise et un pourpoint. La nation commençait à entrouvrir les yeux lorsque les jésuites Le Tellier et Doucin fabriquèrent la bulle Unigenitus , qu'ils envoyèrent à Rome: Ils osèrent proscrire cette proposition, qui est d'une vérité universelle dans tous les cas et dans tous les temps: Dieu vous ordonne de ne jamais faire votre devoir, dès que vous craindrez l'injustice.

On n'a jamais heurté le sens commun plus effrontément. Les consulteurs de Rome n'y prirent pas garde. On persuada à la cour de Rome que cette bulle était nécessaire, et que la nation la désirait; elle fut signée, scellée, et envoyée: Les querelles ont été vives; la prudence et la bonté du roi les ont enfin apaisées.

Il en est de même dans une grande partie des points qui divisent les protestants et nous: C'est donc ce temps de dégoût, de satiété, ou plutôt de raison, qu'on peut saisir comme une époque et un gage de la tranquillité publique.

La controverse est une maladie épidémique qui est sur sa fin, et cette peste, dont on est guéri, ne demande plus qu'un régime doux. Enfin l'intérêt de l'Etat est que des fils expatriés reviennent avec modestie dans la maison de leur père: Le droit naturel est celui que la nature indique à tous les hommes.

Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue. Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature; et le grand principe, le principe universel de l'un et de l'autre, est, dans toute la terre: On se contente à présent, dans quelques autres pays, de dire: Le droit de l'intolérance est donc absurde et barbare: Les peuples dont l'histoire nous a donné quelques faibles connaissances ont tous regardé leurs différentes religions comme des noeuds qui les unissaient tous ensemble: Il y avait une espèce de droit d'hospitalité entre les dieux comme entre les hommes.

Un étranger arrivait-il dans une ville, il commençait par adorer les dieux du pays. On ne manquait jamais de vénérer les dieux même de ses ennemis. Les Troyens adressaient des prières aux dieux qui combattaient pour les Grecs. Alexandre alla consulter dans les déserts de la Libye le dieu Ammon, auquel les Grecs donnèrent le nom de Zeus , et les Latins, de Jupiter , quoique les uns et les autres eussent leur Jupiter et leur Zeus chez eux.

Lorsqu'on assiégeait une ville, on faisait un sacrifice et des prières aux dieux de la ville pour se les rendre favorables. Ainsi, au milieu même de la guerre, la religion réunissait les hommes, et adoucissait quelquefois leurs fureurs, si quelquefois elle leur commandait des actions inhumaines et horribles.

Je peux me tromper; mais il me paraît que de tous les anciens peuples policés, aucun n'a gêné la liberté de penser. Tous avaient une religion; mais il me semble qu'ils en usaient avec les hommes comme avec leurs dieux: Les Grecs, par exemple, quelque religieux qu'ils fussent, trouvaient bon que les épicuriens niassent la Providence et l'existence de l'âme.

Je ne parle pas des autres sectes, qui toutes blessaient les idées saines qu'on doit avoir de l'Etre créateur, et qui toutes étaient tolérées. Socrate, qui approcha le plus près de la connaissance du Créateur, en porta, dit-on, la peine, et mourut martyr de la Divinité; c'est le seul que les Grecs aient fait mourir pour ses opinions. Si ce fut en effet la cause de sa condamnation, cela n'est pas à l'honneur de l'intolérance, puisqu'on ne punit que celui qui seul rendit gloire à Dieu, et qu'on honora tous ceux qui donnaient de la Divinité les notions les plus indignes.

Les ennemis de la tolérance ne doivent pas, à mon avis, se prévaloir de l'exemple odieux des juges de Socrate. Il est évident d'ailleurs qu'il fut la victime d'un parti furieux animé contre lui. Il s'était fait des ennemis irréconciliables des sophistes, des orateurs, des poètes, qui enseignaient dans les écoles, et même de tous les précepteurs qui avaient soin des enfants de distinction. Il avoue lui-même, dans son discours rapporté par Platon, qu'il allait de maison en maison prouver à ces précepteurs qu'ils n'étaient que des ignorants.

Cette conduite n'était pas digne de celui qu'un oracle avait déclaré le plus sage des hommes. On déchaîna contre lui un prêtre et un conseiller des Cinq-cents, qui l'accusèrent; j'avoue que je ne sais pas précisément de quoi, je ne vois que du vague dans son Apologie; on lui fait dire en général qu'on lui imputait d'inspirer aux jeunes gens des maximes contre la religion et le gouvernement.

C'est ainsi qu'en usent tous les jours les calomniateurs dans le monde; mais il faut dans un tribunal des faits avérés, des chefs d'accusation précis et circonstanciés: Le tribunal des Cinq-cents possédait donc deux cent vingt philosophes: Enfin la pluralité fut pour la ciguë; mais aussi songeons que les Athéniens, revenus à eux-mêmes, eurent les accusateurs et les juges en horreur; que Mélitus, le principal auteur de cet arrêt, fut condamné à mort pour cette injustice; que les autres furent bannis, et qu'on éleva un temple à Socrate.

Jamais la philosophie ne fut si bien vengée ni tant honorée. L'exemple de Socrate est au fond le plus terrible argument qu'on puisse alléguer contre l'intolérance. Les Athéniens avaient un autel dédié aux dieux étrangers, aux dieux qu'ils ne pouvaient connaître.

Y a-t-il une plus forte preuve non seulement d'indulgence pour toutes les nations, mais encore de respect pour leurs cultes? Un honnête homme, qui n'est ennemi ni de la raison, ni de la littérature, ni de la probité, ni de la patrie, en justifiant depuis peu la Saint-Barthélémy, cite la guerre des Phocéens, nommée la guerre sacrée , comme si cette guerre avait été allumée pour le culte, pour le dogme, pour des arguments de théologie; il s'agissait de savoir à qui appartiendrait un champ: Des gerbes de blé ne sont pas un symbole de croyance; jamais aucune ville grecque ne combattit pour des opinions.

D'ailleurs, que prétend cet homme modeste et doux? Veut-il que nous fassions une guerre sacrée? Chez les anciens Romains, depuis Romulus jusqu'aux temps où les chrétiens disputèrent avec les prêtres de l'empire, vous ne voyez pas un seul homme persécuté pour ses sentiments.

Cicéron douta de tout, Lucrèce nia tout; et on ne leur en fit pas le plus léger reproche. La licence même alla si loin que Pline le Naturaliste commence son livre par nier un Dieu, et par dire qu'il en est un, c'est le soleil.

Cicéron dit, en parlant des enfers: Post mortem nihil est, ipsaque mors nihil. Rien n'est après la mort, la mort même n'est rien. Abhorrons ces maximes, et, tout au plus, pardonnons-les à un peuple que les évangiles n'éclairaient pas: Le grand principe du sénat et du peuple romain était: Ils ont été nos législateurs, comme nos vainqueurs; et jamais César, qui nous donna des fers, des lois, et des jeux, ne voulut nous forcer à quitter nos druides pour lui, tout grand pontife qu'il était d'une nation notre souveraine.

Les Romains ne professaient pas tous les cultes, ils ne donnaient pas à tous la sanction publique; mais ils les permirent tous. Ils n'eurent aucun objet matériel de culte sous Numa, point de simulacres, point de statues; bientôt ils en élevèrent aux dieux majorum gentium , que les Grecs leur firent connaître.

La loi des douze tables, Deos peregrinos ne colunto , se réduisit à n'accorder le culte public qu'aux divinités supérieures approuvées par le sénat. Isis eut un temple dans Rome, jusqu'au temps où Tibère le démolit, lorsque les prêtres de ce temple, corrompus par l'argent de Mundus, le firent coucher dans le temple, sous le nom du dieu Anubis, avec une femme nommée Pauline.

Il est vrai que Josèphe est le seul qui rapporte cette histoire; il n'était pas contemporain, il était crédule et exagérateur. Il y a peu d'apparence que, dans un temps aussi éclairé que celui de Tibère, une dame de la première condition eût été assez imbécile pour croire avoir les faveurs du dieu Anubis. Mais que cette anecdote soit vraie ou fausse, il demeure certain que la superstition égyptienne avait élevé un temple à Rome avec le consentement public.

Y a-t-il un plus grand exemple que la tolérance était regardée par les Romains comme la loi la plus sacrée du droit des gens? On nous dit qu'aussitôt que les chrétiens parurent, ils furent persécutés par ces mêmes Romains qui ne persécutaient personne. Il me paraît évident que ce fait est très faux; je n'en veux pour preuve que saint Paul lui-même.

Les Actes des apôtres nous apprennent que Note 14 , saint Paul étant accusé par les Juifs de vouloir détruire la loi mosaïque par Jésus-Christ, saint Jacques proposa à saint Paul de se faire raser la tête, et d'aller se purifier dans le temple avec quatre Juifs, "afin que tout le monde sache que tout ce qu'on dit de vous est faux, et que vous continuez à garder la loi de Moïse".

Paul, chrétien, alla donc s'acquitter de toutes les cérémonies judaïques pendant sept jours; mais les sept jours n'étaient pas encore écoulés quand des Juifs d'Asie le reconnurent; et, voyant qu'il était entré dans le temple, non seulement avec des Juifs, mais avec des Gentils, ils crièrent à la profanation: Les Juifs en foule demandèrent sa mort; Festus leur répondit Note Multae te litterae ad insaniam convertunt.

Festus n'écouta donc que l'équité de la loi romaine en donnant sa protection à un inconnu qu'il ne pouvait estimer. Voilà le Saint-Esprit lui-même qui déclare que les Romains n'étaient pas persécuteurs, et qu'ils étaient justes.

Ce ne sont pas les Romains qui se soulevèrent contre saint Paul, ce furent les Juifs. Saint Jacques, frère de Jésus, fut lapidé par l'ordre d'un Juif saducéen, et non d'un Romain. Les Juifs seuls lapidèrent saint Etienne Note 17 ; et lorsque saint Paul gardait les manteaux des exécuteurs, certes il n'agissait pas en citoyen romain.

Les premiers chrétiens n'avaient rien sans doute à démêler avec les Romains; ils n'avaient d'ennemis que les Juifs, dont ils commençaient à se séparer.

On sait quelle haine implacable portent tous les sectaires à ceux qui abandonnent leur secte. Il y eut sans doute du tumulte dans les synagogues de Rome. Suétone dit, dans la Vie de Claude chap. Judaeos, impulsore Christo assidue tumultuantes, Roma expulit. Il se trompait, en disant que c'était à l'instigation de Christ: Suétone écrivait sous Adrien, dans le second siècle; les chrétiens n'étaient pas alors distingués des Juifs aux yeux des Romains.

Le passage de Suétone fait voir que les Romains, loin d'opprimer les premiers chrétiens, réprimaient alors les Juifs qui les persécutaient. Ils voulaient que la synagogue de Rome eût pour ses frères séparés la même indulgence que le sénat avait pour elle, et les Juifs chassés revinrent bientôt après; ils parvinrent même aux honneurs, malgré les lois qui les en excluaient: Est-il possible qu'après la ruine de Jérusalem les empereurs eussent prodigué des dignités aux Juifs, et qu'ils eussent persécuté, livré aux bourreaux et aux bêtes, des chrétiens qu'on regardait comme une secte de Juifs?

Néron, dit-on, les persécuta. Tacite nous apprend qu'ils furent accusés de l'incendie de Rome, a qu'on les abandonna à la fureur du peuple. S'agissait-il de leur croyance dans une telle accusation? Dirons-nous que les Chinois que les Hollandais égorgèrent, il y a quelques années, dans les faubourgs de Batavia, furent immolés à la religion? Quelque envie qu'on ait de se tromper, il est impossible d'attribuer à l'intolérance le désastre arrivé sous Néron à quelques malheureux demi-juifs et demi-chrétiens Note Il y eut dans la suite des martyrs chrétiens.

Il est bien difficile de savoir précisément pour quelles raisons ces martyrs furent condamnés; mais j'ose croire qu'aucun ne le fut, sous les premiers Césars, pour sa seule religion: Les Titus, les Trajan, les Antonins, les Décius, n'étaient pas des barbares: Les aurait-on seulement osé accuser d'avoir des mystères secrets, tandis que les mystères d'Isis, ceux de Mithra, ceux de la déesse de Syrie, tous étrangers au culte romain, étaient permis sans contradiction?

Il faut bien que la persécution ait eu d'autres causes, et que les haines particulières, soutenues par la raison d'Etat, aient répandu le sang des chrétiens. Par exemple, lorsque saint Laurent refuse au préfet de Rome, Cornelius Secularis, l'argent des chrétiens qu'il avait en sa garde, il est naturel que le préfet et l'empereur soient irrités: Considérons le martyre de saint Polyeucte. Le condamna-t-on pour sa religion seule?

Il va dans le temple, où l'on rend aux dieux des actions de grâces pour la victoire de l'empereur Décius; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues: Le chrétien qui déchira publiquement l'édit de l'empereur Dioclétien, et qui attira sur ses frères la grande persécution dans les deux dernières années du règne de ce prince, n'avait pas un zèle selon la science, et il était bien malheureux d'être la cause du désastre de son parti.

Ce zèle inconsidéré, qui éclata souvent et qui fut même condamné par plusieurs Pères de l'Eglise, a été probablement la source de toutes les persécutions. Je ne compare point sans doute les premiers sacramentaires aux premiers chrétiens: On portait dans les rues la statue de saint Antoine l'ermite en procession; Farel tombe avec quelques-uns des siens sur les moines qui portaient saint Antoine, les bat, les disperse, et jette saint Antoine dans la rivière.

Il méritait la mort, qu'il ne reçut pas, parce qu'il eut le temps de s'enfuir. S'il s'était contenté de crier à ces moines qu'il ne croyait pas qu'un corbeau eût apporté la moitié d'un pain à saint Antoine l'ermite, ni que saint Antoine eût eu des conversations avec des centaures et des satyres, il aurait mérité une forte réprimande, parce qu'il troublait l'ordre; mais si le soir, après la procession, il avait examiné paisiblement l'histoire du corbeau, des centaures, et des satyres, on n'aurait rien eu à lui reprocher.

Deus optimus maximus ; et ils auraient recherché ceux qui adoraient un Dieu unique! Il n'est pas croyable que jamais il y eut une inquisition contre les chrétiens sous les empereurs, c'est-à-dire qu'on soit venu chez eux les interroger sur leur croyance. On ne troubla jamais sur cet article ni Juif, ni Syrien, ni Egyptien, ni bardes, ni druides, ni philosophes. Les martyrs furent donc ceux qui s'élevèrent contre les faux dieux.

C'était une chose très sage, très pieuse de n'y pas croire; mais enfin si, non contents d'adorer un Dieu en esprit et en vérité, ils éclatèrent violemment contre le culte reçu, quelque absurde qu'il pût être, on est forcé d'avouer qu'eux-mêmes étaient intolérants.

Tertullien, dans son Apologétique , avoue Note 22 qu'on regardait les chrétiens comme des factieux: Il avoue Note 23 que les chrétiens refusaient d'orner leurs portes de branches de laurier dans les réjouissances publiques pour les victoires des empereurs: La première sévérité juridique exercée contre les chrétiens fut celle de Domitien; mais elle se borna à un exil qui ne dura pas une année: Lactance, dont le style est si emporté, convient que, depuis Domitien jusqu'à Décius, l'Eglise fut tranquille et florissante Note Cette longue paix, dit-il, fut interrompue quand cet exécrable animal Décius opprima l'Eglise: On ne veut point discuter ici le sentiment du savant Dodwell sur le petit nombre des martyrs; mais si les Romains avaient tant persécuté la religion chrétienne, si le sénat avait fait mourir tant d'innocents par des supplices inusités, s'ils avaient plongé des chrétiens dans l'huile bouillante, s'ils avaient exposé des filles toutes nues aux bêtes dans le cirque, comment auraient-ils laissé en paix tous les premiers évêques de Rome?

Saint Irénée ne compte pour martyr parmi ces évoques que le seul Télesphore, dans l'an de l'ère vulgaire, et on n'a aucune preuve que ce Télesphore ait été mis à mort. Zéphirin gouverna le troupeau de Rome pendant dix-huit années, et mourut paisiblement l'an Il est vrai que, dans les anciens martyrologes, on place presque tous les premiers papes; mais le mot de martyre n'était pris alors que suivant sa véritable signification: Il est difficile d'accorder cette fureur de persécution avec la liberté qu'eurent les chrétiens d'assembler cinquante-six conciles que les écrivains ecclésiastiques comptent dans les trois premiers siècles.

Il y eut des persécutions; mais si elles avaient été aussi violentes qu'on le dit, il est vraisemblable que Tertullien, qui écrivit avec tant de force contre le culte reçu, ne serait pas mort dans son lit. On sait bien que les empereurs ne lurent pas son Apologétique ; qu'un écrit obscur, composé en Afrique, ne parvient pas à ceux qui sont chargés du gouvernement du monde; mais il devait être connu de ceux qui approchaient le proconsul d'Afrique: Origène enseigna publiquement dans Alexandrie, et ne fut point mis à mort.

Ce même Origène, qui parlait avec tant de liberté aux païens et aux chrétiens, qui annonçait Jésus aux uns, qui niait un Dieu en trois personnes aux autres, avoue expressément, dans son troisième livre contre Celse, "qu'il y a eu très peu de martyrs, et encore de loin à loin.

Cependant, dit-il, les chrétiens ne négligent rien pour faire embrasser leur religion par tout le monde; ils courent dans les villes, dans les bourgs, dans les villages". Il est certain que ces courses continuelles pouvaient être aisément accusées de sédition par les prêtres ennemis; et pourtant ces missions sont tolérées, malgré le peuple égyptien, toujours turbulent, séditieux et lâche: Qui devait plus soulever contre lui les prêtres et le gouvernement que saint Grégoire Thaumaturge, disciple d'Origène?

Grégoire avait vu pendant la nuit un vieillard envoyé de Dieu, accompagné d'une femme resplendissante de lumière: Saint Jean lui dicta un symbole que saint Grégoire alla prêcher.

Il passa, en allant à Néocésarée, prés d'un temple où l'on rendait des oracles et où la pluie l'obligea de passer la nuit; il y fit plusieurs signes de croix. Le lendemain le grand sacrificateur du temple fut étonné que les démons, qui lui répondaient auparavant, ne voulaient plus rendre d'oracles; il les appela: Le sacrificateur fit saisir Grégoire, qui lui répondit: Alors Grégoire déchira un petit morceau d'un volume qu'il tenait à la main, et y traça ces paroles: Je te commande de rentrer dans ce temple.

C'est saint Grégoire de Nysse qui rapporte ces faits dans la vie de saint Grégoire Thaumaturge. Les prêtres des idoles devaient sans doute être animés contre Grégoire, et, dans leur aveuglement, le déférer au magistrat: Il est dit dans l'histoire de saint Cyprien qu'il fut le premier évêque de Carthage condamné à la mort.

Le martyre de saint Cyprien est de l'an de notre ère: L'histoire ne nous dit point quelles calomnies s'élevèrent contre saint Cyprien, quels ennemis il avait, pourquoi le proconsul d'Afrique fut irrité contre lui.

Saint Cyprien écrit à Cornélius, évêque de Rome: Tant de causes secrètes se mêlent souvent à la cause apparente, tant de ressorts inconnus servent à persécuter un homme, qu'il est impossible de démêler dans les siècles postérieurs la source cachée des malheurs des hommes les plus considérables, à plus forte raison celle du supplice d'un particulier qui ne pouvait être connu que par ceux de son parti.

Remarquez que saint Grégoire Thaumaturge et saint Denis, évêque d'Alexandrie, qui ne furent point suppliciés, vivaient dans le temps de saint Cyprien. Pourquoi, étant aussi connus pour le moins que cet évêque de Carthage, demeurèrent-ils paisibles?

Et pourquoi saint Cyprien fut-il livré au supplice? N'y a-t-il pas quelque apparence que l'un succomba sous des ennemis personnels et puissants, sous la calomnie, sous le prétexte de la raison d'Etat, qui se joint si souvent à la religion, et que les autres eurent le bonheur d'échapper à la méchanceté des hommes?

Il n'est guère possible que la seule accusation de christianisme ait fait périr saint Ignace sous le clément et juste Trajan, puisqu'on permit aux chrétiens de l'accompagner et de le consoler, quand on le conduisit à Rome Note Il y avait eu souvent des séditions dans Antioche, ville toujours turbulente, où Ignace était évêque secret des chrétiens: Saint Siméon, par exemple, fut accusé devant Sapor d'être l'espion des Romains. L'histoire de son martyre rapporte que le roi Sapor lui proposa d'adorer le soleil; mais on sait que les Perses ne rendaient point de culte au soleil: Quelque tolérant que l'on puisse être, on ne peut s'empêcher de sentir quelque indignation contre ces déclamateurs qui accusent Dioclétien d'avoir persécuté les chrétiens depuis qu'il fut sur le trône; rapportons-nous-en à Eusèbe de Césarée: Voici ses paroles Note Dioclétien prit pour son épouse Prisca, dont la fille fut femme de Maximien Galère, etc.

Qu'on voie combien la fable de la légion thébaine ou thébéenne, massacrée, dit-on, tout entière pour la religion, est une fable absurde. Il est ridicule qu'on ait fait venir cette légion d'Asie par le grand Saint-Bernard; il est impossible qu'on l'eût appelée d'Asie pour venir apaiser une sédition dans les Gaules, un an après que cette sédition avait été réprimée; il n'est pas moins impossible qu'on ait égorgé six mille hommes d'infanterie et sept cents cavaliers dans un passage où deux cents hommes pourraient arrêter une armée entière.

La relation de cette prétendue boucherie commence par une imposture évidente: Enfin ce qui devrait épargner toutes ces discussions, c'est qu'il n'y eut jamais de légion thébaine: Nous avons les noms des trente-deux légions qui faisaient les principales forces de l'empire romain; assurément la légion thébaine ne s'y trouve pas.

Rangeons donc ce conte avec les vers acrostiches des sibylles qui prédisaient les miracles de Jésus-Christ, et avec tant de pièces supposées qu'un faux zèle prodigua pour abuser la crédulité.

Le mensonge en a trop longtemps imposé aux hommes; il est temps qu'on connaisse le peu de vérités qu'on peut démêler à travers ces nuages de fables qui couvrent l'histoire romaine depuis Tacite et Suétone, et qui ont presque toujours enveloppé les annales des autres nations anciennes.

Comment peut-on croire, par exemple, que les Romains, ce peuple grave et sévère de qui nous tenons nos lois, aient condamné des vierges chrétiennes, des filles de qualité, à la prostitution? C'est bien mal connaître l'austère dignité de nos législateurs, qui punissaient si sévèrement les faiblesses des vestales. Les Actes sincères de Ruinart rapportent ces turpitudes; mais doit-on croire aux Actes de Ruinart comme aux Actes des apôtres? Ces Actes sincères disent, après Bollandus, qu'il y avait dans la ville d'Ancyre sept vierges chrétiennes, d'environ soixante et dix ans chacune, que le gouverneur Théodecte les condamna à passer par les mains des jeunes gens de la ville; mais que ces vierges ayant été épargnées, comme de raison, il les obligea de servir toutes nues aux mystères de Diane, auxquels pourtant on n'assista jamais qu'avec un voile.

Saint Théodote, qui, à la vérité, était cabaretier, mais qui n'en était pas moins zélé, pria Dieu ardemment de vouloir bien faire mourir ces saintes filles, de peur qu'elles ne succombassent à la tentation. Dieu l'exauça; le gouverneur les fit jeter dans un lac avec une pierre au cou: Le saint cabaretier et ses compagnons allèrent pendant la nuit au bord du lac gardé par des soldats; un flambeau céleste marcha toujours devant eux, et quand ils furent au lieu où étaient les gardes, un cavalier céleste, armé de toutes pièces, poursuivit ces gardes la lance à la main.

Saint Théodote retira du lac les corps des vierges: Ne cessons de répéter que nous vénérons les vrais martyrs, mais qu'il est difficile de croire cette histoire de Bollandus et de Ruinart. Faut-il rapporter ici le conte du jeune saint Romain?

On le jeta dans le feu, dit Eusèbe, et des Juifs qui étaient présents insultèrent à Jésus-Christ qui laissait brûler ses confesseurs, après que Dieu avait tiré Sidrach, Misach, et Abdenago, de la fournaise ardente. A peine les Juifs eurent-ils parlé que saint Romain sortit triomphant du bûcher: Le juge, malgré l'indulgence de l'empereur, commanda qu'on coupât la langue à saint Romain, et, quoiqu'il eût des bourreaux, il fit faire cette opération par un médecin.

Le jeune Romain, né bègue, parla avec volubilité dès qu'il eut la langue coupée. Le médecin essuya une réprimande, et, pour montrer que l'opération était faite selon les règles de l'art, il prit un passant et lui coupa juste autant de langue qu'il en avait coupé à saint Romain, de quoi le passant mourut sur-le-champ: En vérité, si Eusèbe a écrit de pareilles fadaises, si on ne les a point ajoutées à ses écrits, quel fond peut-on faire sur son Histoire?

On nous donne le martyre de sainte Félicité et de ses sept enfants, envoyés, dit-on, à la mort par le sage et pieux Antonin, sans nommer l'auteur de la relation. Il est bien vraisemblable que quelque auteur plus zélé que vrai a voulu imiter l'histoire des Maccabées. C'est ainsi que commence la relation: Il dit que le préteur les jugea sur son tribunal dans le champ de Mars; mais le préfet de Rome tenait son tribunal au Capitole, et non au champ de Mars, qui, après avoir servi à tenir les comices, servait alors aux revues des soldats, aux courses, aux jeux militaires: Il est dit encore qu'après le jugement, l'empereur commit à différents juges le soin de faire exécuter l'arrêt: Il y a de même un saint Hippolyte, que l'on suppose traîné par des chevaux, comme Hippolyte, fils de Thésée.

Ce supplice ne fut jamais connu des anciens Romains, et la seule ressemblance du nom a fait inventer cette fable. Observez encore que dans les relations des martyres, composées uniquement par les chrétiens mêmes, on voit presque toujours une foule de chrétiens venir librement dans la prison du condamné, le suivre au supplice, recueillir son sang, ensevelir son corps, faire des miracles avec les reliques.

Si c'était la religion seule qu'on eût persécutée, n'aurait-on pas immolé ces chrétiens déclarés qui assistaient leurs frères condamnés, et qu'on accusait d'opérer des enchantements avec les restes des corps martyrisés?

Ne les aurait-on pas traités comme nous avons traité les vaudois, les albigeois, les hussites, les différentes sectes des protestants? Nous les avons égorgés, brûlés en foule, sans distinction ni d'âge ni de sexe. Y a-t-il, dans les relations avérées des persécutions anciennes, un seul trait qui approche de la Saint-Barthélémy et des massacres d'Irlande?

Y en a-t-il un seul qui ressemble à la fête annuelle qu'on célèbre encore dans Toulouse, fête cruelle, fête abolissable à jamais, dans laquelle un peuple entier remercie Dieu en procession, et se félicite d'avoir égorgé, il y a deux cents ans, quatre mille de ses concitoyens?

Je le dis avec horreur, mais avec vérité: C'est nous qui avons détruit cent villes, le crucifix ou la Bible à la main, et qui n'avons cessé de répandre le sang et d'allumer des bûchers, depuis le règne de Constantin jusqu'aux fureurs des cannibales qui habitaient les Cévennes: Nous envoyons encore quelquefois à la potence de pauvres gens du Poitou, du Vivarais, de Valence, de Montauban.

Nous avons pendu, depuis , huit personnages de ceux qu'on appelle prédicants ou ministres de l'Evangile , qui n'avaient d'autre crime que d'avoir prié Dieu pour le roi en patois, et d'avoir donné une goutte de vin et un morceau de pain levé à quelques paysans imbéciles.

On ne sait rien de cela dans Paris, où le plaisir est la seule chose importante, où l'on ignore tout ce qui se passe en province et chez les étrangers. Ces procès se font en une heure, et plus vite qu'on ne juge un déserteur. Si le roi en était instruit, il ferait grâce. On ne traite ainsi les prêtres catholiques en aucun pays protestant. Il y a plus de cent prêtres catholiques en Angleterre et en Irlande; on les connaît, on les a laissés vivre très paisiblement dans la dernière guerre.

Serons-nous toujours les derniers à embrasser les opinions saines des autres nations? Elles se sont corrigées: Il a fallu soixante ans pour nous faire adopter ce que Newton avait démontré; nous commençons à peine à oser; sauver la vie à nos enfants par l'inoculation; nous ne pratiquons que depuis très peu de temps les vrais principes de l'agriculture; quand commencerons-nous à pratiquer les vrais principes de l'humanité? Accordons que les Romains ont fait mourir une multitude de chrétiens pour leur seule religion: Voudrions-nous commettre la même injustice?

Et quand nous leur reprochons d'avoir persécuté, voudrions-nous être persécuteurs? S'il se trouvait quelqu'un assez dépourvu de bonne foi, ou assez fanatique, pour me dire ici: Pourquoi venez-vous développer nos erreurs et nos fautes? Elles sont l'aliment de la piété de plusieurs personnes; il y a des erreurs nécessaires; n'arrachez pas du corps un ulcère invétéré qui entraînerait avec lui la destruction du corps, voici ce que je lui répondrais. Tous ces faux miracles par lesquels vous ébranlez la foi qu'on doit aux véritables, toutes ces légendes absurdes que vous ajoutez aux vérités de l'Evangile, éteignent la religion dans les coeurs; trop de personnes qui veulent s'instruire, et qui n'ont pas le temps de s'instruire assez, disent: Les maîtres de ma religion m'ont trompé, il n'y a donc point de religion; il vaut mieux se jeter dans les bras de la nature que dans ceux de l'erreur; j'aime mieux dépendre de la loi naturelle que des inventions des hommes.

D'autres ont le malheur d'aller encore plus loin: Voilà certainement les conséquences de toutes les fraudes pieuses et de toutes les superstitions.

Les hommes d'ordinaire ne raisonnent qu'à demi; c'est un très mauvais argument que de dire: Voragine, l'auteur de La Légende dorée , et le jésuite Ribadeneira, compilateur de La Fleur des saints , n'ont dit que des sottises: Je conclurais au contraire: Il le faut bien Note 28 , pourvu qu'il ne trouble point l'ordre: Vous répondez que la différence est grande, que toutes les religions sont les ouvrages des hommes, et que l'Eglise catholique, apostolique et romaine, est seule l'ouvrage de Dieu.

Mais en bonne foi, parce que notre religion est divine doit-elle régner par la haine, par les fureurs, par les exils, par l'enlèvement des biens, les prisons, les tortures, les meurtres, et par les actions de grâces rendues à Dieu pour ces meurtres?

Plus la religion chrétienne est divine, moins il appartient à l'homme de la commander; si Dieu l'a faite, Dieu la soutiendra sans vous. Vous savez que l'intolérance ne produit que des hypocrites ou des rebelles: Enfin voudriez-vous soutenir par des bourreaux la religion d'un Dieu que des bourreaux ont fait périr, et qui n'a prêché que la douceur et la patience?

Voyez, je vous prie, les conséquences affreuses du droit de l'intolérance. S'il était permis de dépouiller de ses biens, de jeter dans les cachots, de tuer un citoyen qui, sous un tel degré de latitude, ne professerait pas la religion admise sous ce degré, quelle exception exempterait les premiers de l'Etat des mêmes peines? La religion lie également le monarque et les mendiants: Le sang de Henri le Grand fumait encore quand le parlement de Paris donna un arrêt qui établissait l'indépendance de la couronne comme une loi fondamentale.

Le cardinal Duperron, qui devait la pourpre à Henri le Grand, s'éleva, dans les états de , contre l'arrêt du parlement, et le fit supprimer. Tous les journaux du temps rapportent les termes dont Duperron se servit dans ses harangues: On veut bien adopter votre supposition chimérique qu'un de nos rois, ayant lu l'histoire des conciles et des pères, frappé d'ailleurs de ces paroles: Mon père est plus grand que moi , les prenant trop à la lettre et balançant entre le concile de Nicée et celui de Constantinople, se déclarât pour Eusèbe de Nicomédie: Duperron poussa plus loin la dispute, et je l'abrège.

Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir ces chimères révoltantes; je me bornerai à dire, avec tous les citoyens, que ce n'est point parce que Henri IV fut sacré à Chartres qu'on lui devait obéissance, mais parce que le droit incontestable de la naissance donnait la couronne à ce prince, qui la méritait par son courage et par sa bonté.

Qu'il soit donc permis de dire que tout citoyen doit hériter, par le même droit, des biens de son père, et qu'on ne voit pas qu'il mérite d'en être privé, et d'être traîné au gibet, parce qu'il sera du sentiment de Ratram contre Paschase Ratbert, et de Bérenger contre Scot.

On sait que tous nos dogmes n'ont pas toujours été clairement expliqués et universellement reçus dans notre Eglise. Jésus-Christ ne nous ayant point dit comment procédait le Saint-Esprit, l'Eglise latine crut longtemps avec la grecque qu'il ne procédait que du Père: Je demande si, le lendemain de cette décision, un citoyen qui s'en serait tenu au symbole de la veille eût été digne de mort?

La cruauté, l'injustice, seraient-elles moins grandes de punir aujourd'hui celui qui penserait comme on pensait autrefois? Etait-on coupable, du temps d'Honorius Ier, de croire que Jésus n'avait pas deux volontés? Il n'y a pas longtemps que l'immaculée conception est établie: Dans quel temps les dominicains commenceront-ils à mériter des peines dans ce monde et dans l'autre?

Si nous devons apprendre de quelqu'un à nous conduire dans nos disputes interminables, c'est certainement des apôtres et des évangélistes. Il y avait de quoi exciter un schisme violent entre saint Paul et saint Pierre. Paul dit expressément dans son Epître aux Galates qu'il résista en face à Pierre parce que Pierre était répréhensible, parce qu'il usait de dissimulation aussi bien que Barnabé, parce qu'ils mangeaient avec les Gentils avant l'arrivée de Jacques, et qu'ensuite ils se retirèrent secrètement, et se séparèrent des Gentils de peur d'offenser les circoncis.

Si vous, Juif, vivez comme les Gentils, et non comme les Juifs, pourquoi obligez-vous les Gentils à judaïser? Il s'agissait de savoir si les nouveaux chrétiens judaïseraient ou non. Saint Paul alla dans ce temps-là même sacrifier dans le temple de Jérusalem.

On sait que les quinze premiers évêques de Jérusalem furent des Juifs circoncis, qui observèrent le sabbat, et qui s'abstinrent des viandes défendues. Un évêque espagnol ou portugais qui se ferait circoncire, et qui observerait le sabbat, serait brûlé dans un autodafé. Cependant la paix ne fut altérée, pour cet objet fondamental, ni parmi les apôtres, ni parmi les premiers chrétiens. Si les évangélistes avaient ressemblé aux écrivains modernes, ils avaient un champ bien vaste pour combattre les uns contre les autres.

Saint Matthieu compte vingt-huit générations depuis David jusqu'à Jésus; saint Luc en compte quarante et une, et ces générations sont absolument différentes. On ne voit pourtant nulle dissension s'élever entre les disciples sur ces contrariétés apparentes, très bien conciliées par plusieurs Pères de l'Eglise.

La charité ne fut point blessée, la paix fut conservée. Quelle plus grande leçon de nous tolérer dans nos disputes, et de nous humilier dans tout ce que nous n'entendons pas! Saint Paul, dans son Epître à quelques juifs de Rome convertis au christianisme, emploie toute la fin du troisième chapitre à dire que la seule foi glorifie, et que les oeuvres ne justifient personne. Saint Jacques, au contraire, dans son Epître aux douze tribus dispersées par toute la terre, chapitre II, ne cesse de dire qu'on ne peut être sauvé sans les oeuvres.

Voilà ce qui a séparé deux grandes communions parmi nous, et ce qui ne divisa point les apôtres. Si la persécution contre ceux avec qui nous disputons était une action sainte, il faut avouer que celui qui aurait fait tuer le plus d'hérétiques serait le plus grand saint du paradis.

Quelle figure y ferait un homme qui se serait contenté de dépouiller ses frères, et de les plonger dans des cachots, auprès d'un zélé qui en aurait massacré des centaines le jour de la Saint-Barthélémy? En voici la preuve. Le successeur de saint Pierre et son consistoire ne peuvent errer; ils approuvèrent, célébrèrent, consacrèrent, l'action de la Saint-Barthélémy: Par la même raison, les fanatiques des Cévennes devaient croire qu'ils seraient élevés en gloire à proportion du nombre des prêtres, des religieux, et des femmes catholiques qu'ils auraient égorgés.

Ce sont là d'étranges titres pour la gloire éternelle.


En entrant, il s'était mis à une table d'écarté; puis, après avoir passé plusieurs fois, au grand contentement de ses parieurs dont le côté perdait, il s'était levé, vaincu par un sous-lieutenant de carabiniers. Pour se consoler, il avait pris part à une conversation sur l'Espagne, sujet habituel de mille dissertations inutiles. Pendant le récit, j'examinais avec un intérêt involontaire la figure et la.

Mon homme était un de ces êtres à mille faces qui ont des ressemblances avec tant de types Que, dit Jules en continuant, l'observateur reste indécis, et ne sait s'il faut les classer parmi les gens de génie obscurs ou parmi les intrigants subal- ternes. D'abord, il était décoré d'un ruban rouge, symbole trop prodigué qui ne préjuge plus rien en faveur de personne.

Le procureur du roi fit un léger haut-le-corps en entendant cette proposition contre la Légion d'honneur. Ses manières et sa voix avaient je ne sais quoi de commun; sa figure, en proie aux rougeurs que les travaux de la digestion y imprimaient, ne rehaussait par aucun trait saillant, l'ensemble de sa personne; il avait le front découvert et peu de cheveux sur la tête.

D'après tous ces diagnostics, j'hésitais à en faire soit un conseiller de préfec- ture, soit un ancien commissaire des guerres, lorsqu'on lui voyant poser familiè- rement la main sur la manche de son voisin, je le jetai dans la classe des plumi- tifs, bureaucrates et consorts.

Enfin, je fus tout à fait convaincu de la vérité de mon observation en remarquant qu'il n'était écouté que pour son histoire. Aucun de ses auditeurs ne lui accordait cette attention soumise et ces regards complai- sants qui sont le privilège des gens considérés. Je ne sais si vous voyez bien l'homme se bourrant le nez de prises de tabac, parlant avec la prestesse des gens empressés définir leur discours, de pour qu'on ne les abandonne; s'exprimant d'ailleurs avec une grande facilité, contant bien, peignant d'un trait, et jovial comme un loustic de régiment.

Nous ne sommes pas loin du théâtre où le drame s'est accompli, car la Touraine et le Bcrry se touchent; puis votre aventure me l'a rappelé, il s'agit aussi d'un Espagnol.

Enfin ici se plaçait la Grande Bretèche, placée aujourd'hui à la fin de: Autre Étude de femme, dont les deux récits précédents expli- quaient le sous-titre de: Cette dernière histoire avait fait tressaillir plus d'une fois madame de la Bau- draye; cette naïve et charmante femme dit alors avec un accent plein de naturel:.

A cette question posée avec simplesse, les quatre conspirateurs se regardèrent en témoignant de leur surprise. Le procureur du roi se moucha précipitamment. Il regardait madame de la Baudraye avec un étounement où les deux Parisiens voulurent voir de l'affec- tation.

Lousteau retourneront à Paris, où vont tous les gens d'esprit Ici, le procu- reur du roi lit un léger salut. Et personne ne nous fera plus de contes! Gravier et Emile se mirent à blâmer les séducteurs avec un emportement qui sembla si peu naturel au procureur du roi, qu'il intervint.

Si vous avez des bonnes fortunes, vous vous condamnez; si vous n'en avez pas, vous faites bon marché de vos prétentions, et l'on ne sau- rait vous accuser de fatuité. Monsieur le procureur du roi, votre dilemme pèche par une énumération incomplète: La vie de château comporte une, infinité de mauvaises plaisanteries, parmi les- quelles il en est qui sont d'une horrible perfidie.

Gravier, qui avait vu tani de choses, proposa, quand chacun s'alla coucher, do mettre les scellés sur la porte de madame de la Baudraye et sur celle du procureur du roi. Les canards accusateurs du poëte Ibicus ne sont rien en comparaison du cheveu que les espions de la vie de château fixent sur l'ouverture d'une porte par deux petites boules de cire aplaties, et placé si bas.

Le galant sort-il et ouvre-t-il l'autre porte soupçonnée, la coïncidence des deux cheveux arrachés dit tout. Q iand chacun fui i n endormi, le médecin, le journaliste, le receveur des contributions el le jeune adorateur de madame de la Baudraye vinrent pi.

Jugez de leur étonnemenl el du plaisir de Gatien, lorsque tous quatre, un bougeoir à la main, a peine vêtus, vinrent examiner les cheveux, et trouvèrent celui du procureur du roi, ainsi que celui de madame de la baudraye dans un satisfaisanl état de conservation. Ce digne magis- trat était un homme sans ambition, qui devint tout uniment président du tribunal à Sancerre. Madame de la Baudraye ne mania jamais le canif avec lequel les femmes donnent des coups dans le parchemin de leur contrat.

Quoiqu'elle eût d'abord trouvé son mari peu agréable, elle arriva par degrés à l'indifférence des prisonniers auxquels une évasion paraît impossible; elle roula paisiblement dans l'ornière du mariage, en sacrifiant à ses enfants et à son mari le peu d'idées extra- conjugales qu'elle pouvait avoir conçues. Ses relations avec M.

La belle dame de la Baudraye vieillit et se fana si bien, que, quand Horace Bianchon la revit en , il ne la reconnut point. Quoique peu dramatique, ce dénoûment est celui de beaucoup d'existences, dont la monotonie fait dire à certaines femmes supérieures, enfoncées à la cam- pagne, que Madame de la Baudraye s'ennuyait sans doute, mais elle n'en disait rien, ce qui semble une rare supériorité à beaucoup de.

Voici maintenant la fin de la Femme comme il faut, qui n'a pas été conservée dans Autre Étude de femme; elle commence après les mots: Maintenant, qu'est cette femme? Ici, la femme comme il faut prend des proportions révolutionnaires. Elle est une création moderne, un déplorable triomphe du système électif appliqué au beau sexe.

Chaque révolution a son mot, un mot où elle se résume et qui la peint. Expliquer certains mots, ajoutés de siècle en siècle à la langue française, serait faire une magnifique histoire. Organiser, par exemple, est un mot de l'Empire, il contient Napoléon tout entier.

Depuis cinquante ans bientôt, nous assistons à la ruine continué de toutes les distinctions sociales; nous aurions dû sauver les femmes de ce grand naufrage, mais le code civil a passé sur leurs tètes le niveau de ses articles.

Quant aux baronnes, elles n'ont jamais pu se faire prendre au sérieux, l'aristocratie commence à la vicomtesse. Toute femme comme il faut sera plus ou moins comtesse ,. Les duchesses aujourd'hui passent parles portes sans les faire élargir pour leurs paniers. Enfin l'Empire a vu les dernières robes à queue!

Je suis encore à comprendre commenl le souverain qui voulait faire balayer sa cour par le satin ou le velours des robes à queue n'a pas établi pour certaines familles le droit d'aînesse et les majorât s par d'indestructibles lois. Napoléon n'a pas deviné l'application du Code dont il était si fier.

Cet homme, en créant ses duchesses, engendrait des femmes comme il faut, le produit médiat de sa législation. Sa pensée, prise comme un marteau par l'enfant qui sort du collège ainsi que par le journaliste obscur, a démoli les magnificences de l'état social. Aujourd'hui, tout drôle qui peut convenablement soutenir sa tête sur un col, couvrir sa puissante poitrine d'homme d'une demi-aune de -al in en forme de cuirasse, montrer un front où reluise un génie apocryphe sous des che- veux bouclés, se dandiner sur deux escarpins vernis ornés de chaussettes en soie qui coûtent six francs, tient lorgnon dans une de ses arcades sourcilières en plissant le haut de sa joue, et, fût-il clerc d'avoué, fils d'entrepreneur ou bâtard de banquier, il toise impertinemment la plus jolie duchesse, l'évalue quand elle descend l'escalier d'un théâtre, et dit à son ami pantalonné par Blain, habillé par Buisson, gileté, ganté, cravaté par Bodier ou par Perry, monté sur vernis comme le premier duc venu: Un duc quelconque il s'en rencontrait sous Louis M III et sous Charles X qui possédaient deux cent mille livres de rente, un magnifique hôtel, un domestique somptueux pouvait encore ôtre un grand seigneur.

Le der- nierdeces grands seigneurs français, le prince de Talleyrand, vient de mourir. Ce duc a laissé quatre enfants, dont deux filles. En supposant beaucoup de bonheur dans la manière dont il les a mariés tous, chacun doses hoirs n'a plus que cent mille livres de rente aujourd'hui; chacun d'eux est père ou mère de plusieurs enfants, conséquemment obligé de vivre dans un appartement, au rcz-dc-chaus-re ou au premier étage d'une maison, avec la plus grande économie.

Qui sait même s'ils ne quêtent pas une fortune? Dès lors, la femme du fils aîné n'est duchesse que de nom: Les femmes les plus nobles sont ainsi devenues d'. Notre époque n'a plus ces belles fleurs féminines qui ont orne les grands siècles. L'éventail de la grande daim' est brisé. La femme n'a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se montrer, l'éventail ne sert plus qu'à B'éventer; et, quand une chose n'est, plus que ce qu'elle est, elle est trop utile pour appartenir au luxe.

Tout en France a été complice de la femme comme il faut. L'aristocratie y a consenti par sa retraite au fond de ses terres où elle a été se cacher pour mourir, émigrant a l'intérieur devant les idées, comme à l'étranger. Aussi, là où les bourgeois veulent voir des princesses, n'aperçoit-on que des jeunes personnes comme il faut.

Aujourd'hui, les princes ne trouvent plus de grandes dames à compromettre, ils ne peuvent même plus illustrer une femme prise au hasard. Le duc de Bourbon est le dernier prince qui ait usé de ce privilège, et Dieu sait seul ce qu"il lui en coûte!

Aujour- d'hui, les princes ont des femmes comme il faut, obligées de payer en commun leur loge avec des amies, et que la faveur royale ne grandirait pas d'une ligne, qui filent sans éclat entre les eaux de la bourgeoisie et celles de la noblesse, ni tout à fait nobles, ni tout à fait bourgeoises. La presse a hérité de la femme. La femme n'a plus le mérite du feuilleton parlé, des délicieuses médisances ornées du beau langage; il y a des feuilletons écrits dans un patois qui change tous les trois ans, des petits journaux plaisants comme des croque-morts et légers comme le plomb de leurs caractères.

Les conversations françaises se font en iroquois révolutionnaire d'un bout à l'autre de la France par de longues colonnes imprimées dans des hôtels où grince une presse à la place des cercles élégants qui brillaient jadis.

Le glas de la haute société sonne, entendez- vous! Cette femme, sortie des rangs de la noblesse, ou poussée de la bourgeoisie, venue de tout terrain, même de la province, est l'expression du temps actuel, une dernière image du bon goût, de l'esprit, de la grâce, de la distinction réunies, mais amoindries.

Nous ne verrons plus de grandes dames en France, mais il y aura longtemps des femmes comme il faut, envoyées par l'opinion publique dans une haute chambre féminine, et qui seront pour le beau sexe ce qu'est le gentleman en Angleterre. Félix Davin en ; elle était destinée à paraître avant celle du même auteur écrite pour les Éludes philosophiques voir plus loin ; mais un retard survint qui ne permit de la publier qu'après et obligea d'en modifier le début, où la.

Cette introduction ouvrait la publi- cation, comme nous l'avons indiqué au commencement de ce travail. Chacune de ces divisions exprime évidemment une face du monde social, et. Le jeune homme est pur; les infor- tunes naissent de l'antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur ir; là, le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs.

Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement pos- Bible. Les Scènes de tu Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la vie humaine où les passions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, dos mouvements irréfié-. La vie devient sérieuse; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves.

Les désillusion nements commencent: La femme raisonne au lieu de sentir; elle calcule sa chute là où elle se livrait. Aux Scènes de la Vie parisienne, finissent les peintures de la vie individuelle.

Les Scènes de la Vie politique exprimeront des pensées plus vastes. Les gens mis en scène y représenteront les intérêts dos masses, ils se placeront au- dessus des lois auxquelles étaient asservis les personnages des trois séries précé- 1 -ntes qui les combattaient avec plus ou moins de succès. Cette fois, ce ne sera plus le jeu d'un intérêt privé que l'auteur nous peindra; mais l'effroyable mouve- ment de la machine sociale, et les contrastes produits par les intérêts particuliers qui se mêlent à l'intérêt général.

Jusque-là, l'auteur a montré les sentiments et la pensée en opposition constante avec la société, mais dans les Scènes de lu Vie poli- tique, il montrera la pensée devant une force organisatrice, et le sentiment com- plètement aboli. Là donc, les situations offriront un comique et un tragique gran- dioses.

Les Scènes de la vie militaire sont la conséquence des Scènes de la Vie politique. Les nations ont des intérêts, ces intérêts se for- mulent chez quelques hommes privilégiés, destinés à conduire les masses, et ces hommes qui stipulent pour elles, les mettent en mouvement.

Les Scènes de la Vie militaire sont donc destinées à peindre dans ses principaux traits la vie des masses on marche pour se combattre. Enfin ce sera la nation tantôt triomphante et tantôt vaincue.

Iprès les étourdissants tableaux de cette série, viendront les peintures pleines de calme de la Vie de campagne. On retrouvera, dans les Scènes dont elles se composeront, les hommes froissés par le monde, par les révolutions, à moitié brisés par les fatigues de la guerre, dégoûtés de la politique.

Là donc le repos après le mouvement, les paysages après les intérieurs, les douces et uniformes occupations de la vie des champs après le tracas de Paris, les cicatrices après les blessures; mais aussi les. Les idées religieuses, la vraie philanthropie, la vertu sans emphase, les résignations s'y montrent dans toute leur puissance accompagnées de leurs poésies, comme une prière avant le coucher do la famille.

Partout les cheveux blaurs de la vieillesse expérimentée s'j mêlent aux blondes touffes de l'enfance. Aussi les doutes ne manquent-ils point. Quant aux trois autres, nous pou- vons, sans nuire à aucun intérêt, montrer combien elles sont avancées. Les Conver- sations entre onze heures et minuit, dont un fragment a paru dans les Contes bruns, et qui ouvrent les Scènes de la Vie politique, sont achevées. Les Chouans, dont la seconde édition est presque épuisée, appartiennent, aussi bien que les Ven- déens, aux Scènes de la Vie militaire.

Les sympathies du public ont déjà, malgré les journaux, rendu justice au Médecin de campagne, la première des Scènes de la Vie de campagne. Aussi la critique nous a-t-clle semblé par trop en venant reprocher à l'écrivain ses premières ébauches. N'y aurait-il pas quelque chose de ridicule à opposer aux créations actuelles de Léopold Robert, de Schnetz, de Gudin et de Delacroix, les yeux et les oreilles qu'ils ont dessinés dans l'école sur leur premier vélin. Dans ce système, un grand écrivain serait comp- ilas thèmes et des versions qu'il aurait manques au collège, et la critique viendrait, jusque par-dessus son épaule, voir les bâtons qu'il a tracés autrefois sous les regards de son premier magister.

L'injustice de la critique a rendu ces misé- rables détails d'autant plus nécessaires, que M. A peine a-t-il le temps de créer, comment aurait-il celui de discuter? Le critique, empressé de lui reprocher des jactances dans lesquelles un esprit moins partial aurait reconnu les plaisanteries faites entre les quatre murs de la vie privée, craignait que l'incessante attention avec laquelle M.

Comment concilier le reproche fait à l'amour-propre de l'homme, avec la bonne foi d'un auteur si jaloux do se perfec- tionner? Il nous la disait à nous-inème, en nous donnant des conseils sur le sens général qu'un écrivain serait tenu de faire exprimera ses travaux pour subsister dans la langue.

Quoique grand, le barde écossais n'a fait qu'exposer un certain nombre de pierres habilement sculp- tées, où se voient d'admirables figures, où revit le génie de chaque époque, et dont presque toutes sont sublimes; mais où est le monument? Le génie n'est complet i in' quand il joint, à la faculté de créer, la puissance de coordonner ses créations. Il ne suffit pas d'observer et de peindre, il faut encore peindre et observer dans un but quelconque.

Mais, sachez-le bien, aujourd'hui vivre en littérature, constitue moins une question de talent qu'une question de temps. Avant que vous soyez en communi- cation avec la partie saine du public qui pourra juger votre courageuse entreprise, il faudra boire à la coupe des angoisses pendant dix ans, dévorer des railleries,. Mais combien de peines attendraient l'historien d'aujourd'hui, s'il voulait faire ressortir les imperceptibles différences de nos habitations et de nos intérieurs, auxqu sis la mode, l'égalité des fortunes, le ton de l'époque, tendent à donner la même physionomie, pour aller saisir en quoi les figures et les actions de ces hommes que la société jette tous dans le môme moule sont plus ou moins originales.

Mais qu'on nous permette cette redite: Certes on peut dire de lui qu'il a fait marcher les maximes de la Bochefoucauld, qu'il a donné la vie aux observa- tions de Lavater en les appliquant. Mais quand a-t-il habité la petite ville où s'est passée la lutte qu'il a. Rcgnault de la Grande Bretèche, ce cousin du petit notaire de Sterne, comme le maître Pierquin de Douai, dans la Recherche de l'absolu?

Comment a-t-il pu être habitant de Saumur et de Douai, chouan à Fougères et vieille fille à Issoudun? Il a non-seulement pénétré les mystères de la vie humble et douce que l'on mène en province, mais il a jeté dans cette peinture monotone assez d'intérêt pour faire accepter les figures qu'il y place.

Enfin, il a le secret de toutes les industries, il est homme de science avec le savant, avare avec Grandet, escompteur avec Gobseck, il semble qu'il ait toujours vécu avec les vieux émigrés rentrés, avec le militaire sans pension, avec le négociant de la rue Saint-Denis. Mais ne serait-ce pas une fausse idée que de croire à tant d'expérience chez un aussi jeune homme. Le temps lui aurait manqué.

S'il a pu rencontrer M. Cependant ne faut-il pas avoir souffert aussi, pour si bien peindre la souffrance? Ce dont il faut lui savoir surtout gré, c'est de donner de l'éclat à la vertu, d'atténuer les couleurs du vice de se faire comprendre de l'homme politique aussi bien que du philosophe en se mettant, à la portée des intelligences médiocres, et d'intéresser tout le monde en restant fidèle au vrai.

Mais quelle tâche d'être vrai chez la Fosseuse, et vrai chez madame de Langeais; vrai dans la maison Vanquer, et chez Sophie Gamard: Mais vrai dans l'in- térieur comme dans la physionomie, dans le discours comme dans le costume. La petite maîtresse la plus exigeante, la duchesse la plus moqueuse, la bourgeoise la. Pour faire accepter à notre époque sa figure dans un vaste miroir, il fallait, lui donner des ances. Mais aussi comme M. Quels trésors d'amour, de dévouement, de mélancolie il a puisés dans ces existences solitaires et dédaignées!

La surprise fut bien grande à l'apparition des Scènes de la Vie privée, quand on vit ces premières études de femme si profondes, si délicates, si exquises, telles enfin qu'elles semblèrent ce qu'elles étaient, une découverte, et commen- cèrent la réputation de l'auteur.

Déjà pourtant il avait publié les Chouans, dont un personnage, Marie de Verneuil, avait prouvé sous quel point de vue nouveau il savait envisager la femme; mais l'heure de la justice n'était pas venue pour lui, et, quoique lents à se faire jour, les succès légitimes sont inévitables.

Pour compléter sa révélation de la femme, M. La base était trouvée, la conséquence se produisit naturellement. L'auteur pénétra donc intimement dans les mystères de l'amour, dans tout ce qu'ils ont de voluptés choisies, de délica- tesses spiritualistes. Là encore, il s'ouvrit un nouveau monde. Chez lui, le drame, comme la resplen- dissante lueur du soleil, domine tout; il éclaire, échauffe, anime les êtres, les objets, tous les recoins du site; ses ardents rayons percent les plus épaisses feuillées, y font tout éclore, frissonner, étinceler.

Et quelle harmonie suave dans ses fonds de tableau! Comme leurs teintes s'assortissent avec le clair-obscur des intérieurs, avec les tons de chair, et le caractère des physionomies qu'il y fait mouvoir! Ses plus grands contrastes mêmes n'ont rien de heurté, parce qu'ils se rattachent à l'ensemble, en vertu de cette lumineuse logique qui, dans les spectacles de la nature, marie si doucement le bleu du ciel au vert des feuillages, à l'ocre des champs, aux lignes grises ou blanches de l'horizon.

Aussi tous les genres de littérature et toutes les formes se sont-elles pressées sous sa plume, dont la fertilité confond parce qu'elle n'exclut ni l'exactitude, ni l'observation, ni les travaux nocturnes d'un style plein de grâces raciniennes. L'esprit s'étonne de la concentration de tant de qualités, car M. Aussi est-il grand paysagiste. Il possède également au plus haut degré le style épistolaire. En quel auteur rencontrera-t-on des lettres compa- rables à celles de Louis Lambert, de la Femme abandonnée, de madame Jules, à.

Aussi nul mot n'avait-il encore reçu une extension plus vaste que celui de romans ou celui de nouvelles, sous lequel on a mêlé, rapetisse ses nombreuses compositions. Mais qu'on ne s'y trompe pas!

A travers toutes les fon- dations qui se croisent ça et là dans un désordre apparent, les yeux intelligents sauront comme nous reconnaître cette grande histoire de l'homme et de la société que nous prépare M. Un grand pas a été fait dernièrement. En voyant reparaître dans le Père Goriot quelques-uns des personnages déjà créés, le public a compris l'une des plus hardies intentions de l'auteur, celle de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être encore, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés.

Dans les trois séries dont se compose la publication actuelle, l'auteur n'a-t-il pas déjà bien accompli les conditions du vaste programme que nous venons d'expli- quer? Étudions un peu les parties de l'édifice qui sont debout; pénétrons sous ces galeries ébauchées, sous ces voûtes demi-couvertes qui plus tard rendront des sons graves; examinons ces ciselures qu'un patient burin a empreintes de jeunesse, ces figures pleines de vie et qui laissent deviner tant de choses sous leurs visages frêles en apparence.

Dans le Bal de Sceaux, nous voyons poindre le premier mécompte, la première erreur, le premier deuil secret de cet âge qui succède à l'adolescence. Cette scène offre une physionomie franchement accusée et qui exprime une des individualités les plus caractéristiques de l'époque. M- de Fontaine, ce Vendéen sévère et loyal que Louis XVIII s'amuse à séduire, représente admirablement cette portion du parti royaliste qui se résignait à être de son époque en s'étalant au budget. Cette scène apprend toute la Restauration, dont l'auteur donne un croquis à la fois plein de bonhomie, de sens et de malice.

Dans ces deux scènes, l'enseignement est également moral et sévère. Mademoiselle Emilie de Fontaine et mademoiselle Guillaume sont toutes deux malheureuses pour avoir méconnu l'expérience paternelle, l'une en fuyant une mésalliance aristocratique, l'autre en ignorant les convenances do l'esprit.

Ainsi que l'orgueil, la poésie a sa victime aussi. Le refroidissement suc- cessif de l'àmc du poète, son étonnement, son dépit en reconnaissant qu'il s'est. Ce drame se voit chaque jour dans notre société, si maladroitement organisée où l'éducation des femmes est si puérile, où le sentiment de l'art est une chose tout exceptionnelle.

Dans la Vendetta, l'auteur poursuit son large enseignement, tout en continuant la jolie fresque des Scènes de la Vie privée. Rien de plus gracieux que la peinture de l'atelier de M. Servin; mais aussi rien de plus terrible que la lutte de Ginevra et de son père. Cette étude est une des plus magnifiques et des plus poignantes. Quelle richesse dans ce contraste de deux volontés également puissantes, acharnées à rendre leur malheur complet!

Le père est comptable à Dieu de ce malheur. Ne l'a-t-il pas causé par la funeste éducation donnée à sa fille, dont il a trop développé la force? La fille est coupable de désobéissance, quoique la loi soit pour elle. Ici, l'auteur a montré qu'un enfant avait tort de se marier en faisant les actes respectueux prescrits par le Code. En vérité, quand on parcourt ces premières compositions de M. La critique, sous peine d'être stupide, peut-elle oublier la première loi de la littérature, ignorer la nécessité des contrastes?

Si l'auteur est tenu de peindre le vice, et il le peint poétiquement pour le faire accepter, s'il le met au ton général de ses tableaux, doit-on en tirer les conséquences injustes que certaines feuilles répètent aujourd'hui à l'unisson? Est-il loyal d'isoler quelques parties de l'ensemble, et de porter ensuite sur l'auteur un de ces jugements spécieux qui n'abuseront jamais les gens de bonne foi?

Il doit, sous peine d'inexactitude et de mensonge, dire tout ce qui est, montrer tout ce qu'il voit. Si tout est vrai, ce n'est pas l'ouvrage qui peut être immoral. La Fleur-des-pois, que l'auteur doit publier incessamment, est encore une histoire vraie, jumelle d'Eugénie Grandet. Là, le cadre est la province. Mademoiselle Cor- mon, cette fille qui se marie à quarante ans avec un fat, ses malheurs, l'avenir de ses enfants, composent un drame aussi terrible par ce que l'auteur dit, que par ce qu'il tait.

Ce sera le second chant d'un poëme commencé dans Eugénie Grandet, et. Mais à cette fleur odorante et fine nous devons laisser et l'exquise fraîcheur de son arôme, et son velouté. La Pair du Ménage est un joli croquis, une vue de l'Empire, un conseil donné aux femmes d'être indul- gentes pour les erreurs de leur mari. Cette scène est la plus faible de toutes et se ressent de la petitesse du cadre primitivement adopte.

Si l'auteur l'a laissée, peut- être a-t-il cru nécessaire de plaire à tous les esprits, à ceux qui aiment les tableaux de chevalet, comme à ceux qui se passionnent pour île grandes toiles. Une des créations les plus profondément étudiées de M. Quelques-uns ont cru, d'autres ont répété que les travaux de Balthàzar Claes aboutissaient à la recherche de la pierre philosophale: Certes, si les critiques avaient lu avec quelque attention ce livre, qui en mérite beaucoup, ils auraient vu que le sublime Flamand est aussi supérieur aux anciens ou nouveaux alchimistes que les naturalistes de notre époque le sont à ceux du moyen âge.

Si l'on disait à un romancier, à un poète et le poëte, pour être complet, doit être le centre intelligent de toute chose, il doit résumer en lui les lumineuses synthèses de toutes les connaissances humaines , si l'on disait à un homme d'ima- gination, au moment où il aborde un sujet qui touche à ce que les sciences phj si- ques ont de plus élevé: Cette conquête difficile, M.

Si l 'ana- lyse est aux savants, l'intuition est auxpoëtes. On a quelquefois reproché de l'exa- gération à M. Les critiques ont trouvé quelque chose de trop idéal dans les quatre individualités de ce roman: Existe-t-il ensuite des âmes aussi loyales, aussi candides que celle de l'amant de Marguerite, des bossues aussi séduisantes, aussi.

La mission de l'artiste est aussi de créer de grands types, et d'élever le beau jusqu'à l'idéal. Non moins que les études dont nous venons de parler, la Recherche de l'absolu est une protestation éloquente contre le reproche d'immoralité adressé à l'auteur, et sur lequel nous insistons obstinément parce que, depuis quelque temps, les critiques s'entendent pour res- sasser cette banalité convenue.

Quelques personnes ont regretté que les scènes réunies tout récemment sous le titre commun de Même histoire, n'aient entre elles d'autre lien qu'une pensée philosophique.

Quoique l'auteur ait suffisamment expli- qué ses intentions dans la préface, nous partageons ce regret à quelques égards.

Le Rendez-vous est un de ces sujets impossibles dont lui seul pouvait se charger, et dans lequel il a été poëte au plus haut degré. Si l'influence de la pensée et des sentiments a été démontrée, n'est-ce pas dans la peinture de ce ravissant paysage de Touraine, vu par Julie d'Aiglemont, à deux reprises différentes? Jamais aucun auteur n'avait osé plonger son scalpel dans le sentiment de la maternité.

La Femme de trente ans n'a plus rien de commun avec la mère que la soif du bonheur, que l'égoïsme et ce je ne sais quel arrêt porté sur le monde ont tuée à Saint-Lange.

Quelle adresse d'avoir entouré ce désespoir des lignes sombres et jaunes d'un paysage du Gàtinais! Cette transition est un poëme empreint d'une horrible mélancolie. Ceux qui deman- dent de la morale à l'auteur peuvent relire ce nouveau quatrième volume des Scènes de la Vie privée, ils se tairont.

A la tête des Scènes de la Vie de province se place Eugénie Grandet. Il ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu oppor-. Eugénie Grandet a imprime le cachet à la révolution que M. Là s'est accomplie la conquête de la vérité absolue dans l'art; là est le drame appliqué aux choses les plus simples de la vie privée.

Cette lutte sourde, tortueuse des petits intérêts de deux prêtres, intéresse tout autant que les conflits les plus pathétiques de passions ou d'empires. C'est là le grand secret de M. Le critique dont nous avons déjà parlé faisait allusion sans doute à cette face de son talent en disant: Il a une multitude de remarques rapides sur les vieilles filles, les vieilles femmes étiolées et malades, les amantes sacrifiées et dévouées, les célibataires, les avares.

On se demande où il a pu. Les Allemands et les Anglais, déjà si excellents dans ce genre, ont été complètement surpassés par M. Ces trois individualités qui font un type unique, réalisent, non pas l'idéal de la vertu, M. L'Illustre Gaudissart est un portrait un peu chargé du commis voyageur, physionomie si essentiellement de notre époque, et qui, comme le dit l'auteur, relie à tout moment la province et Paris.

Ces figures accessoires, qui touchent à la caricature, prouvent avec quel soin M. Ne nous doit-il pas la caricature comme le type, l'individualité comme l'idéal?

La Grande Bretèche est une des plus fines esquisses de la vie de province. Le personnage de madame de Mère tient au système qui nous a valu madame de Beauséant et madame de Langeais. Ce drame est le plus terrible de tous ceux qu'a inventés l'auteur; il doit troubler le sommeil des femmes. Les Scènes de la Vie de province sont terminées par le Cabinet des antiques, fragment d'histoire générale, et Illusions perdues. Cette livraison étant entièrement inédite, nous respecterons les intérêts du libraire, en laissant appré- cier au lecteur comment M.

Aujourd'hui, malheu- reusement pour l'art, il est impossible de dégager la plus consciencieuse entreprise littéraire de la question pécuniaire qui étrangle la librairie et gêne ses rapports avec la jeune littérature.

Les capitaux exigent des ouvrages tout faits, comme cet am- bassadeur anglais voulait acheter l'amour. La Femme vertueuse ouvre les Scènes de la Vie parisienne. Sa pré- tendue Femme vertueuse n'est qu'une prude revèche, intolérante et glaciale. Changez le titre, cette étude sera parfaite. Il n'y a pas moins do vérité dans le por- trait de la femme illégitime que dans celui de l'épouse fanatiquement orthodoxe. La veuve Crochard, mère de Caroline de Bellefeuille, est une des créations les plus extraordinaires de l'auteur.

Madame Crochard vend presque sa fille, tandis que Goriot est purement heureux du bonheur de la sienne. Pourquoi donc a-t-on admis la veuve Crochard, et blâmé Goriot? Paris respire tout entier dans cette scène où abondent les personnages et les intérieurs, celui de la maison rue du Tourniquet, celui du magistrat au Marais, et celui de la rue Teinture à Bayeux. La mort de la veuve Crochard est un. La Bourse est une de ces compositions attendrissantes et pures auxquelles excelle M.

Le vieil émigré suivi de son ombre, Adélaïde de Bouville et sa mère, sont des figures où le talent de M. Ce tableau fait un contraste prodigieux entre la Femme vertueuse et le Papa Gobseck. En lisant Gobseck on est frappé de cette profondeur qui permet à M. Là paraissent, pour la pre- mière fois, ces trois personnages,.

Là commence égale- ment le personnage de Derville, l'avoué du comte Chabert. L'Histoire de madame Diard est un de ces morceaux qui doivent faire rêver aussi bien les hommes que les femmes. Cette seconde par- tie des Marana, l'Histoire de madame Diard, esl bien supérieure comme idées à la première, qui se recommande par le mouvement et les image-; il semble que M.

Le dénoûment, si bien préparé, est un des plus beaux de l'auteur, qui en compte tant de parfaits, qu'il a conquis le droit de finir ses drames à la façon de Molière. Toutes les qualités de M. La mystérieuse union des Treize et le pouvoir gigantesque qu'elle leur assure au milieu d'une société sans liens, sans principes, sans homogénéité, réalise tout ce qu'il est permis à notre époque de comprendre et d'accepter de fantastique.

Bien isissant comme le contraste des chastes amours de monsieur et de madame Jules et de la ténébreuse et effrayante physionomie de Ferragus. Le terrible ne joue pas un moindre Pôle dans le deuxième épisode qui a pour titre: Madame de Langeais acceptant le cloître comme le seul iment possible de sa passion trompée, est un ressouvenir de mademoiselle de Montpensier, de la duchesse de la Vallière et des grandes figures féminines d'au- trefois.

Dans la Fille an. Il y a, dans la Fille aux ijeuxd'or, un boudoir vraiment féerique, mais décrit avec une telle exactitude, que, pour le peindre ainsi, l'auteur a dû l'avoir sous les yeux.

Quoique vrai au fond, le carac- tère de Henry de Marsayesi exalté au delà du réel. Aussi comprenons-nous la boutade légèrement impertinente que cette pudique levée de boucliers a suscitée tout récemment en lui, et qui nous a valu la spirituelle préface du Père Goriot.

Le Lys dans la vallée, où M. La manière dont ce drame est conduit prouve avec quel éclat M. Il ne peut apporter un jour à la scène que le surplus des forces exorbitantes qui font de lui le plus rude athlète de notre littérature, mais aussi le plus inoffensif des écrivains.

Au lieu de crier sur les toits: Chez beaucoup, en effet, une nature de convention succédait au faux convenu des classiques. Complètement étranger à tout ce qui était coterie, convention, système, M. En la recomposant par ce chaud galvanisme, par ces injections enchantées qui rendent la vie aux corps, il nous l'a montrée frémissant d'une animation nouvelle qui nous étonne et nous charme.

Cette science n'excluait pas l'imagination. Aussi, loin qu'elle ait manqué à cette patiente élaboration, y a-t-elle déployé sa plus grande puissance: Ses premières conquêtes nous répondent de celles de l'avenir. Imprimé pour la première fois, avec sa date, dans le Messager du 25 août au 23 sep- tembre , ce roman parut ensuite, avec sa dédicace datée de Paris,.

Béchet et chez Werdet, Les Célibataires le curé de Tours. Les Trois Vengeances la Grande Bretèche. Illusions perdues première partie, les Deux Poètes. Les Célibataires le Curé de Toursi. La Grande Bretèche ouïes Trois Vengeances. Il faut y ajouter Eugénie Grandet, un volume in, chez le même éditeur, Le Curé de Tours.

Un Ménage de garçon en province les Deux Frères. Les Parisiens en province, 1. La Muse du département Dinah Piédefer. Le Lys dans la vallée. Le testament du docteur. Les terribles malices de la. Eugénie Grandet, daté de Paris, septembre Ce roman parut inédit, sauf le début, avec préface datée de septembre is: Il était alors divisé en sept chapitres dont voici les titres, et dont le premier avait paru dans l'Europe littéraire du 1!

L'auteur ayant gagné son procès contre la Revue de Paris, ne lui livra pas la fin de l'ouvrage qui parut inédite, dans ces volumes. Il était alors divisé comme suit:. Les divisions ont aussi disparu aujourd'hui, sauf l'envoi et la réponse. La Revue de Paris avait publié seulement la première préface, l'envoi, le premier cha- pitre et la moitié environ du second, partie qui se termine avec la ligne 35 de la page de l'édition définitive.

En , Balzac écrivit une autre préface datée des Jardies, juin , pour l'édition in de cet ouvrage parue chez Charpentier voir tome XXII, page , et enleva celles qu'il avait écrites d'abord.

Nous allons donner ici le curieux article que publia la Revue de Paris en juin lorsque le Lys dans la vallée eut paru complet en volume; on se rappelle que la Revue avait perdu le procès qu'elle avait intenté à M.

Elle compose à peu près un petit volume assez mal imprimé, et qui ne vous coûtera que quinze francs; mais vous êtesentêtéeel volontaire comme un joli enfant de viimt a ns. Quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Mais la Revue j pense-t-elle, monsieur! Vous aurez bon gré, mal gré, la fin du Lys dans la vallée, non pas écrite par M.

Fuyez les jeunes femmes. La femme de cinquante ans fera tout pour vous; la femme de vingt ans rien: Raillez les jeunes femmes.

Elles vous dévoreront, Bans scrupule, votre temps Je m arrête, je ne vous en dis pas plus long, je craindrais trop votre désespoir de jeune femme. Félix s'en va donc à Paris, où il arrive, à pou près dans le même temps qui; Louis M III quittait sa capitale d'un jour; lé 20 mars était proche.

Quand Félix fut couché, il fut travaillé par des idées folles produites par une tourbillonnante agitation des sens. Le lendemain, il fallut partir; madame de Mortsauf appuya sa tête alanguie sur l'épaule de Félix, et Félix retourna à Paris.

Remarquez la galanterie de M. Il ne donne qu'une voix d'argent au roi lui-même, pendant qu'il gratifie madame de Mortsauf d'une voix d'or! Six mois après, le roi donne un congé à Félix, et ce jour-là il lui dit de sa voix d'argent: Félix vola comme une hirondelle en Touraine. Il paraît que les hirondelles volent plus vite en Touraine qu'à Paris. Cette fois, il était très-heureux, non-seule- ment d'être un peu moins niais, mais encore dans l'appareil d'un jeune homme élégant.

Bien plus, les hui- liers l'avaient si mal arrangé, que M. Boutons blancs rougis, diable! Félix est obligé d'emprunter une chemise à M. Voilà donc l'appareil, par excellence, d'un jeune homme élégant!

Félix de Vandenesse fut reçu à merveille par madame de Mortsauf, qui ne reconnut pas la chemise de son mari. Les façons de la fortune M. D'ailleurs, n'est-il pas l'espoir inavoué de cette femme adorable? Après le dernier bonjour, Félix de Vandenesse. Tout à coup, en apprenant que le roi appelait Félix mademoiselle de Vandenesse, madame de Mortsauf, cette femme réservée, qui ne lui donnait que le revers de sa main et non la paume, saisit la main de Félix et lu baisa en y laissant tomber une larme de joie.

Félix fut bien étonné de cette subite transposition des rôles, et j'imagine que vous êtes bien éton- née, vous aussi. Vous vous rappelez que déjà, dans la première partie de cette histoire, M. Félix est devenu l'homme élégant que vous savez. Voici le nouveau portrait de M. Colore- doncun nez ensanglanté! Mais je serai plus humain que M. Voilà en effet toute l'énigme, madame, et tout" l'histoire du Lys dans la vallée. Félix n'en juge pas comme moi. Félix va chercher à Tours M.

Origet arrive sans lancette; Félix retourne à Azay, par un temps affreux, chercher la lancette de M. Vandenesse trouva donc le monde parfait pour lui. Ce fut, parmi les plus belles femmes de cette époque, à qui se ferait, aimer de ce jeune homme, avec ou sans public.

Félix plut surtout à une de ces illustres ladies, qui sont à demi souveraines souveraines de qui? Et voilà pourtant à quelles fins la Revue a plaidé avec lui! Félix succomba; il ne fut plus mademoiselle Félix de Vandenesse. Où êtes-vous, Cathoset Madelon? Aucun cheval ne r siste à son poignet nerveux. Ce qui veut dire, je crois, que cette dame de feu prenait souvent des bains à domicile.

Avez-vous jamais rencontré quelque part plus de mots creux et plus horriblement accouplés? Et tout cela pour vous dire que, dans la maison de cette dame, M. Félix de Vandenesse avait trouvé les meubles les mieux faits, les tapis les plus doux, et le thé le plus excellent qu'il eût pris de sa vie; en un mot, qu'il était tombé en même temps dans le confort anglais et dans les bras de cette Anglaise!

Il n'était pas besoin de tant se tortiller l'imagination pour nous vanter les délices de cette opulente maison. Vous vous souvenez d'ailleurs, madame, que déjà, dans sa pre- mière jeunesse, M. Félix de Vandenesse célébrait avec la plus vive émotion les célèbres rillettes et rillons de Tours, et, comme l'eau lui venait à la bouche quand il voyait ses camarades se pourlécher en vantant les rillons, ces résidus de porc sautés dans sa graisse, pendant que, lui, il n'avait dans son panier que des fromages d'Olivet ou des fruits secs.

Vous vous rappelez encore, plus tard, quand le jeune homme fut au collège, quelles luttes furibondes M. Félix eut à soutenir contre les blandices de la buvette. Déjeuner avec une tasse de café au lait était un goût aris- tocratique. Eh bien, les juges de M. Soyons-lui plus favorables, madame, et en faveur des célèbres rillons et rillettes qu'il n'a pas mangés, et du café aristocratique qu'il a bu à crédit chez le concierge de sa pension, pardonnons- lui ses transports incroyables pour le thé savamment déplié et versé à l'heure dite, de sa lady Arabelle.

Je poursuis notre récit. Félix ne put pas résister bien longtemps à une femme qui bonifiait 'ainsi les moindres parcelles de la matérialité, qui brossait ainsi le mur des caves, et qui faisait de si bon thé. De là cette lutte que nous éprouvons tous entre une destinée future, que nous pressentons, et les souvenirs de nos instincts antérieurs, dont nous ne sommes pas entièrement détachés les célèbres rillons et rillettes! Félix fut arrêté net par madame de Mortsauf.

Vous rappelez-vous, madame, le retour de J. Balzac fait toujours la même phrase sous le même noyer. Ce qui fait faire à notre héros la réflexion suivante: Balzac est très-conséquent avee lui-même. Rappelez-vous en effet que madame de Mortsauf attire à elle les moindres parcelles humides; et voilà pourquoi M. Balzac la compare à une inondation. En vérité, madame de Mortsauf se venge cruellement des infidélités corporelles de M. Le domestique de M.

Elle aurait dû se rappeler le proverbe aussi célèbre que les célèbres rillons et rillettes: Qui trop embrasse, mal étreint. Mais quand elle tint son amant, que de sarcasmes lady Arabelle lança contre sa rivale! Ainsi cette Anglaise brosse sa cave et brosse les squelettes! Vpivs celte nuit si volcaniquement foudroyante et musicale, M. Félix quitte la maitresse de son corps pour aller déjeuner chez la maîtresse de son âme.

Or, voici quelques-uns des ré- sultats de son observation:. Les Anglaises sont ainsi. De ce jour, le thé ne parut plus aussi bi.

Voilà pourtant où conduisent les mariages morganatiques et le laisser-voir de imites les heures et de tous les jours! Et il repartit pour Clochegourde. On peut dire que tout ce roman se passe par monts et par val: Ses tempes creuses, ses joues rentrées, montraient les formes intérieures du visage, et le sourire que formaient ses lèvres blanches ressemblait vaguement au ricanement de la mort. Cette scène déplorable ne finit pas. Ils me parlent de paradis!

A la fin, son délire s'apaise; elle meurt. Ne vous ai-je pas dit que j'étais jalouse, mais jalouse à mourir. Quand je me suis levée si fière, j'ignorais une sensation pour laquelle je ne sais de mol dan- aucune langue, car les enfants n'ont pas encore trouvé des paroles pour exprimer le mariage de la lumière et de leurs yeux, ni le baiser de la vie sur leurs lèvres.

Que doivent être les plaisirs? Quant à Madeleine, elle se mariera. Puissiez-vous un jour lui plaire; elle est toute moi-même, et de plus elle est forte.

Or, madame, après la lecture de cette lettre, qui est tendre, bien que bour- souflée; après cette mort de madame de Mortsauf, qui est une mort douloureuse, malgré 'es ridicules exagérations sentimentales! D'abord, il a voulu se faire trappiste. A peine a-t-il lu cette dernière lettre île madame de Mortsauf, que M.

Et, en effet, le voilà qui dit à ine, Madeleine toute couverte du deuil de sa mère! Cette fois pourtant, après cet affront cruel, après avoir perdu cette seconde femme et Clochegourde, c'était bien le cas de se faire trappiste.

Il va vous le dire lui-même, car, pour moi, je n'oserais. Oui, madame, après avoir enlevé la mère, après avoir été chassé par la fille, M.

Félix de Vandenesse retourne machinalement chez lady Dudley, la femme qui a fait mourir à petit feu ce pauvre Lys! Mais voilà bien une autre aventure! Entré dans cette maison où il croyait retrouver tout simplement ses habitudes conjugales, M. Félix perdait deux femmes à Clochegourde, il en perdait une autre à Paris, et quelle autre? Vous vous rappelez que le Lys dans la vallée est une histoire manuscrite adressée par M.

Félix de Vandenesse à une belle dame, madame la comtesse Katalie de Manerville. Félix de Vandc- uesse, qui aime madame de Manerville en quatrième et dernier ressort, espère se faire aimer d'elle, en lui racontant toutes les traversées do ses amours. A quoi madame la comtesse de Manerville.

Vous avez manqué de tact envers moi pourquoi pas de flair? J'avoue mes imper- fections. Félix de Vandenesse reste donc veuf de quatre femmes plus belles les unes que les autres.

Où est la moralité de l'histoire, le savez-vous? Mais, moi, je ne me suis chargé que de vous raconter la fin des pâtiments de M. Pierre lie, daté de aovembre Dédié à mademoiselle Anna de Hanska aujourd'hui la comtesse Georges Mnizeck , dédicace datée d'abord desJardies, novembre Le Curé de Tours, daté de Saint-Firmin, avril Dédié à David, statuaire.

En daté , il reparut sous le même titre dans le tome It de la première édition des Scènes de la Vie de province. Il entra en , augmenté de sa dédicace et de sa date, dans le tome II de la troisième édition des mêmes Scènes première édition de la Comédie humaine, tome VI , sous le titre de: La Rabouilleuse, daté de Paris, novembre 18Zi2. Dédié à Charles Nodier. Ces deux versions étaient divisées comme suit:. Horrible et vulgaire histoire.

Dédié à la duchesse de Castries. Ce récit parut pour la première fois, inédit et daté, dans le tome il de la première édition des Scènes de I" Vie de province, daté L83û. Il a pris pour la première fois, avec la Muse du département le titre collectif de: La dédicace y parut aussi pour la première fois. Les Parisiens en province. Dédié au comte Ferdinand de Gramont. Les deux pre- miers volumes portaient le titre actuel, et les deux derniers celui de Rosalie.

Dans le Messager, cet ouvrage était divisé en chapitres dont voici les titres, enlevés depuis:. Cel ouvrage, dont la première idée se trouve, comme non- l'avons déjà dit, dans l'une des versions de la Grande BreU che, contient plu- sieurs fragments déjà publiés ailleurs; celui qui a pour sujet: Fragments d'un roman publié sous l'Empire par un auteur inconnu, dans les Causeries du monde, recueil dirigé par madame So- phie Gay, mère de madame Emile de Girardin; nous donnerons pins loin les fragments non recueillis de cet article.

La Femme de province, publiée pour la première fois dans le tome i de la Province desFran-. Enfin, le Grand d'Espagne, et Y Histoire du chevalier de Beauvoir extraite d 1 'une Conversation, entre onze heures et minuit , qui avaient reparu déjà dans laGraude Bretèche, ou les Trois Vengeances, éditions de et de , en ont été retirés pour reparaître ici voir plus haut, Autre Étude de femme. Dans la Muse du département, tous les titres de ces différents emprunts sont enlevés, et, lors de sa première publication dans le Messager, la note suivante du directeur, relative à une partie d'entre eux et se rapportant à la ligne 35, p.

En toujours, la Muse du département entra, non datée, comme seconde partie des Parisiens en province, dans le tome II de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie de province première édition de la Comédie humaine, tome VI. Dans la première édition de la Comédie humaine, Balzac avait placé cette note à propos du prénom deTobie donné alors à Silas Piédefer, ligne 27, page Au lieu de Tobie Piédefer, lisez Silas Piédefer.

On peut pardonner à l'auteur de s'être rappelé trop tard que les calvinistes n'admettent pas le livre de Tobie dans les Saintes Écritures. C'était une méditation sans substance et sans but, espèce de voyage fait dans un labyrinthe ténébreux où l'esprit ne pouvait rien apercevoir, où l'imagination marchait en aveugle qui n'a plus de bâton.

Alors, l'âme est comme un orgue dont le musicien jouerait à vide parce que le souffleur s'est endormi; les cordes touchées ae résonnent point 1. Au milieu de ce néant, j'étais physiquement récréé par le lointain murmure de Paris, et par le frissonnement des bûches humides qui criaient dans mon foyer solitaire. Quand je suis heureux je ne les retrouve plus. Le bonheur est une chimère jalouse, elle tue toutes les autres-. Alors, j'aurais donné volontiers au diable dix heures à prendre sur mon éternité bien heureuse pour pouvoir lire quelque livre gai, le Poëtne ilu bonheur, par feu Marchangy, ou quelques mauvais articles faits par un camarade; lorsque, soudain, sur la ligne droite, tracée par la tranche du paquet, j'aperçois le titre cou- rant d'un livre, jadis jeté dans les gémonies littéraires, livre battu, pulvérisé par le pilon, réduit en bouillie, devenu carton, et qui peut-être a servi au bonheur de quelque joueur sous forme d'as de pique, ou à celui de quelque, lady snus figure de boite a pains à cacheter.

Je lus avidement ces mots imprimés en petites capi- tal'-: Malheureusement, cet incident n'est pas nouveau. Sterne a trouvé l'histoire du petit notaire sur le papier dans lequel sa fruitière lui avait envoyé du beurre. Avant- hier, un de mes amis a rencontré le conte le plus bouffon sur une vieille feuille d'un vieux livre latin dans laquelle un quincaillier lui avait envoyé des clous.

Certes, amis et, ennemis, si je parle de cette maculature me jetteront au nez la bio- graphie du chat Muit entremêlée des feuilles où l'incompréhensible Hoffmann a. Juron de mon maître d'écriture! Depuis que je me suis avancé dans la vie, j'ai iron dans la bouche de tous les maîtres d'écriture. Frappé do cette similitude, en ma qualité d'observateur, j'en ai cherché la raison.

Je ne sais si vous parcourerez, avec autant de bonheur que je l'ai fait, les cam- pagnes pittoresques de la nature littéraire, et si vous composerez avant la lecture des fragments que je transcris ici, la préface dont je me suis donné le divertisset ment. Olympia, ou les Vengeances romaines! A quelle époque vivait cette Olympia? Était-ce sous les Tarquins, sous la République, sous les Césars? Est-ce du temps des papes? Puis est-ce une femme?

Sera-ce une nuit de sang ou de plaisir? Il y a peut-être des coups de poignard et de l'amour tout ensemble! Mais c'est un roman de l'Empire! Peut-être n'y aura-t-il rien du tout. Après une demi-heure de rêveries, j'avais fait mon Olympia. C'était une ravis- sante courtisane qui chaussait souvent la tiare, vendait toujours des barrettes, cotait les péchés, entretenait sa table avec les dispenses de mariages, et nourrissait ses chevaux avec les parties casuelles.

C'était du xvi e siècle tout pur, et, j'ou- bliais que, sous l'Empire, les bibliophiles étaient au lycée occupés à fonder leur moyen âge. Alors, par une dernière réflexion, je fis d'Olympia la cause innocente de l'assassinat du citoyen Duphot.

Olympia était une duchesse romaine, duchesse comme Torlonia, le marchand de rubans, est duc; duchesse par la grâce du pape, comme le roi était roi par la grâce de Dieu!.. Voici l'ordre dans lequel je lus les macula- turcs:. Ici se place le fragment inséré dans la Muse du département; cette réflexion seulement a été enlevée:. Aristide était le précurseur de Socrate, Socrate celui de Jésus-Christ, Jésus-Christ l'éternel symbole des anges terrestres persécutés.

Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doil parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière. Ce n'esl pas Ici le lieu de von- amuser par la description de ces charmantes distinctions avec les- quelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plume- au veut et de regards perdus, de joie indiscrète el de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts i I de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelle- anciennes sur déjeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijou- teries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d'autres irm res d'art.

La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s'abat sur -"H château pour habiter sa terre pendant sept mois, n'esl pas une femme de pro- vince. Est-elle une femme de province, l'épousedecel omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept an-, depuis que les ministères constitutionnels onl inventé le Longchamps de- préfectures?

La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre puni- tracer ce caractère. Ici, l'encre devrait devenir blême; ici, le bec affilé des plumes ironiques devrail s'émousser.

Pour parler de cet objet de pitié, l'auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de s,i plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes el languissantes, de rafraîchir les vieux fends de magasin' que cette femme impose a sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles leurs i artificieuses qu'artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires ,]ont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des.

Presque toujours le masque est contracté. La femme de province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.

La femme de province est dans un état constant de flagrante infériorité. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province. Il en est une autre plus corrosive encore: Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses nulle douleurs légales dans mille félicités illégales. Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres avant de passer par la fenêtre.

Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu. Madame Goquelin, que vous avez nommé. Ceci n'est pas de l'innocence, mais de l'ignorance. Vous la dédaignez, elle vus aime; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime; elle ne comprend rien à ce que l'on a si ingénieusement nommé le français, l'art de l'aire comprendre ce qui ne doit pas se dire.

On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toute- ces petites choses, quelle force d'inertie elles ont, et combien tout est d'accord: Dans la toilette d'une femme de province, l'utile a toujours le pas sur l'agréable.

Chacun connaîtla fortune du voi- sin, l'extérieur ne signifie plus rien. Puis, comme le disent les sages, on s'est habitué les uns aux autres, et la toi- lette d. Ce serait un beau spectacle que l'Europe en capuchon et en masque, avec deux petits trous ronds au-devant des yeux! Pense-t-on de bonne foi que Dieu préfère cet accoutrement à un justaucorps? Il y a bien plus: On sait assez ce qu'il en a coûté depuis que les chrétiens disputent sur le dogme: Bornons-nous ici aux guerres et aux horreurs que les querelles de la Réforme ont excitées, et voyons quelle en a été la source en France.

Peut-être un tableau raccourci et fidèle de tant de calamités ouvrira les yeux de quelques personnes peu instruites, et touchera des coeurs bien faits. Lorsqu'à la renaissance des lettres les esprits commencèrent à s'éclairer, on se plaignit généralement des abus; tout le monde avoue que cette plainte était légitime. Le pape Alexandre VI avait acheté publiquement la tiare, et ses cinq bâtards en partageaient les avantages.

Son fils, le cardinal duc de Borgia, fit périr, de concert avec le pape son père, les Vitelli, les Urbino, les Gravina, les Oliveretto, et cent autres seigneurs, pour ravir leurs domaines. Jules II, animé du même esprit, excommunia Louis XII, donna son royaume au premier occupant; et lui-même, le casque en tête et la cuirasse sur le dos, mit à feu et à sang une partie de l'Italie.

Léon X, pour payer ses plaisirs, trafiqua des indulgences comme on vend des denrées dans un marché public. Ceux qui s'élevèrent contre tant de brigandages n'avaient du moins aucun tort dans la morale. Voyons s'ils en avaient contre nous dans la politique. Ils disaient que Jésus-Christ n'ayant jamais exigé d'annates ni de réserves, ni vendu des dispenses pour ce monde et des indulgences pour l'autre, on pouvait se dispenser de payer à un prince étranger le prix de toutes ces choses.

Quand les annates, les procès en cour de Rome, et les dispenses qui subsistent encore aujourd'hui, ne nous coûteraient que cinq cent mille francs par an, il est clair que nous avons payé depuis François Ier, en deux cent cinquante années, cent vingt-cinq millions; et en évaluant les différents prix du marc d'argent, cette somme en compose une d'environ deux cent cinquante millions d'aujourd'hui.

On peut donc convenir sans blasphème que les hérétiques, en proposant l'abolition de ces impôts singuliers dont la postérité s'étonnera, ne faisaient pas en cela un grand mal au royaume, et qu'ils étaient plutôt bons calculateurs que mauvais sujets.

Ajoutons qu'ils étaient les seuls qui sussent la langue grecque, et qui connussent l'Antiquité. Ne dissimulons point que, malgré leurs erreurs, nous leur devons le développement de l'esprit humain, longtemps enseveli dans la plus épaisse barbarie. Mais comme ils niaient le purgatoire, dont on ne doit pas douter, et qui d'ailleurs rapportait beaucoup aux moines; comme ils ne révéraient pas des reliques qu'on doit révérer, mais qui rapportaient encore davantage; enfin comme ils attaquaient des dogmes très respectés Note 7 , on ne leur répondit d'abord qu'en les faisant brûler.

Le roi, qui les protégeait et les soudoyait en Allemagne, marcha dans Paris à la tête d'une procession après laquelle on exécuta plusieurs de ces malheureux; et voici quelle fut cette exécution. On les suspendait au bout d'une longue poutre qui jouait en bascule sur un arbre debout; un grand feu était allumé sous eux, on les y plongeait, et on les relevait alternativement: Peu de temps avant la mort de François Ier, quelques membres du parlement de Provence, animés par des ecclésiastiques contre les habitants de Mérindol et de Cabrières, demandèrent au roi des troupes pour appuyer l'exécution de dix-neuf personnes de ce pays condamnées par eux; ils en firent égorger six mille, sans pardonner ni au sexe, ni à la vieillesse, ni à l'enfance; ils réduisirent trente bourgs en cendres.

Ces peuples, jusqu'alors inconnus, avaient tort, sans doute, d'être nés Vaudois; c'était leur seule iniquité.

Ils étaient établis depuis trois cents ans dans des déserts et sur des montagnes qu'ils avaient rendus fertiles par un travail incroyable. Leur vie pastorale et tranquille retraçait l'innocence attribuée aux premiers âges du monde. Les villes voisines n'étaient connues d'eux que par le trafic des fruits qu'ils allaient vendre, ils ignoraient les procès et la guerre; ils ne se défendirent pas: Après la mort de François Ier, prince plus connu cependant par ses galanteries et par ses malheurs que par ses cruautés, le supplice de mille hérétiques, surtout celui du conseiller au parlement Dubourg, et enfin le massacre de Vassy, armèrent les persécutés, dont la secte s'était multipliée à la lueur des bûchers et sous le fer des bourreaux; la rage succéda à la patience; ils imitèrent les cruautés de leurs ennemis: Il y a des gens qui prétendent que l'humanité, l'indulgence, et la liberté de conscience, sont des choses horribles; mais, en bonne foi, auraient-elles produit des calamités comparables?

Quelques-uns ont dit que si l'on usait d'une indulgence paternelle envers nos frères errants qui prient Dieu en mauvais français, ce serait leur mettre les armes à la main; qu'on verrait de nouvelles batailles de Jarnac, de Moncontour, de Coutras, de Dreux, de Saint-Denis, etc.: Les huguenots, sans doute, ont été enivrés de fanatisme et souillés de sang comme nous; mais la génération présente est-elle aussi barbare que leurs pères?

Le temps, la raison qui fait tant de progrès, les bons livres, la douceur de la société, n'ont-ils point pénétré chez ceux qui conduisent l'esprit de ces peuples? Le gouvernement s'est fortifié partout, tandis que les moeurs se sont adoucies. La police générale, soutenue d'armées nombreuses toujours existantes, ne permet pas d'ailleurs de craindre le retour de ces temps anarchiques, où des paysans calvinistes combattaient des paysans catholiques enrégimentés à la hâte entre les semailles et les moissons.

D'autres temps, d'autres soins. Il serait absurde de décimer aujourd'hui la Sorbonne parce qu'elle présenta requête autrefois pour faire brûler la Pucelle d'Orléans; parce qu'elle déclara Henri III déchu du droit de régner, qu'elle l'excommunia, qu'elle proscrivit le grand Henri IV. On ne recherchera pas sans doute les autres corps du royaume, qui commirent les mêmes excès dans ces temps de frénésie: Irons-nous saccager Rome, comme firent les troupes de Charles Quint, parce que Sixte Quint, en , accorda neuf ans d'indulgence à tous les Français qui prendraient les armes contre leur souverain?

Et n'est-ce pas assez d'empêcher Rome de se porter jamais à des excès semblables? La fureur qu'inspirent l'esprit dogmatique et l'abus de la religion chrétienne mal entendue a répandu autant de sang, a produit autant de désastres, en Allemagne, en Angleterre, et même en Hollande, qu'en France: On ne craint plus en Hollande que les disputes d'un Gomar Note 9 sur la prédestination fassent trancher la tête au grand pensionnaire.

On ne craint plus à Londres que les querelles des presbytériens et des épiscopaux, pour une liturgie et pour un surplis, répandent le sang d'un roi sur un échafaud Note L'Irlande peuplée et enrichie ne verra plus ses citoyens catholiques sacrifier à Dieu pendant deux mois ses citoyens protestants, les enterrer vivants, suspendre les mères à des gibets, attacher les filles au cou de leurs mères, et les voir expirer ensemble; ouvrir le ventre des femmes enceintes, en tirer les enfants à demi formés, et les donner à manger aux porcs et aux chiens; mettre un poignard dans la main de leurs prisonniers garrottés, et conduire leurs bras dans le sein de leurs femmes, de leurs pères, de leurs mères, de leurs filles, s'imaginant en faire mutuellement des parricides, et les damner tous en les exterminant tous.

C'est ce que rapporte Rapin-Thoiras, officier en Irlande, presque contemporain; c'est ce que rapportent toutes les annales, toutes les histoires d'Angleterre, et ce qui sans doute ne sera jamais imité. La philosophie, la seule philosophie, cette soeur de la religion, a désarmé des mains que la superstition avait si longtemps ensanglantées; et l'esprit humain, au réveil de son ivresse, s'est étonné des excès où l'avait emporté le fanatisme.

Nous-mêmes, nous avons en France une province opulente où le luthéranisme l'emporte sur le catholicisme. L'université d'Alsace est entre les mains des luthériens; ils occupent une partie des charges municipales: C'est qu'on n'y a persécuté personne. Ne cherchez point à gêner les coeurs, et tous les coeurs seront à vous.

Je ne dis pas que tous ceux qui ne sont point de la religion du prince doivent partager les places et les honneurs de ceux qui sont de la religion dominante. En Angleterre, les catholiques, regardés comme attachés au parti du prétendant, ne peuvent parvenir aux emplois: On a soupçonné quelques évêques français de penser qu'il n'est ni de leur honneur ni de leur intérêt d'avoir dans leur diocèse des calvinistes, et que c'est là le plus grand obstacle à la tolérance; je ne le puis croire.

Le corps des évêques, en France, est composé de gens de qualité qui pensent et qui agissent avec une noblesse digne de leur naissance; ils sont charitables et généreux, c'est une justice qu'on doit leur rendre; ils doivent penser que certainement leurs diocésains fugitifs ne se convertiront pas dans les pays étrangers, et que, retournés auprès de leurs pasteurs, ils pourraient être éclairés par leurs instructions et touchés par leurs exemples: Un évêque de Varmie, en Pologne, avait un anabaptiste pour fermier, et un socinien pour receveur; on lui proposa de chasser et de poursuivre l'un, parce qu'il ne croyait pas la consubstantialité, et l'autre, parce qu'il ne baptisait son fils qu'à quinze ans: Sortons de notre petite sphère, et examinons le reste de notre globe.

Le Grand Seigneur gouverne en paix vingt peuples de différentes religions; deux cent mille Grecs vivent avec sécurité dans Constantinople; le muphti même nomme et présente à l'empereur le patriarche grec; on y souffre un patriarche latin. Le sultan nomme des évêques latins pour quelques îles de la Grèce Note 11 , et voici la formule dont il se sert: Les annales turques ne font mention d'aucune révolte excitée par aucune de ces religions.

Allez dans l'Inde, dans la Perse, dans la Tartarie, vous y verrez la même tolérance et la même tranquillité. Pierre le Grand a favorisé tous les cultes dans son vaste empire; le commerce et l'agriculture y ont gagné, et le corps politique n'en a jamais souffert.

Le gouvernement de la Chine n'a jamais adopté, depuis plus de quatre mille ans qu'il est connu, que le culte des noachides, l'adoration simple d'un seul Dieu: Il est vrai que le grand empereur Young-tching, le plus sage et le plus magnanime peut-être qu'ait eu la Chine, a chassé les jésuites; mais ce n'était pas parce qu'il était intolérant, c'était, au contraire, parce que les jésuites l'étaient.

Ils rapportent eux-mêmes, dans leurs Lettres curieuses , les paroles que leur dit ce bon prince: Pouvait-il, en effet, retenir des physiciens d'Europe qui, sous le prétexte de montrer des thermomètres et des éolipyles à la cour, avaient soulevé déjà un prince du sang? Et qu'aurait dit cet empereur, s'il avait lu nos histoires, s'il avait connu nos temps de la Ligue et de la conspiration des poudres? C'en était assez pour lui d'être informé des querelles indécentes des jésuites, des dominicains, des capucins, des prêtres séculiers, envoyés du bout du monde dans ses Etats: L'empereur ne fit donc que renvoyer des perturbateurs étrangers; mais avec quelle bonté les renvoya-t-il!

Leur bannissement même fut un exemple de tolérance et d'humanité. Les Japonais Note 12 étaient les plus tolérants de tous les hommes: La religion chrétienne fut noyée enfin dans des flots de sang; les Japonais fermèrent leur empire au reste du monde, et ne nous regardèrent que comme des bêtes farouches, semblables à celles dont les Anglais ont purgé leur île.

C'est en vain que le ministre Colbert, sentant le besoin que nous avions des Japonais, qui n'ont nul besoin de nous, tenta d'établir un commerce avec leur empire: Ainsi donc notre continent entier nous prouve qu'il ne faut ni annoncer ni exercer l'intolérance. Jetez les yeux sur l'autre hémisphère; voyez la Caroline, dont le sage Locke fut le législateur: Dieu nous préserve de citer cet exemple pour engager la France à l'imiter!

Que dirons-nous des primitifs, que l'on a nommés quakers par dérision, et qui, avec des usages peut-être ridicules, ont été si vertueux et ont enseigné inutilement la paix au reste des hommes? Ils sont en Pennsylvanie au nombre de cent mille; la discorde. Enfin cette tolérance n'a jamais excité de guerre civile; l'intolérance a couvert la terre de carnage.

Qu'on juge maintenant entre ces deux rivales, entre la mère qui veut qu'on égorge son fils, et la mère qui le cède pourvu qu'il vive! Je ne parle ici que de l'intérêt des nations; et en respectant, comme je le dois, la théologie, je n'envisage dans cet article que le bien physique et moral de la société.

Je supplie tout lecteur impartial de peser ces vérités, de les rectifier, et de les étendre. Des lecteurs attentifs, qui se communiquent leurs pensées, vont toujours plus loin que l'auteur Note J'ose supposer qu'un ministre éclairé et magnanime, un prélat humain et sage, un prince qui sait que son intérêt consiste dans le grand nombre de ses sujets, et sa gloire dans leur bonheur, daigne jeter les yeux sur cet écrit informe et défectueux: Que risquerai-je à voir la terre cultivée et ornée par plus de mains laborieuses, les tributs augmentés, l'Etat plus florissant?

L'Allemagne serait un désert couvert des ossements des catholiques, évangéliques, réformés, anabaptistes, égorgés les uns par les autres, si la paix de Westphalie n'avait pas procuré enfin la liberté de conscience.

Nous avons des juifs à Bordeaux, à Metz, en Alsace; nous avons des luthériens, des molinistes, des jansénistes: Plus il y a de sectes, moins chacune est dangereuse; la multiplicité les affaiblit; toutes sont réprimées par de justes lois qui défendent les assemblées tumultueuses, les injures, les séditions, et qui sont toujours en vigueur par la force coactive. Nous savons que plusieurs chefs de famille, qui ont élevé de grandes fortunes dans les pays étrangers, sont prêts à retourner dans leur patrie; ils ne demandent que la protection de la loi naturelle, la validité de leurs mariages, la certitude de l'état de leurs enfants, le droit d'hériter de leurs pères, la franchise de leurs personnes; point de temples publics, point de droit aux charges municipales, aux dignités: Il ne s'agit plus de donner des privilèges immenses, des places de sûreté à une faction, mais de laisser vivre un peuple paisible, d'adoucir des édits autrefois peut-être nécessaires, et qui ne le sont plus.

Ce n'est pas à nous d'indiquer au ministère ce qu'il peut faire; il suffit de l'implorer pour des infortunés. Que de moyens de les rendre utiles, et d'empêcher qu'ils ne soient jamais dangereux! La prudence du ministère et du conseil, appuyée de la force, trouvera bien aisément ces moyens, que tant d'autres nations emploient si heureusement. Il y a des fanatiques encore dans la populace calviniste; mais il est constant qu'il y en a davantage dans la populace convulsionnaire.

La lie des insensés de Saint-Médard est comptée pour rien dans la nation, celle des prophètes calvinistes est anéantie. Le grand moyen de diminuer le nombre des maniaques, s'il en reste, est d'abandonner cette maladie de l'esprit au régime de la raison, qui éclaire lentement, mais infailliblement, les hommes. Cette raison est douce, elle est humaine, elle inspire l'indulgence, elle étouffe la discorde, elle affermit la vertu, elle rend aimable l'obéissance aux lois, plus encore que la force ne les maintient.

Et comptera-t-on pour rien le ridicule attaché aujourd'hui à l'enthousiasme par tous les honnêtes gens? Ce ridicule est une puissante barrière contre les extravagances de tous les sectaires. Les temps passés sont comme s'ils n'avaient jamais été. Il faut toujours partir du point où l'on est, et de celui où les nations sont parvenues. Il a été un temps où l'on se crut obligé de rendre des arrêts contre ceux qui enseignaient une doctrine contraire aux catégories d'Aristote, à l'horreur du vide, aux quiddités, et à l'universel de la part de la chose.

Nous avons en Europe plus de cent volumes de jurisprudence sur la sorcellerie, et sur la manière de distinguer les faux sorciers des véritables. L'excommunication des sauterelles et des insectes nuisibles aux moissons a été très en usage, et subsiste encore dans plusieurs rituels. L'usage est passé; on laisse en paix Aristote, les sorciers et les sauterelles. Les exemples de ces graves démences, autrefois si importantes, sont innombrables: Si quelqu'un s'avisait aujourd'hui d'être carpocratien, ou eutychéen, ou monothélite, monophysite, nestorien, manichéen, etc.

On en rirait, comme d'un homme habillé à l'antique, avec une fraise et un pourpoint. La nation commençait à entrouvrir les yeux lorsque les jésuites Le Tellier et Doucin fabriquèrent la bulle Unigenitus , qu'ils envoyèrent à Rome: Ils osèrent proscrire cette proposition, qui est d'une vérité universelle dans tous les cas et dans tous les temps: Dieu vous ordonne de ne jamais faire votre devoir, dès que vous craindrez l'injustice.

On n'a jamais heurté le sens commun plus effrontément. Les consulteurs de Rome n'y prirent pas garde. On persuada à la cour de Rome que cette bulle était nécessaire, et que la nation la désirait; elle fut signée, scellée, et envoyée: Les querelles ont été vives; la prudence et la bonté du roi les ont enfin apaisées. Il en est de même dans une grande partie des points qui divisent les protestants et nous: C'est donc ce temps de dégoût, de satiété, ou plutôt de raison, qu'on peut saisir comme une époque et un gage de la tranquillité publique.

La controverse est une maladie épidémique qui est sur sa fin, et cette peste, dont on est guéri, ne demande plus qu'un régime doux. Enfin l'intérêt de l'Etat est que des fils expatriés reviennent avec modestie dans la maison de leur père: Le droit naturel est celui que la nature indique à tous les hommes.

Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous avez cultivée par vos mains.

Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue. Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature; et le grand principe, le principe universel de l'un et de l'autre, est, dans toute la terre: On se contente à présent, dans quelques autres pays, de dire: Le droit de l'intolérance est donc absurde et barbare: Les peuples dont l'histoire nous a donné quelques faibles connaissances ont tous regardé leurs différentes religions comme des noeuds qui les unissaient tous ensemble: Il y avait une espèce de droit d'hospitalité entre les dieux comme entre les hommes.

Un étranger arrivait-il dans une ville, il commençait par adorer les dieux du pays. On ne manquait jamais de vénérer les dieux même de ses ennemis. Les Troyens adressaient des prières aux dieux qui combattaient pour les Grecs.

Alexandre alla consulter dans les déserts de la Libye le dieu Ammon, auquel les Grecs donnèrent le nom de Zeus , et les Latins, de Jupiter , quoique les uns et les autres eussent leur Jupiter et leur Zeus chez eux.

Lorsqu'on assiégeait une ville, on faisait un sacrifice et des prières aux dieux de la ville pour se les rendre favorables. Ainsi, au milieu même de la guerre, la religion réunissait les hommes, et adoucissait quelquefois leurs fureurs, si quelquefois elle leur commandait des actions inhumaines et horribles.

Je peux me tromper; mais il me paraît que de tous les anciens peuples policés, aucun n'a gêné la liberté de penser. Tous avaient une religion; mais il me semble qu'ils en usaient avec les hommes comme avec leurs dieux: Les Grecs, par exemple, quelque religieux qu'ils fussent, trouvaient bon que les épicuriens niassent la Providence et l'existence de l'âme.

Je ne parle pas des autres sectes, qui toutes blessaient les idées saines qu'on doit avoir de l'Etre créateur, et qui toutes étaient tolérées. Socrate, qui approcha le plus près de la connaissance du Créateur, en porta, dit-on, la peine, et mourut martyr de la Divinité; c'est le seul que les Grecs aient fait mourir pour ses opinions.

Si ce fut en effet la cause de sa condamnation, cela n'est pas à l'honneur de l'intolérance, puisqu'on ne punit que celui qui seul rendit gloire à Dieu, et qu'on honora tous ceux qui donnaient de la Divinité les notions les plus indignes.

Les ennemis de la tolérance ne doivent pas, à mon avis, se prévaloir de l'exemple odieux des juges de Socrate. Il est évident d'ailleurs qu'il fut la victime d'un parti furieux animé contre lui. Il s'était fait des ennemis irréconciliables des sophistes, des orateurs, des poètes, qui enseignaient dans les écoles, et même de tous les précepteurs qui avaient soin des enfants de distinction.

Il avoue lui-même, dans son discours rapporté par Platon, qu'il allait de maison en maison prouver à ces précepteurs qu'ils n'étaient que des ignorants. Cette conduite n'était pas digne de celui qu'un oracle avait déclaré le plus sage des hommes. On déchaîna contre lui un prêtre et un conseiller des Cinq-cents, qui l'accusèrent; j'avoue que je ne sais pas précisément de quoi, je ne vois que du vague dans son Apologie; on lui fait dire en général qu'on lui imputait d'inspirer aux jeunes gens des maximes contre la religion et le gouvernement.

C'est ainsi qu'en usent tous les jours les calomniateurs dans le monde; mais il faut dans un tribunal des faits avérés, des chefs d'accusation précis et circonstanciés: Le tribunal des Cinq-cents possédait donc deux cent vingt philosophes: Enfin la pluralité fut pour la ciguë; mais aussi songeons que les Athéniens, revenus à eux-mêmes, eurent les accusateurs et les juges en horreur; que Mélitus, le principal auteur de cet arrêt, fut condamné à mort pour cette injustice; que les autres furent bannis, et qu'on éleva un temple à Socrate.

Jamais la philosophie ne fut si bien vengée ni tant honorée. L'exemple de Socrate est au fond le plus terrible argument qu'on puisse alléguer contre l'intolérance. Les Athéniens avaient un autel dédié aux dieux étrangers, aux dieux qu'ils ne pouvaient connaître. Y a-t-il une plus forte preuve non seulement d'indulgence pour toutes les nations, mais encore de respect pour leurs cultes?

Un honnête homme, qui n'est ennemi ni de la raison, ni de la littérature, ni de la probité, ni de la patrie, en justifiant depuis peu la Saint-Barthélémy, cite la guerre des Phocéens, nommée la guerre sacrée , comme si cette guerre avait été allumée pour le culte, pour le dogme, pour des arguments de théologie; il s'agissait de savoir à qui appartiendrait un champ: Des gerbes de blé ne sont pas un symbole de croyance; jamais aucune ville grecque ne combattit pour des opinions.

D'ailleurs, que prétend cet homme modeste et doux? Veut-il que nous fassions une guerre sacrée? Chez les anciens Romains, depuis Romulus jusqu'aux temps où les chrétiens disputèrent avec les prêtres de l'empire, vous ne voyez pas un seul homme persécuté pour ses sentiments. Cicéron douta de tout, Lucrèce nia tout; et on ne leur en fit pas le plus léger reproche.

La licence même alla si loin que Pline le Naturaliste commence son livre par nier un Dieu, et par dire qu'il en est un, c'est le soleil. Cicéron dit, en parlant des enfers: Post mortem nihil est, ipsaque mors nihil. Rien n'est après la mort, la mort même n'est rien. Abhorrons ces maximes, et, tout au plus, pardonnons-les à un peuple que les évangiles n'éclairaient pas: Le grand principe du sénat et du peuple romain était: Ils ont été nos législateurs, comme nos vainqueurs; et jamais César, qui nous donna des fers, des lois, et des jeux, ne voulut nous forcer à quitter nos druides pour lui, tout grand pontife qu'il était d'une nation notre souveraine.

Les Romains ne professaient pas tous les cultes, ils ne donnaient pas à tous la sanction publique; mais ils les permirent tous. Ils n'eurent aucun objet matériel de culte sous Numa, point de simulacres, point de statues; bientôt ils en élevèrent aux dieux majorum gentium , que les Grecs leur firent connaître. La loi des douze tables, Deos peregrinos ne colunto , se réduisit à n'accorder le culte public qu'aux divinités supérieures approuvées par le sénat.

Isis eut un temple dans Rome, jusqu'au temps où Tibère le démolit, lorsque les prêtres de ce temple, corrompus par l'argent de Mundus, le firent coucher dans le temple, sous le nom du dieu Anubis, avec une femme nommée Pauline. Il est vrai que Josèphe est le seul qui rapporte cette histoire; il n'était pas contemporain, il était crédule et exagérateur. Il y a peu d'apparence que, dans un temps aussi éclairé que celui de Tibère, une dame de la première condition eût été assez imbécile pour croire avoir les faveurs du dieu Anubis.

Mais que cette anecdote soit vraie ou fausse, il demeure certain que la superstition égyptienne avait élevé un temple à Rome avec le consentement public.

Y a-t-il un plus grand exemple que la tolérance était regardée par les Romains comme la loi la plus sacrée du droit des gens? On nous dit qu'aussitôt que les chrétiens parurent, ils furent persécutés par ces mêmes Romains qui ne persécutaient personne. Il me paraît évident que ce fait est très faux; je n'en veux pour preuve que saint Paul lui-même.

Les Actes des apôtres nous apprennent que Note 14 , saint Paul étant accusé par les Juifs de vouloir détruire la loi mosaïque par Jésus-Christ, saint Jacques proposa à saint Paul de se faire raser la tête, et d'aller se purifier dans le temple avec quatre Juifs, "afin que tout le monde sache que tout ce qu'on dit de vous est faux, et que vous continuez à garder la loi de Moïse". Paul, chrétien, alla donc s'acquitter de toutes les cérémonies judaïques pendant sept jours; mais les sept jours n'étaient pas encore écoulés quand des Juifs d'Asie le reconnurent; et, voyant qu'il était entré dans le temple, non seulement avec des Juifs, mais avec des Gentils, ils crièrent à la profanation: Les Juifs en foule demandèrent sa mort; Festus leur répondit Note Multae te litterae ad insaniam convertunt.

Festus n'écouta donc que l'équité de la loi romaine en donnant sa protection à un inconnu qu'il ne pouvait estimer. Voilà le Saint-Esprit lui-même qui déclare que les Romains n'étaient pas persécuteurs, et qu'ils étaient justes.

Ce ne sont pas les Romains qui se soulevèrent contre saint Paul, ce furent les Juifs. Saint Jacques, frère de Jésus, fut lapidé par l'ordre d'un Juif saducéen, et non d'un Romain. Les Juifs seuls lapidèrent saint Etienne Note 17 ; et lorsque saint Paul gardait les manteaux des exécuteurs, certes il n'agissait pas en citoyen romain.

Les premiers chrétiens n'avaient rien sans doute à démêler avec les Romains; ils n'avaient d'ennemis que les Juifs, dont ils commençaient à se séparer. On sait quelle haine implacable portent tous les sectaires à ceux qui abandonnent leur secte. Il y eut sans doute du tumulte dans les synagogues de Rome. Suétone dit, dans la Vie de Claude chap. Judaeos, impulsore Christo assidue tumultuantes, Roma expulit. Il se trompait, en disant que c'était à l'instigation de Christ: Suétone écrivait sous Adrien, dans le second siècle; les chrétiens n'étaient pas alors distingués des Juifs aux yeux des Romains.

Le passage de Suétone fait voir que les Romains, loin d'opprimer les premiers chrétiens, réprimaient alors les Juifs qui les persécutaient. Ils voulaient que la synagogue de Rome eût pour ses frères séparés la même indulgence que le sénat avait pour elle, et les Juifs chassés revinrent bientôt après; ils parvinrent même aux honneurs, malgré les lois qui les en excluaient: Est-il possible qu'après la ruine de Jérusalem les empereurs eussent prodigué des dignités aux Juifs, et qu'ils eussent persécuté, livré aux bourreaux et aux bêtes, des chrétiens qu'on regardait comme une secte de Juifs?

Néron, dit-on, les persécuta. Tacite nous apprend qu'ils furent accusés de l'incendie de Rome, a qu'on les abandonna à la fureur du peuple. S'agissait-il de leur croyance dans une telle accusation?

Dirons-nous que les Chinois que les Hollandais égorgèrent, il y a quelques années, dans les faubourgs de Batavia, furent immolés à la religion? Quelque envie qu'on ait de se tromper, il est impossible d'attribuer à l'intolérance le désastre arrivé sous Néron à quelques malheureux demi-juifs et demi-chrétiens Note Il y eut dans la suite des martyrs chrétiens.

Il est bien difficile de savoir précisément pour quelles raisons ces martyrs furent condamnés; mais j'ose croire qu'aucun ne le fut, sous les premiers Césars, pour sa seule religion: Les Titus, les Trajan, les Antonins, les Décius, n'étaient pas des barbares: Les aurait-on seulement osé accuser d'avoir des mystères secrets, tandis que les mystères d'Isis, ceux de Mithra, ceux de la déesse de Syrie, tous étrangers au culte romain, étaient permis sans contradiction?

Il faut bien que la persécution ait eu d'autres causes, et que les haines particulières, soutenues par la raison d'Etat, aient répandu le sang des chrétiens. Par exemple, lorsque saint Laurent refuse au préfet de Rome, Cornelius Secularis, l'argent des chrétiens qu'il avait en sa garde, il est naturel que le préfet et l'empereur soient irrités: Considérons le martyre de saint Polyeucte. Le condamna-t-on pour sa religion seule?

Il va dans le temple, où l'on rend aux dieux des actions de grâces pour la victoire de l'empereur Décius; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues: Le chrétien qui déchira publiquement l'édit de l'empereur Dioclétien, et qui attira sur ses frères la grande persécution dans les deux dernières années du règne de ce prince, n'avait pas un zèle selon la science, et il était bien malheureux d'être la cause du désastre de son parti.

Ce zèle inconsidéré, qui éclata souvent et qui fut même condamné par plusieurs Pères de l'Eglise, a été probablement la source de toutes les persécutions.

Je ne compare point sans doute les premiers sacramentaires aux premiers chrétiens: On portait dans les rues la statue de saint Antoine l'ermite en procession; Farel tombe avec quelques-uns des siens sur les moines qui portaient saint Antoine, les bat, les disperse, et jette saint Antoine dans la rivière. Il méritait la mort, qu'il ne reçut pas, parce qu'il eut le temps de s'enfuir. S'il s'était contenté de crier à ces moines qu'il ne croyait pas qu'un corbeau eût apporté la moitié d'un pain à saint Antoine l'ermite, ni que saint Antoine eût eu des conversations avec des centaures et des satyres, il aurait mérité une forte réprimande, parce qu'il troublait l'ordre; mais si le soir, après la procession, il avait examiné paisiblement l'histoire du corbeau, des centaures, et des satyres, on n'aurait rien eu à lui reprocher.

Deus optimus maximus ; et ils auraient recherché ceux qui adoraient un Dieu unique! Il n'est pas croyable que jamais il y eut une inquisition contre les chrétiens sous les empereurs, c'est-à-dire qu'on soit venu chez eux les interroger sur leur croyance.

On ne troubla jamais sur cet article ni Juif, ni Syrien, ni Egyptien, ni bardes, ni druides, ni philosophes. Les martyrs furent donc ceux qui s'élevèrent contre les faux dieux. C'était une chose très sage, très pieuse de n'y pas croire; mais enfin si, non contents d'adorer un Dieu en esprit et en vérité, ils éclatèrent violemment contre le culte reçu, quelque absurde qu'il pût être, on est forcé d'avouer qu'eux-mêmes étaient intolérants.

Tertullien, dans son Apologétique , avoue Note 22 qu'on regardait les chrétiens comme des factieux: Il avoue Note 23 que les chrétiens refusaient d'orner leurs portes de branches de laurier dans les réjouissances publiques pour les victoires des empereurs: La première sévérité juridique exercée contre les chrétiens fut celle de Domitien; mais elle se borna à un exil qui ne dura pas une année: Lactance, dont le style est si emporté, convient que, depuis Domitien jusqu'à Décius, l'Eglise fut tranquille et florissante Note Cette longue paix, dit-il, fut interrompue quand cet exécrable animal Décius opprima l'Eglise: On ne veut point discuter ici le sentiment du savant Dodwell sur le petit nombre des martyrs; mais si les Romains avaient tant persécuté la religion chrétienne, si le sénat avait fait mourir tant d'innocents par des supplices inusités, s'ils avaient plongé des chrétiens dans l'huile bouillante, s'ils avaient exposé des filles toutes nues aux bêtes dans le cirque, comment auraient-ils laissé en paix tous les premiers évêques de Rome?

Saint Irénée ne compte pour martyr parmi ces évoques que le seul Télesphore, dans l'an de l'ère vulgaire, et on n'a aucune preuve que ce Télesphore ait été mis à mort. Zéphirin gouverna le troupeau de Rome pendant dix-huit années, et mourut paisiblement l'an Il est vrai que, dans les anciens martyrologes, on place presque tous les premiers papes; mais le mot de martyre n'était pris alors que suivant sa véritable signification: Il est difficile d'accorder cette fureur de persécution avec la liberté qu'eurent les chrétiens d'assembler cinquante-six conciles que les écrivains ecclésiastiques comptent dans les trois premiers siècles.

Il y eut des persécutions; mais si elles avaient été aussi violentes qu'on le dit, il est vraisemblable que Tertullien, qui écrivit avec tant de force contre le culte reçu, ne serait pas mort dans son lit. On sait bien que les empereurs ne lurent pas son Apologétique ; qu'un écrit obscur, composé en Afrique, ne parvient pas à ceux qui sont chargés du gouvernement du monde; mais il devait être connu de ceux qui approchaient le proconsul d'Afrique: Origène enseigna publiquement dans Alexandrie, et ne fut point mis à mort.

Ce même Origène, qui parlait avec tant de liberté aux païens et aux chrétiens, qui annonçait Jésus aux uns, qui niait un Dieu en trois personnes aux autres, avoue expressément, dans son troisième livre contre Celse, "qu'il y a eu très peu de martyrs, et encore de loin à loin. Cependant, dit-il, les chrétiens ne négligent rien pour faire embrasser leur religion par tout le monde; ils courent dans les villes, dans les bourgs, dans les villages". Il est certain que ces courses continuelles pouvaient être aisément accusées de sédition par les prêtres ennemis; et pourtant ces missions sont tolérées, malgré le peuple égyptien, toujours turbulent, séditieux et lâche: Qui devait plus soulever contre lui les prêtres et le gouvernement que saint Grégoire Thaumaturge, disciple d'Origène?

Grégoire avait vu pendant la nuit un vieillard envoyé de Dieu, accompagné d'une femme resplendissante de lumière: Saint Jean lui dicta un symbole que saint Grégoire alla prêcher. Il passa, en allant à Néocésarée, prés d'un temple où l'on rendait des oracles et où la pluie l'obligea de passer la nuit; il y fit plusieurs signes de croix.

Le lendemain le grand sacrificateur du temple fut étonné que les démons, qui lui répondaient auparavant, ne voulaient plus rendre d'oracles; il les appela: Le sacrificateur fit saisir Grégoire, qui lui répondit: Alors Grégoire déchira un petit morceau d'un volume qu'il tenait à la main, et y traça ces paroles: Je te commande de rentrer dans ce temple. C'est saint Grégoire de Nysse qui rapporte ces faits dans la vie de saint Grégoire Thaumaturge.

Les prêtres des idoles devaient sans doute être animés contre Grégoire, et, dans leur aveuglement, le déférer au magistrat: Il est dit dans l'histoire de saint Cyprien qu'il fut le premier évêque de Carthage condamné à la mort. Le martyre de saint Cyprien est de l'an de notre ère: L'histoire ne nous dit point quelles calomnies s'élevèrent contre saint Cyprien, quels ennemis il avait, pourquoi le proconsul d'Afrique fut irrité contre lui.

Saint Cyprien écrit à Cornélius, évêque de Rome: Tant de causes secrètes se mêlent souvent à la cause apparente, tant de ressorts inconnus servent à persécuter un homme, qu'il est impossible de démêler dans les siècles postérieurs la source cachée des malheurs des hommes les plus considérables, à plus forte raison celle du supplice d'un particulier qui ne pouvait être connu que par ceux de son parti.

Remarquez que saint Grégoire Thaumaturge et saint Denis, évêque d'Alexandrie, qui ne furent point suppliciés, vivaient dans le temps de saint Cyprien. Pourquoi, étant aussi connus pour le moins que cet évêque de Carthage, demeurèrent-ils paisibles? Et pourquoi saint Cyprien fut-il livré au supplice? N'y a-t-il pas quelque apparence que l'un succomba sous des ennemis personnels et puissants, sous la calomnie, sous le prétexte de la raison d'Etat, qui se joint si souvent à la religion, et que les autres eurent le bonheur d'échapper à la méchanceté des hommes?

Il n'est guère possible que la seule accusation de christianisme ait fait périr saint Ignace sous le clément et juste Trajan, puisqu'on permit aux chrétiens de l'accompagner et de le consoler, quand on le conduisit à Rome Note Il y avait eu souvent des séditions dans Antioche, ville toujours turbulente, où Ignace était évêque secret des chrétiens: Saint Siméon, par exemple, fut accusé devant Sapor d'être l'espion des Romains.

L'histoire de son martyre rapporte que le roi Sapor lui proposa d'adorer le soleil; mais on sait que les Perses ne rendaient point de culte au soleil: Quelque tolérant que l'on puisse être, on ne peut s'empêcher de sentir quelque indignation contre ces déclamateurs qui accusent Dioclétien d'avoir persécuté les chrétiens depuis qu'il fut sur le trône; rapportons-nous-en à Eusèbe de Césarée: Voici ses paroles Note Dioclétien prit pour son épouse Prisca, dont la fille fut femme de Maximien Galère, etc.

Qu'on voie combien la fable de la légion thébaine ou thébéenne, massacrée, dit-on, tout entière pour la religion, est une fable absurde. Il est ridicule qu'on ait fait venir cette légion d'Asie par le grand Saint-Bernard; il est impossible qu'on l'eût appelée d'Asie pour venir apaiser une sédition dans les Gaules, un an après que cette sédition avait été réprimée; il n'est pas moins impossible qu'on ait égorgé six mille hommes d'infanterie et sept cents cavaliers dans un passage où deux cents hommes pourraient arrêter une armée entière.

La relation de cette prétendue boucherie commence par une imposture évidente: Enfin ce qui devrait épargner toutes ces discussions, c'est qu'il n'y eut jamais de légion thébaine: Nous avons les noms des trente-deux légions qui faisaient les principales forces de l'empire romain; assurément la légion thébaine ne s'y trouve pas.

Rangeons donc ce conte avec les vers acrostiches des sibylles qui prédisaient les miracles de Jésus-Christ, et avec tant de pièces supposées qu'un faux zèle prodigua pour abuser la crédulité. Le mensonge en a trop longtemps imposé aux hommes; il est temps qu'on connaisse le peu de vérités qu'on peut démêler à travers ces nuages de fables qui couvrent l'histoire romaine depuis Tacite et Suétone, et qui ont presque toujours enveloppé les annales des autres nations anciennes.

Comment peut-on croire, par exemple, que les Romains, ce peuple grave et sévère de qui nous tenons nos lois, aient condamné des vierges chrétiennes, des filles de qualité, à la prostitution? C'est bien mal connaître l'austère dignité de nos législateurs, qui punissaient si sévèrement les faiblesses des vestales.

Les Actes sincères de Ruinart rapportent ces turpitudes; mais doit-on croire aux Actes de Ruinart comme aux Actes des apôtres?

Ces Actes sincères disent, après Bollandus, qu'il y avait dans la ville d'Ancyre sept vierges chrétiennes, d'environ soixante et dix ans chacune, que le gouverneur Théodecte les condamna à passer par les mains des jeunes gens de la ville; mais que ces vierges ayant été épargnées, comme de raison, il les obligea de servir toutes nues aux mystères de Diane, auxquels pourtant on n'assista jamais qu'avec un voile.

Saint Théodote, qui, à la vérité, était cabaretier, mais qui n'en était pas moins zélé, pria Dieu ardemment de vouloir bien faire mourir ces saintes filles, de peur qu'elles ne succombassent à la tentation. Dieu l'exauça; le gouverneur les fit jeter dans un lac avec une pierre au cou: Le saint cabaretier et ses compagnons allèrent pendant la nuit au bord du lac gardé par des soldats; un flambeau céleste marcha toujours devant eux, et quand ils furent au lieu où étaient les gardes, un cavalier céleste, armé de toutes pièces, poursuivit ces gardes la lance à la main.

Saint Théodote retira du lac les corps des vierges: Ne cessons de répéter que nous vénérons les vrais martyrs, mais qu'il est difficile de croire cette histoire de Bollandus et de Ruinart. Faut-il rapporter ici le conte du jeune saint Romain? On le jeta dans le feu, dit Eusèbe, et des Juifs qui étaient présents insultèrent à Jésus-Christ qui laissait brûler ses confesseurs, après que Dieu avait tiré Sidrach, Misach, et Abdenago, de la fournaise ardente.

A peine les Juifs eurent-ils parlé que saint Romain sortit triomphant du bûcher: Le juge, malgré l'indulgence de l'empereur, commanda qu'on coupât la langue à saint Romain, et, quoiqu'il eût des bourreaux, il fit faire cette opération par un médecin. Le jeune Romain, né bègue, parla avec volubilité dès qu'il eut la langue coupée.

Le médecin essuya une réprimande, et, pour montrer que l'opération était faite selon les règles de l'art, il prit un passant et lui coupa juste autant de langue qu'il en avait coupé à saint Romain, de quoi le passant mourut sur-le-champ: En vérité, si Eusèbe a écrit de pareilles fadaises, si on ne les a point ajoutées à ses écrits, quel fond peut-on faire sur son Histoire?

On nous donne le martyre de sainte Félicité et de ses sept enfants, envoyés, dit-on, à la mort par le sage et pieux Antonin, sans nommer l'auteur de la relation. Il est bien vraisemblable que quelque auteur plus zélé que vrai a voulu imiter l'histoire des Maccabées. C'est ainsi que commence la relation: Il dit que le préteur les jugea sur son tribunal dans le champ de Mars; mais le préfet de Rome tenait son tribunal au Capitole, et non au champ de Mars, qui, après avoir servi à tenir les comices, servait alors aux revues des soldats, aux courses, aux jeux militaires: Il est dit encore qu'après le jugement, l'empereur commit à différents juges le soin de faire exécuter l'arrêt: Il y a de même un saint Hippolyte, que l'on suppose traîné par des chevaux, comme Hippolyte, fils de Thésée.

Ce supplice ne fut jamais connu des anciens Romains, et la seule ressemblance du nom a fait inventer cette fable. Observez encore que dans les relations des martyres, composées uniquement par les chrétiens mêmes, on voit presque toujours une foule de chrétiens venir librement dans la prison du condamné, le suivre au supplice, recueillir son sang, ensevelir son corps, faire des miracles avec les reliques. Si c'était la religion seule qu'on eût persécutée, n'aurait-on pas immolé ces chrétiens déclarés qui assistaient leurs frères condamnés, et qu'on accusait d'opérer des enchantements avec les restes des corps martyrisés?

Ne les aurait-on pas traités comme nous avons traité les vaudois, les albigeois, les hussites, les différentes sectes des protestants? Nous les avons égorgés, brûlés en foule, sans distinction ni d'âge ni de sexe. Y a-t-il, dans les relations avérées des persécutions anciennes, un seul trait qui approche de la Saint-Barthélémy et des massacres d'Irlande? Y en a-t-il un seul qui ressemble à la fête annuelle qu'on célèbre encore dans Toulouse, fête cruelle, fête abolissable à jamais, dans laquelle un peuple entier remercie Dieu en procession, et se félicite d'avoir égorgé, il y a deux cents ans, quatre mille de ses concitoyens?

Je le dis avec horreur, mais avec vérité: C'est nous qui avons détruit cent villes, le crucifix ou la Bible à la main, et qui n'avons cessé de répandre le sang et d'allumer des bûchers, depuis le règne de Constantin jusqu'aux fureurs des cannibales qui habitaient les Cévennes: Nous envoyons encore quelquefois à la potence de pauvres gens du Poitou, du Vivarais, de Valence, de Montauban.

Nous avons pendu, depuis , huit personnages de ceux qu'on appelle prédicants ou ministres de l'Evangile , qui n'avaient d'autre crime que d'avoir prié Dieu pour le roi en patois, et d'avoir donné une goutte de vin et un morceau de pain levé à quelques paysans imbéciles.

On ne sait rien de cela dans Paris, où le plaisir est la seule chose importante, où l'on ignore tout ce qui se passe en province et chez les étrangers. Ces procès se font en une heure, et plus vite qu'on ne juge un déserteur.

Si le roi en était instruit, il ferait grâce. On ne traite ainsi les prêtres catholiques en aucun pays protestant. Il y a plus de cent prêtres catholiques en Angleterre et en Irlande; on les connaît, on les a laissés vivre très paisiblement dans la dernière guerre. Serons-nous toujours les derniers à embrasser les opinions saines des autres nations?

Elles se sont corrigées: Il a fallu soixante ans pour nous faire adopter ce que Newton avait démontré; nous commençons à peine à oser; sauver la vie à nos enfants par l'inoculation; nous ne pratiquons que depuis très peu de temps les vrais principes de l'agriculture; quand commencerons-nous à pratiquer les vrais principes de l'humanité? Accordons que les Romains ont fait mourir une multitude de chrétiens pour leur seule religion: Voudrions-nous commettre la même injustice?

Et quand nous leur reprochons d'avoir persécuté, voudrions-nous être persécuteurs? S'il se trouvait quelqu'un assez dépourvu de bonne foi, ou assez fanatique, pour me dire ici: Pourquoi venez-vous développer nos erreurs et nos fautes? Elles sont l'aliment de la piété de plusieurs personnes; il y a des erreurs nécessaires; n'arrachez pas du corps un ulcère invétéré qui entraînerait avec lui la destruction du corps, voici ce que je lui répondrais.

Tous ces faux miracles par lesquels vous ébranlez la foi qu'on doit aux véritables, toutes ces légendes absurdes que vous ajoutez aux vérités de l'Evangile, éteignent la religion dans les coeurs; trop de personnes qui veulent s'instruire, et qui n'ont pas le temps de s'instruire assez, disent: Les maîtres de ma religion m'ont trompé, il n'y a donc point de religion; il vaut mieux se jeter dans les bras de la nature que dans ceux de l'erreur; j'aime mieux dépendre de la loi naturelle que des inventions des hommes.

D'autres ont le malheur d'aller encore plus loin: Voilà certainement les conséquences de toutes les fraudes pieuses et de toutes les superstitions. Les hommes d'ordinaire ne raisonnent qu'à demi; c'est un très mauvais argument que de dire: Voragine, l'auteur de La Légende dorée , et le jésuite Ribadeneira, compilateur de La Fleur des saints , n'ont dit que des sottises: Je conclurais au contraire: Il le faut bien Note 28 , pourvu qu'il ne trouble point l'ordre: Vous répondez que la différence est grande, que toutes les religions sont les ouvrages des hommes, et que l'Eglise catholique, apostolique et romaine, est seule l'ouvrage de Dieu.

Mais en bonne foi, parce que notre religion est divine doit-elle régner par la haine, par les fureurs, par les exils, par l'enlèvement des biens, les prisons, les tortures, les meurtres, et par les actions de grâces rendues à Dieu pour ces meurtres? Plus la religion chrétienne est divine, moins il appartient à l'homme de la commander; si Dieu l'a faite, Dieu la soutiendra sans vous.

Vous savez que l'intolérance ne produit que des hypocrites ou des rebelles: Enfin voudriez-vous soutenir par des bourreaux la religion d'un Dieu que des bourreaux ont fait périr, et qui n'a prêché que la douceur et la patience?

Voyez, je vous prie, les conséquences affreuses du droit de l'intolérance. S'il était permis de dépouiller de ses biens, de jeter dans les cachots, de tuer un citoyen qui, sous un tel degré de latitude, ne professerait pas la religion admise sous ce degré, quelle exception exempterait les premiers de l'Etat des mêmes peines? La religion lie également le monarque et les mendiants: Le sang de Henri le Grand fumait encore quand le parlement de Paris donna un arrêt qui établissait l'indépendance de la couronne comme une loi fondamentale.

Le cardinal Duperron, qui devait la pourpre à Henri le Grand, s'éleva, dans les états de , contre l'arrêt du parlement, et le fit supprimer. Tous les journaux du temps rapportent les termes dont Duperron se servit dans ses harangues: On veut bien adopter votre supposition chimérique qu'un de nos rois, ayant lu l'histoire des conciles et des pères, frappé d'ailleurs de ces paroles: Mon père est plus grand que moi , les prenant trop à la lettre et balançant entre le concile de Nicée et celui de Constantinople, se déclarât pour Eusèbe de Nicomédie: Duperron poussa plus loin la dispute, et je l'abrège.

Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir ces chimères révoltantes; je me bornerai à dire, avec tous les citoyens, que ce n'est point parce que Henri IV fut sacré à Chartres qu'on lui devait obéissance, mais parce que le droit incontestable de la naissance donnait la couronne à ce prince, qui la méritait par son courage et par sa bonté.

Qu'il soit donc permis de dire que tout citoyen doit hériter, par le même droit, des biens de son père, et qu'on ne voit pas qu'il mérite d'en être privé, et d'être traîné au gibet, parce qu'il sera du sentiment de Ratram contre Paschase Ratbert, et de Bérenger contre Scot. On sait que tous nos dogmes n'ont pas toujours été clairement expliqués et universellement reçus dans notre Eglise.

Jésus-Christ ne nous ayant point dit comment procédait le Saint-Esprit, l'Eglise latine crut longtemps avec la grecque qu'il ne procédait que du Père: Je demande si, le lendemain de cette décision, un citoyen qui s'en serait tenu au symbole de la veille eût été digne de mort?

La cruauté, l'injustice, seraient-elles moins grandes de punir aujourd'hui celui qui penserait comme on pensait autrefois? Etait-on coupable, du temps d'Honorius Ier, de croire que Jésus n'avait pas deux volontés?

Il n'y a pas longtemps que l'immaculée conception est établie: Dans quel temps les dominicains commenceront-ils à mériter des peines dans ce monde et dans l'autre? Si nous devons apprendre de quelqu'un à nous conduire dans nos disputes interminables, c'est certainement des apôtres et des évangélistes. Il y avait de quoi exciter un schisme violent entre saint Paul et saint Pierre.

Paul dit expressément dans son Epître aux Galates qu'il résista en face à Pierre parce que Pierre était répréhensible, parce qu'il usait de dissimulation aussi bien que Barnabé, parce qu'ils mangeaient avec les Gentils avant l'arrivée de Jacques, et qu'ensuite ils se retirèrent secrètement, et se séparèrent des Gentils de peur d'offenser les circoncis.

Si vous, Juif, vivez comme les Gentils, et non comme les Juifs, pourquoi obligez-vous les Gentils à judaïser? Il s'agissait de savoir si les nouveaux chrétiens judaïseraient ou non.

Saint Paul alla dans ce temps-là même sacrifier dans le temple de Jérusalem. On sait que les quinze premiers évêques de Jérusalem furent des Juifs circoncis, qui observèrent le sabbat, et qui s'abstinrent des viandes défendues.

Un évêque espagnol ou portugais qui se ferait circoncire, et qui observerait le sabbat, serait brûlé dans un autodafé. Cependant la paix ne fut altérée, pour cet objet fondamental, ni parmi les apôtres, ni parmi les premiers chrétiens. Si les évangélistes avaient ressemblé aux écrivains modernes, ils avaient un champ bien vaste pour combattre les uns contre les autres.

Saint Matthieu compte vingt-huit générations depuis David jusqu'à Jésus; saint Luc en compte quarante et une, et ces générations sont absolument différentes. On ne voit pourtant nulle dissension s'élever entre les disciples sur ces contrariétés apparentes, très bien conciliées par plusieurs Pères de l'Eglise. La charité ne fut point blessée, la paix fut conservée.

Quelle plus grande leçon de nous tolérer dans nos disputes, et de nous humilier dans tout ce que nous n'entendons pas! Saint Paul, dans son Epître à quelques juifs de Rome convertis au christianisme, emploie toute la fin du troisième chapitre à dire que la seule foi glorifie, et que les oeuvres ne justifient personne. Saint Jacques, au contraire, dans son Epître aux douze tribus dispersées par toute la terre, chapitre II, ne cesse de dire qu'on ne peut être sauvé sans les oeuvres.

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